Alors que les Vingt-Sept débattent à Bruxelles du futur budget pluriannuel de l’Union, compagnies aériennes, aéroports et fournisseurs de services de navigation aérienne appellent d’une seule voix à sanctuariser les financements européens pour SESAR, le programme de modernisation technologique du contrôle aérien, pilier du futur « Digital European Sky ».
Les trois principales associations représentant les compagnies (Airlines for Europe, A4E), les aéroports (ACI Europe) et les prestataires de services de navigation aérienne (CANSO) exhortent les ministres des Affaires générales et des Finances à maintenir, voire à renforcer, le cofinancement européen de SESAR au-delà de 2027. Elles ont cosigné, aux côtés de 45 organisations du secteur des transports, une lettre ouverte demandant que le futur cadre financier pluriannuel 2028‑2034 consacre un budget robuste au mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE/CEF), principal vecteur de financement des déploiements SESAR avec le futur Fonds européen de compétitivité (ECF). Pour les signataires, un instrument financier européen fort est une condition de la résilience, de la préparation militaire, de la compétitivité industrielle et de la souveraineté des chaînes d’approvisionnement de l’Union.
SESAR, colonne vertébrale du ciel européen numérique
Lancé comme pilier technologique du Ciel unique européen, SESAR vise à moderniser en profondeur l’infrastructure et les procédures de gestion du trafic aérien, côté sol comme à bord, afin d’optimiser les trajectoires, gérer davantage de vols et intégrer de nouveaux usagers (drones, opérations à très basse ou très haute altitude). L’initiative est portée conjointement par l’UE, Eurocontrol et un large partenariat public‑privé associant industriels, compagnies, aéroports et prestataires de navigation aérienne, avec l’objectif de bâtir un « Digital European Sky » plus efficace, plus automatisé, interconnecté et moins émetteur. À l’horizon 2045, la vision SESAR est de faire de l’espace aérien européen le plus performant et le plus durable sur le plan environnemental, en ligne avec le Pacte vert.
Des bénéfices déjà mesurables pour le trafic aérien
Selon SESAR Deployment Manager, le déploiement coordonné de solutions SESAR a déjà généré environ 7,5 milliards d’euros de bénéfices cumulés pour le système de gestion du trafic aérien européen à l’horizon 2025. Le rapport Draghi sur « l’avenir de la compétitivité européenne » estime que ces bénéfices pourraient atteindre 34,2 milliards d’euros d’ici 2035, grâce aux économies de temps de vol, de carburant, de maintenance et aux gains de capacité permis par plus de 350 projets d’implémentation.
À ce stade, plus de 3 milliards d’euros ont été investis dans les projets de déploiement, dont environ la moitié sous forme de subventions européennes, le reste provenant des acteurs industriels, pour des centaines de projets déjà achevés ou en cours.
Un appel à ne pas « lever le pied » sur le financement
Dans ce contexte, le message des compagnies aériennes est clair. « Les exigences en matière de gestion du trafic aérien évoluent en permanence – et nous avons besoin de systèmes capables de s’adapter et de suivre le rythme », déclare Ourania Georgoutsakou, directrice générale d’Airlines for Europe. « Le financement durable de SESAR est essentiel car il contribue à sécuriser un système de gestion du trafic aérien résilient et prêt pour l’avenir. Ce n’est pas le moment de réduire notre engagement et de lever le pied. »
Les signataires de la lettre ouverte demandent que le budget futur du CEF atteigne au moins 100 milliards d’euros pour répondre aux besoins d’investissement dans l’ensemble des modes de transport, et que le transport conserve un instrument budgétaire dédié au niveau européen, plutôt qu’un éclatement dans des plans nationaux.

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