Face à la crise énergétique provoquée par le conflit avec l’Iran, le groupe Lufthansa a élaboré des plans d’urgence pouvant aller jusqu’à l’immobilisation de 5% de sa flotte, tandis que Ryanair alerte sur de possibles perturbations d’approvisionnement en carburant et hausse des prix des billets.

Malgré ces vents contraires, les deux groupes misent sur un été 2026 de croissance, avec des programmes de vols record en Europe, au prix probable d’un renchérissement durable du transport aérien pour les passagers.

Lufthansa : des plans de crise à 5% de capacité au sol

Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, Lufthansa a demandé à ses équipes de plancher sur plusieurs scénarios de gestion de crise, incluant la mise au sol temporaire de 20 à 40 avions, soit jusqu’à environ 5% de sa capacité globale. Ces réflexions sont directement liées à la flambée des prix du kérosène depuis le début de la guerre avec l’Iran et aux incertitudes sur l’évolution du conflit au Moyen‑Orient.

Carsten Spohr, le directeur général du groupe, a expliqué en interne que Lufthansa avait couvert environ 80% de ses besoins en carburant, mais que les 20% restants exposés aux prix de marché devraient générer à eux seuls un surcoût estimé à 1,5 milliard d’euros. « Nous voulons être prêts tôt », a‑t‑il déclaré, en précisant que la hausse du kérosène se traduirait inévitablement par des prix de billets plus élevés et donc par une demande en recul. Pour le groupe, il s’agit de pouvoir adapter rapidement l’offre si le ralentissement du trafic se confirme, tout en préservant la rentabilité dans un environnement de coûts très volatil.

Conflit en Iran et flambée du kérosène

Depuis l’escalade du conflit, les prix du jet fuel se sont envolés, certains marchés régionaux évoquant des niveaux proches de 200 dollars le baril, contre 85 à 90 dollars en moyenne avant-crise. La fermeture ou la restriction du détroit d’Ormuz, par où transite une part significative du pétrole et du carburant aérien destinés à l’Europe, constitue un point de tension majeur pour les compagnies du Vieux Continent.

Lufthansa n’est pas la seule à reconnaître que la facture énergétique menace l’équilibre économique des lignes, en particulier celles à faible marge ou saisonnières. Dans ce contexte, l’idée même de mettre au sol une partie de la flotte redevient un outil de gestion de capacité, déjà testé pendant la pandémie, mais cette fois pour faire face à un choc de coûts plutôt qu’à un choc de demande sanitaire.

Ryanair alerte sur les risques d’approvisionnement et les taxes britanniques

Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, tient un discours tout aussi alarmiste sur l’approvisionnement en carburant et ses conséquences pour le marché britannique. Dans un entretien accordé à Sky News, il a estimé que le Royaume‑Uni était particulièrement exposé car il dépend largement de carburant en provenance du Moyen‑Orient. « Si la guerre continue, nous courons le risque de perturbations de l’approvisionnement en mai et juin », a‑t‑il prévenu, en évoquant la possibilité que 10 à 25% des volumes puissent être menacés au cœur de la saison estivale.

O’Leary a également indiqué que Ryanair avait couvert environ 80% de ses besoins en carburant, mais que la part non couverte était désormais achetée à un prix proche du double du niveau habituel, soit autour de 150 dollars le baril. Pour lui, la hausse des coûts énergétiques s’ajoute à un autre handicap propre au Royaume‑Uni : la décision de la chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves d’augmenter l’Air Passenger Duty (APD), la taxe sur les passagers aériens. Dans un communiqué, il n’a pas mâché ses mots, dénonçant « la décision stupide de Rachel Reeves d’augmenter l’APD », qui rend selon lui le transport aérien britannique « encore moins compétitif » que des marchés comme la Suède, la Hongrie, la Slovaquie ou l’Italie régionale où les gouvernements réduisent ou suppriment certaines taxes environnementales pour stimuler le trafic.

Programmes été 2026 en forte hausse malgré les incertitudes

Paradoxalement, alors même que les dirigeants des deux groupes évoquent risque de pénurie de kérosène et pression sur les coûts, leurs programmes été 2026 affichent une dynamique très offensive. Ryanair a ainsi dévoilé un programme record au départ du Royaume‑Uni : 194 lignes depuis la capitale britannique, dont cinq nouvelles liaisons depuis Londres Luton vers Wroclaw, et depuis Stansted vers Forlì, Glasgow, Malmö et Parme. La compagnie à bas coûts ajoute plus de 50 fréquences supplémentaires sur des routes de loisirs majeures comme Alicante, Barcelone, Faro, Lisbonne, Madrid, Malaga ou Malte, et base un avion additionnel à Londres‑Stansted pour la saison, portant sa flotte londonienne à 57 appareils.

De son côté, Lufthansa Group a annoncé l’ajout d’environ 1 600 vols supplémentaires en Europe pour l’été 2026, depuis ses hubs de Francfort, Munich, Vienne, Zurich et Bruxelles. Lufthansa prévoit à elle seule environ 540 vols additionnels depuis Francfort et Munich, principalement vers des destinations de loisirs très demandées en Europe du Sud – péninsule Ibérique, Grèce, Italie – ainsi que vers quelques destinations du Grand Nord. Austrian Airlines doit ajouter quelque 700 vols au départ de Vienne, SWISS plus de 100 depuis Zurich et Brussels Airlines 170 au départ de Bruxelles.

En long‑courrier, Lufthansa renforce en parallèle son offre vers l’Inde, avec deux fréquences hebdomadaires supplémentaires de Francfort vers Chennai et Delhi, un vol hebdomadaire additionnel vers Hyderabad et une fréquence supplémentaire de Munich vers Bangalore, tandis que SWISS ajoute sept vols hebdomadaires vers Delhi. Le groupe affirme ainsi répondre à une « augmentation à court terme » de la demande, tant touristique que d’affaires, malgré un environnement géopolitique et énergétique dégradé.

Guerre en Iran : Lufthansa prête à clouer des avions au sol, Ryanair redoute une pénurie de kérosène 1 Air Journal

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