Après deux jours de grève des pilotes, les 13 et 14 avril, Lufthansa dresse le bilan d’un nouvel épisode de forte tension sociale. Au départ de Francfort, Munich et d’autres aéroports allemands, des centaines de vols ont été annulés, perturbant profondément le réseau européen et long‑courrier du groupe et de ses partenaires. Ce mouvement, qui s’ajoute à la grève des personnels de cabine du 10 avril, s’inscrit dans un conflit de long terme sur les salaires, les retraites et les conditions de travail.

Les 13 et 14 avril, les pilotes de Lufthansa et de plusieurs entités du groupe ont cessé le travail dans le cadre d’un préavis porté par le syndicat Vereinigung Cockpit. Le mouvement a touché Lufthansa, Lufthansa CityLine, Lufthansa Cargo ainsi qu’une partie d’Eurowings, avec un impact concentré sur les hubs de Francfort et Munich. Sur ces deux journées, la compagnie a dû supprimer une large partie de son programme européen et domestique, contraignant des dizaines de milliers de passagers à reporter ou annuler leur déplacement. Le trafic long‑courrier a été maintenu autant que possible, mais avec des ajustements d’horaires et des rotations reprogrammées, provoquant des correspondances manquées et de longs temps d’attente pour les voyageurs en transit.

Francfort et Munich, nœuds névralgiques à l’épreuve

À Francfort, principal hub du groupe, le programme de vols Lufthansa a été fortement réduit, avec des terminaux clairsemés, des écrans de départ affichant en série la mention « annulé » et des files d’attente aux comptoirs de réacheminement. L’aéroport de Munich a connu des scènes similaires, la compagnie y concentrant elle aussi une partie de ses liaisons européennes et intercontinentales.

Le caractère hub du modèle de Lufthansa a amplifié l’effet domino de la grève : la moindre rotation annulée sur un court courrier intra‑européen se traduisait par des difficultés pour alimenter les vols long‑courriers, affectant également les passagers de compagnies partenaires en partage de codes. Les connexions Star Alliance via l’Allemagne ont été particulièrement fragilisées pendant ces deux jours.

Un conflit social qui se durcit

Ce mouvement des 13 et 14 avril marque une nouvelle escalade dans le conflit opposant la direction du groupe et les syndicats de pilotes. Les revendications portent principalement sur les hausses de salaire, les régimes de retraite et la planification des rotations, que Vereinigung Cockpit (VC), juge trop pénalisante pour les équipages.

Les pilotes dénoncent une charge de travail accrue et une pression opérationnelle renforcée depuis la reprise post‑Covid, sans compensation jugée suffisante. Ils accusent la direction de vouloir contenir durablement la masse salariale, alors même que la demande a retrouvé ou dépassé son niveau d’avant‑crise sur certains segments. De son côté, Lufthansa martèle qu’elle doit préserver sa compétitivité face aux low cost et aux autres majors européennes, et refuse des concessions qui mettraient en péril ses objectifs de rentabilité.

Un nouvel épisode après la grève des personnels de cabine

Ce bilan des 13 et 14 avril ne peut être compris sans le replacer dans la séquence plus large de grèves qui touche la compagnie depuis le début du mois. Le 10 avril, un mouvement des personnels de cabine avait déjà conduit à l’annulation d’une grande majorité des vols Lufthansa à Francfort et Munich, préfigurant les tensions croissantes entre la direction et l’ensemble des navigants.

Les syndicats de cabine comme ceux des pilotes convergent sur un constat : selon eux, la reprise du trafic ne s’est pas accompagnée d’un rééquilibrage satisfaisant des conditions de travail. Ils réclament des revalorisations salariales tenant compte de l’inflation, la stabilisation des contributions de retraite et un dimensionnement des équipes adapté à la densification du programme. La direction, elle, mise sur des négociations au long cours et des accords ciblés, en refusant un « précédent » qui renchérirait durablement ses coûts d’exploitation.

Une crise qui gâche le centenaire de Lufthansa

Ce bras de fer social intervient à un moment symbolique pour la compagnie : en avril, Lufthansa célèbre le centième anniversaire de la création de son ancêtre, « Luft Hansa », en 1926. Des vols commémoratifs, des livrées spéciales et des événements publics ont été organisés pour marquer cette étape importante de l’histoire de la compagnie.

Au lendemain des 13 et 14 avril, Lufthansa doit gérer à la fois les suites opérationnelles des annulations et la suite des discussions avec les syndicats. Le retour à un programme normal ne sera pas immédiat : effets de rotation, repositionnement des avions et des équipages, et rattrapage des passagers en attente vont encore peser sur le réseau pendant plusieurs jours. Sur le plan social, le bras de fer reste entier. Les syndicats de pilotes ont montré qu’ils étaient prêts à recourir à des grèves répétées, tandis que ceux des personnels de cabine maintiennent la pression. La direction, elle, devra arbitrer entre impératifs financiers et apaisement social.

Grèves des 13 et 14 avril : Lufthansa sort éprouvée de deux journées de chaos 1 Air Journal

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