Menacée de disparition après deux dépôts de bilan en moins de deux ans, Spirit Airlines a conclu un accord de restructuration avec ses créanciers qui doit lui permettre de sortir de la faillite au printemps ou au début de l’été. La compagnie ultra low‑cost américaine survivra, mais au prix d’un fort recentrage : flotte réduite, réseau densifié sur les axes les plus rentables et offre en sièges en net recul.
La compagnie a annoncé avoir trouvé un accord de principe sur les principaux termes d’un plan de restructuration avec ses créanciers garantis, ouvrant la voie à une sortie de la protection du chapitre 11 d’ici la fin du printemps ou le début de l’été. La maison mère, Spirit Aviation Holdings, s’était placée pour la seconde fois sous la protection des tribunaux en août 2025, en raison d’une trésorerie en berne et de pertes persistantes.
Dans un communiqué, le directeur général Dave Davis promet que « Spirit ressortira comme un concurrent plus solide et plus agile, capable de proposer aux consommateurs américains la valeur qu’ils attendent au prix qu’ils souhaitent payer ». L’accord prévoit une réduction massive de l’endettement et des charges de location d’avions, avec une dette et des engagements locatifs ramenés d’environ 7,4 milliards de dollars avant la faillite à quelque 2,1 milliards de dollars à l’issue du plan.
Une compagnie plus petite, capacité réduite d’environ 40% et réseau recentré
Pour financer sa survie, Spirit a vendu des avions et des créneaux – notamment des portes d’embarquement – afin de lever du cash et d’alléger son bilan, tout en procédant à d’importantes réductions d’effectifs. Le transporteur, qui repose sur un modèle comportant des tarifs de base très bas et une facturation systématique des services additionnels, avait vu ses pertes s’accumuler depuis la pandémie, alors que la demande se déplaçait vers des produits plus confortables et « orientés expérience ».
La contrepartie de ce sauvetage est un fort rétrécissement de la compagnie. Selon les données de Cirium, Spirit proposera cet été près de 40% de vols et de sièges en moins par rapport à la haute saison 2024, avant son dépôt de bilan de novembre de la même année. Cette cure d’amaigrissement s’inscrit dans une série de coupes déjà amorcées en 2024 et 2025, avec des réductions de capacité de plus de 20% sur certains trimestres et la suppression de dizaines de routes.
Spirit a également différé la livraison de nouveaux Airbus A320neo, repoussant à la prochaine décennie des appareils initialement attendus entre 2025 et 2026, et a mis au chômage technique une partie de ses pilotes, notamment en raison des problèmes de motorisation Pratt & Whitney PW1100G qui ont immobilisé plusieurs avions. Le cœur du réseau devrait désormais se concentrer sur les routes et périodes de plus forte demande, avec une utilisation accrue de la flotte restante afin de maximiser la productivité des appareils.
Un acteur qui reste indépendant… pour l’instant
Contrairement à de nombreux précédents américains où des compagnies ont été absorbées à la sortie de la faillite, Spirit demeurera pour l’heure un transporteur indépendant dans le cadre de ce plan. L’accord laisse toutefois la porte ouverte à de possibles « transactions industrielles futures » une fois l’entreprise stabilisée, comme l’a rappelé l’avocat de Spirit devant le tribunal des faillites.
Pour rappel, Spirit a déjà tenté à deux reprises de se marier avec un concurrent. En février 2022, la compagnie avait d’abord annoncé un projet de fusion avec Frontier Airlines, autre spécialiste de l’ultra low‑cost, avant de rompre cet accord pour accepter une offre jugée plus attractive de JetBlue Airways. Mais le rachat de 3,8 milliards de dollars proposé par JetBlue a été bloqué en janvier 2024 par un juge fédéral, qui a estimé qu’une telle consolidation violerait le droit antitrust et « nuirait aux voyageurs dépendant des tarifs bas de Spirit ».
Face à ce veto et à l’opposition persistante du Département de la justice, JetBlue et Spirit ont officiellement renoncé à leur fusion en mars 2024, privant la low‑cost d’un débouché capital pour se renforcer face aux quatre grands groupes américains. Depuis, Spirit a exploré d’autres pistes, y compris des discussions avec le fonds d’investissement Castlelake, sans qu’aucun projet de reprise n’ait encore abouti.

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