À l’occasion de la Semaine sainte, l’un des pics de trafic aérien de l’année en Espagne, les principaux syndicats du secteur appellent les salariés de l’assistance aéroportuaire à cesser le travail dans une douzaine de plateformes majeures. Si un service minimum doit garantir l’exécution de la plupart des vols, les opérations au sol – enregistrement, chargement bagages, rotation des avions – pourraient être fortement ralenties, avec des répercussions bien au‑delà des seules lignes domestiques.
Des grèves illimitées en pleine Semaine sainte
Les syndicats espagnols UGT, CCOO et USO ont appelé à une grève de grande ampleur chez les agents d’assistance au sol à partir du lundi 30 mars, au moment où commence le grand chassé‑croisé de la Semaine sainte. Le mouvement implique notamment les salariés de Groundforce, filiale de Globalia et prestataire clé d’Air Europa et de nombreuses compagnies régulières et low cost, qui dessert 12 grands aéroports.
Selon les préavis déposés, Groundforce entamera ce jour‑là une grève partielle à durée indéterminée, avec arrêts de travail programmés les lundis, mercredis et vendredis, sur trois plages horaires : de 5 h à 7 h, de 11 h à 17 h et de 22 h à minuit. Des mouvements de 24 heures sont par ailleurs annoncés chez d’autres sociétés de handling entre le 2 et le 6 avril, notamment chez Menzies, où les syndicats ont déjà engagé la procédure de médiation obligatoire tout en maintenant les dates de grève.
Les premières journées d’arrêts prévues fin mars ont été suspendues à la dernière minute, mais les centrales syndicales préviennent que « le conflit est loin d’être terminé » et que, faute d’accord, les débrayages pourraient se prolonger de manière récurrente jusqu’au 31 décembre, y compris les week‑ends.
Des salaires au régime des conventions collectives
À l’origine du conflit, plusieurs dossiers sensibles se superposent : la revalorisation salariale dans un contexte d’inflation, la restructuration des effectifs après la réattribution des licences d’assistance par l’exploitant aéroportuaire Aena, et la demande d’un accord de branche qui harmonise les conditions de travail dans un secteur très fragmenté. Les syndicats dénoncent des « retards dans l’application des clauses de révision salariale » et une « détérioration des conditions de travail » depuis la nouvelle vague d’appels d’offres.
« Nous réclamons un cadre de garanties pour l’ensemble du personnel de l’assistance au sol, avec des salaires qui tiennent compte de l’inflation et de la charge de travail réelle », martèlent les représentants de CCOO, UGT et USO, qui évoquent une « situation insoutenable » dans plusieurs escales très sollicitées. De leur côté, les entreprises affirment rester « ouvertes au dialogue », tout en alertant sur l’impact économique d’une hausse généralisée des coûts dans un marché où la pression tarifaire des compagnies reste forte.
Les grands hubs espagnols en première ligne
Le mouvement devrait toucher certains des aéroports les plus fréquentés du pays : Madrid‑Barajas, Barcelone‑El Prat, Málaga‑Costa del Sol, Alicante‑Elche, Palma de Majorque, Valence, Bilbao, Ibiza, ainsi que plusieurs plateformes des Canaries – Gran Canaria, Tenerife Sud et Nord, Lanzarote, Fuerteventura. À eux seuls, ces aéroports concentrent une large part du trafic international de l’Espagne, premier pays de destination touristique en Europe, et voient passer des dizaines de millions de passagers par mois lors des périodes de pointe.
Pour la seule période de Pâques, Aena prévoit des milliers de mouvements supplémentaires, avec un programme de près de 6 000 vols sur l’aéroport de Málaga‑Costa del Sol entre le 27 mars et le 6 avril, dont près de 80% internationaux. L’an dernier, les aéroports espagnols avaient enregistré plus de 25,6 millions de passagers rien qu’en avril, illustrant la sensibilité du système à toute perturbation durant la Semaine sainte.
Service minimum mais opérations ralenties
Comme le prévoit la législation espagnole en matière de grève dans les services essentiels, les autorités ont fixé des niveaux de « services minimums » afin d’assurer la continuité d’une partie importante du programme des vols. En pratique, la majorité des liaisons devraient donc être maintenues, mais avec des opérations au sol fortement dégradées : moins de personnels en piste, rotations plus lentes, délais de chargement et de déchargement des bagages. Les professionnels de l’aérien redoutent un effet domino : un allongement du temps d’escale d’un vol du matin peut rapidement se traduire par des retards en cascade sur le reste de la journée, y compris pour des vols en correspondance long‑courrier. Certains aéroports sont déjà confrontés à d’autres facteurs de friction, comme le déploiement progressif du système européen d’entrée/sortie (EES) et des contrôles biométriques plus longs pour les passagers de pays tiers, qui compliquent encore la gestion des pointes de trafic.
Les voyageurs qui ont réservé un vol vers ou via l’Espagne durant la période de Pâques doivent se préparer à des files d’attente plus longues et à des horaires moins prévisibles. Les spécialistes recommandent :
- D’arriver plus tôt à l’aéroport, notamment aux heures de grève (premières heures du matin, milieu de journée, fin de soirée).
- De prévoir des marges confortables pour les correspondances et d’éviter, si possible, les temps de connexion trop serrés.
- De voyager avec un bagage cabine lorsque c’est possible, pour limiter la dépendance aux circuits de bagages enregistrés.
- De vérifier régulièrement l’état de leur vol auprès de la compagnie aérienne ou de l’aéroport, les modifications de programme pouvant intervenir tardivement.

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