ITA Airways a bouclé l’exercice 2025 sur un bénéfice net de 209 millions d’euros, une première dans sa courte histoire et un tournant symbolique pour l’ex‑Alitalia désormais intégrée au giron de Lufthansa. Derrière ce résultat, encore fragile, se dessine la montée en puissance d’un transporteur en reconstruction, porté par la montée en gamme de sa flotte et les premières synergies industrielles avec le groupe allemand.

ITA Airways dans le vert pour la première fois

Le conseil d’administration d’ITA Airways a approuvé le projet de comptes consolidés 2025, qui font apparaître un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros, dont 2,8 milliards issus du transport de passagers. L’EBITDA atteint 404 millions d’euros, pour un EBIT positif de 25 millions d’euros – en hausse de 22 millions par rapport à 2024 –, et un résultat net de 209 millions d’euros, soit une amélioration de 436 millions sur un an. Le flux de trésorerie s’inscrit également en territoire positif, à 639 millions d’euros, en progression de 163 millions par rapport à fin 2023, ce qui renforce la position de liquidité de la compagnie.

Pour la compagnie aérienne italienne, née en 2021 sur les cendres d’Alitalia, il s’agit du premier exercice bénéficiaire, après une première année d’EBIT positif en 2024. «2025 marque un tournant pour ITA Airways : nous enregistrons pour la première fois un bénéfice, ce qui confirme que nous sommes sur la bonne voie », souligne son directeur général, Joerg Eberhart. Le président Sandro Pappalardo y voit «une nouvelle étape historique » qui confirme «la solidité de la trajectoire d’ITA Airways et la valeur de la collaboration entre ses actionnaires ».

Un redressement dans un contexte délicat

Ce retour aux bénéfices intervient dans un environnement que la compagnie décrit elle‑même comme «complexe ». ITA a dû composer avec un contexte géopolitique dégradé, pesant sur certaines liaisons et sur la demande, ainsi qu’avec les remèdes imposés par la Commission européenne dans le cadre de l’entrée de Lufthansa à son capital, qui ont limité sa liberté commerciale sur certains marchés. À cela se sont ajoutés des problèmes de disponibilité sur une partie de la flotte court et moyen‑courrier, immobilisée pour des interventions sur les moteurs Pratt & Whitney, un phénomène qui a affecté de nombreux opérateurs utilisant la famille A320neo.

Par ailleurs, la compagnie a dû gérer une phase de transition sur les liaisons transatlantiques, faute de «soutien commercial d’un partenaire » entre l’Italie et les États‑Unis, son principal marché international. Malgré ces vents contraires, ITA a choisi de privilégier la qualité de la recette plutôt que la seule croissance volumique, en réduisant son offre là où c’était nécessaire tout en cherchant à améliorer le remplissage et le revenu unitaire.

Trafic en baisse, recette en hausse

Sur le plan opérationnel, ITA Airways a assuré plus de 123 000 vols réguliers en 2025, soit 11 % de moins qu’en 2024, et transporté 16,2 millions de passagers, en repli de 8 %. Cette contraction de l’offre et du trafic contraste avec la progression de la recette passagers, qui augmente de 2,7 % pour atteindre 2,8 milliards d’euros, traduisant une amélioration du mix de clientèle et du revenu moyen par siège. Le coefficient de remplissage moyen s’établit à 83,4 %, en hausse de 2,1 points sur un an, et les performances du long‑courrier, en particulier en classe affaires, sont mises en avant comme un moteur de ce redressement.

Cette stratégie s’inscrit dans la logique de repositionnement de l’ex‑transporteur historique italien sur un modèle plus proche de celui de ses futurs partenaires de Lufthansa Group : un réseau centré sur les hubs italiens, avec une attention renforcée portée au long‑courrier, aux correspondances et aux segments à forte valeur. L’amélioration de l’EBITDA de 67 millions d’euros par rapport à 2024, dans un contexte de recettes globales stables, illustre cette recherche de productivité et de discipline commerciale.

Une flotte jeune au cœur du modèle

La flotte d’ITA Airways a poursuivi sa montée en puissance en 2025, avec l’arrivée de dix nouveaux appareils et le retrait de trois avions de génération précédente. À la fin de l’année, la compagnie exploitait 106 avions, dont 24 gros‑porteurs et 82 moyen‑courriers. Environ 70 % de cette flotte est constituée d’appareils de nouvelle génération, pour un âge moyen de 6,5 ans, ce qui en fait, selon la compagnie, la plus jeune flotte d’Europe.

Cet effort de modernisation, qui s’appuie principalement sur les familles Airbus A320neo et A330neo, doit permettre des gains en consommation de carburant, en coûts de maintenance et en confort cabine, mais s’accompagne d’un poids important de loyers de location, facteur clé de la structure de coûts. «Nous savons que pour atteindre une rentabilité pleinement durable, nous devons réduire le poids des coûts de location de la flotte ; nous travaillons déjà résolument dans ce sens », insiste Joerg Eberhart. C’est l’un des points de vigilance soulignés par la direction : le résultat opérationnel reste jugé «non encore pleinement durable » en raison de ces charges financières élevées.

Les synergies avec Lufthansa commencent à se matérialiser

L’un des moteurs identifiés de l’amélioration 2025 réside dans les premières synergies avec Lufthansa Group, devenu actionnaire de 41 % d’ITA Airways via une augmentation de capital de 325 millions d’euros bouclée début 2025. Après l’approbation par la Commission européenne en novembre 2024, assortie de concessions en matière de concurrence, la compagnie italienne a été intégrée au portefeuille des compagnies réseau du groupe allemand aux côtés de Lufthansa, SWISS, Austrian Airlines et Brussels Airlines. Les premières coopérations portent sur la coordination des réseaux, la distribution et les correspondances via les hubs italiens et allemands, ainsi que sur les achats et certains services partagés.

ITA Airways bascule dans le vert : premier bénéfice de 209 millions d’euros en 2025 1 Air Journal

©ITA Airways