Réunis au sein de la Conférence des bourgmestres, les 19 édiles des communes de la Région de Bruxelles-Capitale ont adopté une motion commune pour réduire drastiquement le bruit des avions de Brussels Airport au-dessus de la ville.

Ils appellent le gouvernement fédéral, la Région bruxelloise et le gouvernement flamand à prendre des mesures « réalistes mais ambitieuses », dont une interdiction des vols de nuit et une limitation de l’usage des pistes qui génèrent le plus de nuisances sur les zones densément peuplées.

Une motion commune contre le survol des zones denses

Selon l’agence de presse Belga, la position commune a été arrêtée début mars et présentée publiquement par la Conférence des bourgmestres, présidée par le bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, Benoît Cerexhe. Les élus locaux demandent d’abord de « confirmer de manière absolue le principe du non-survol des zones densément peuplées » et de reconnaître que ce principe doit s’appliquer à l’ensemble du territoire de la Région de Bruxelles-Capitale. Ils appellent le gouvernement fédéral et le ministre de la Mobilité à « s’employer à proposer des mesures réalistes et pertinentes destinées à diminuer les atterrissages et les décollages vers la Région bruxelloise, en étant conscients du rôle de l’aéroport en termes d’économie et d’emploi ». L’enjeu est d’arbitrer entre un hub aérien majeur pour la Belgique et la protection de la santé des riverains dans l’une des régions les plus peuplées du pays.

Vers une interdiction des vols de nuit

Les bourgmestres réitèrent une revendication ancienne : une interdiction des vols de nuit entre 22 h et 7 h, c’est-à-dire plus large que les restrictions courantes à Brussels Airport, où la nuit est réglementairement définie entre 23 h et 7 h. Ils alignent cette demande sur les pratiques d’autres plateformes européennes soumises à des contraintes environnementales fortes, où les mouvements nocturnes sont strictement encadrés, voire bannis.

Cette exigence fait écho à l’avis du Conseil supérieur de la Santé belge, qui a recommandé en 2024 « l’interdiction complète » des vols de 23 h à 7 h pour protéger près de 160 000 personnes exposées à un risque accru de troubles du sommeil, d’hypertension ou de dépression autour de Brussels Airport. « Il n’y a pas d’avenir pour les activités nocturnes dans un aéroport de cette région densément peuplée », avait commenté le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke, se disant favorable à une réduction « progressive, réaliste mais systématique » des vols de nuit. Les bourgmestres demandent, si nécessaire, le lancement d’une étude approfondie sur l’impact opérationnel et économique d’une telle interdiction pour l’aéroport et les compagnies aériennes qui l’utilisent, en particulier les opérateurs cargo fortement présents la nuit.

Les pistes 01 et 07 dans le collimateur

Au cœur des critiques figure l’usage jugé excessif des pistes subsidiaires 01 et 07 pour les atterrissages sur Bruxelles, lorsque les vents proviennent du nord-est ou du sud-est. Dans ces configurations, les avions approchent à relativement basse altitude, parfois à quelques centaines de mètres seulement, en traversant la Région d’ouest en est au-dessus des quartiers les plus urbanisés.

Pour les bourgmestres, ces pistes sont activées trop fréquemment en raison d’« une application trop stricte des normes de vent », ce qui conduit à un basculement rapide vers ces trajectoires plus bruyantes pour les habitants. Ils rappellent que l’État belge a déjà été condamné à plusieurs reprises par la justice pour non-respect des normes bruxelloises de bruit et des engagements pris pour réduire l’impact des routes dites du Canal, du Ring et de la piste 01.

En février 2025, la présidente du tribunal de première instance francophone de Bruxelles a une nouvelle fois donné raison à la Région bruxelloise, renforçant les astreintes financières jusqu’à 18 000 euros par dépassement grave, avec un plafond de 18 millions d’euros par route litigieuse. Cette décision impose au fédéral un calendrier précis pour adapter les procédures de vol et ramener les niveaux de bruit sous ceux observés en 2017 sur les itinéraires les plus sensibles.

Finances, astreintes et mesures du bruit

Les bourgmestres interpellent également le gouvernement bruxellois sur l’utilisation des fonds issus de ce contentieux. Ils demandent qu’une partie des 42 millions d’euros d’astreintes versées ces dernières années par l’État fédéral à la Région soit affectée directement aux communes survolées, pour financer des mesures de protection et de suivi des nuisances.

Ils souhaitent notamment l’installation de systèmes de mesure du bruit dans chaque commune située sous les trajectoires de vol, afin de disposer de données fines, transparentes et opposables sur les dépassements des normes. La motion demande aussi la révision complète de la procédure de perception des amendes en cas d’infraction à l’arrêté bruit, pour en améliorer le taux de recouvrement, alors que plus de 6 000 violations des règles sonores ont été recensées à Brussels Airport en 2025 selon un rapport fédéral.

Pression croissante autour de Brussels Airport

Au-delà du fédéral et du gouvernement bruxellois, les bourgmestres adressent également une série de demandes au gouvernement flamand, compétent pour l’exploitation aéroportuaire de Brussels Airport situé en Région flamande, même si le détail de ces revendications n’a pas été entièrement rendu public à ce stade. Ils insistent toutefois sur la nécessité d’une concertation interrégionale pour harmoniser les exigences environnementales et les capacités opérationnelles de l’aéroport.

Brussels Airport, de son côté, rappelle régulièrement le rôle central de la plateforme pour l’économie belge, l’emploi et la connectivité internationale, tout en mettant en avant les efforts réalisés en matière de renouvellement de flotte, d’optimisation des procédures d’approche et de limitation des avions les plus bruyants. 

Survol de Bruxelles : les 19 bourgmestres exigent la fin des vols de nuit 1 Air Journal

©Brussels Airport