Michael O’Leary, figure aussi redoutée qu’admise de l’aviation européenne, négocie une nouvelle prolongation de son mandat de directeur général du groupe Ryanair jusqu’en 2032, au‑delà de l’échéance actuelle de 2028. Il deviendrait ainsi l’un des dirigeants au plus long mandat de l’histoire moderne du secteur, après avoir transformé en trois décennies une petite compagnie irlandaise déficitaire en géant du ciel transportant plus de 200 millions de passagers par an.

Un contrat prolongé jusqu’en 2032

Selon les informations du Corriere della Sera, Michael O’Leary indique avoir trouvé « un accord de principe » avec le conseil d’administration de Ryanair pour prolonger son contrat jusqu’en 2032, l’annonce officielle étant attendue plus tard dans l’année, possiblement lors de l’assemblée générale de septembre. L’actuel contrat, signé fin 2022, court jusqu’en juillet 2028 et est assorti d’un mécanisme de bonus pouvant atteindre 100 millions d’euros, soumis à la performance financière et boursière du groupe.

« Nous sommes presque dans les dernières étapes du renouvellement », explique le dirigeant au quotidien italien, en précisant que « rien n’est encore finalisé » mais que les négociations devraient aboutir « cet été ». Le dispositif d’intéressement, fondé notamment sur l’atteinte d’un bénéfice net pouvant aller jusqu’à 2,2 milliards d’euros et d’un certain niveau de cours de Bourse, avait déjà été étendu une première fois lorsque le conseil l’avait convaincu de rester jusqu’en 2028.

38 ans de règne sur Ryanair

Entré chez Ryanair comme directeur financier en 1988, Michael O’Leary en prend les commandes en 1994, à 33 ans, à un moment où la compagnie peine à trouver sa place face aux transporteurs traditionnels. S’il demeure en poste jusqu’en 2032, il aura exercé la fonction de directeur général pendant 38 ans, une longévité rarissime dans l’aviation commerciale, où les cycles économiques, les crises réglementaires et les chocs exogènes bousculent régulièrement les états‑majors.

L’intéressé revendique simplement le plaisir intact du combat entrepreneurial : « Oui, je m’amuse toujours », confie‑t‑il, allant jusqu’à qualifier Ryanair de « maximum de plaisir qu’on puisse avoir en restant habillé », formule dont il a le secret. Il ajoute, fidèle à son style provocateur, que la compagnie fait « des choses révolutionnaires dans le transport aérien en Europe » et qu’elle est devenue « victime de son propre succès » du fait de son avantage de coûts et de prix.

Un géant low‑cost façonné par un homme

Sous sa conduite, le modèle ultra‑low‑cost de Ryanair s’est imposé comme une référence mondiale, inspiré des pionniers américains mais poussé à l’extrême en Europe, notamment par la standardisation de la flotte, l’utilisation intensive d’aéroports secondaires et une politique commerciale agressive. La compagnie, qui ne transportait que quelques millions de passagers au milieu des années 1990, a franchi la barre des 200 millions de clients annuels en 2025, avec 206,5 millions de passagers et un coefficient de remplissage de 94%, confirmant son statut de premier transporteur européen en volume.

Le groupe s’est structuré autour de plusieurs filiales – Malta Air, Buzz, Lauda et Ryanair UK – qui lui permettent d’optimiser sa présence sur des marchés nationaux régulés et de tirer parti des cadres sociaux et fiscaux les plus avantageux, tout en conservant un contrôle fortement centralisé depuis Dublin. L’ensemble opère aujourd’hui une flotte de plusieurs centaines de Boeing 737 et attend toujours la livraison d’appareils supplémentaires, retardée par les difficultés industrielles de l’avionneur américain, ce qui limite la croissance à court terme.

Une personnalité controversée mais incontournable

En décembre 2025, il déclarait encore au Financial Times envisager de passer la main « entre cinq et dix ans » plus tard, autour de 2035, à « quelqu’un de plus gentil » que lui, confirmant que ses successeurs potentiels se trouvent « parmi les cadres internes dans la trentaine ou la quarantaine ». La perspective désormais évoquée d’une prolongation jusqu’en 2032 – sans exclure un départ ultérieur dans la décennie – rassure une partie des investisseurs, qui voient dans la continuité du management un atout pour la poursuite du plan de croissance et de montée en gamme commerciale engagé avant la pandémie.

Michael O’Leary s’est imposé comme l’un des patrons les plus singuliers de l’aérien, connu pour ses déclarations fracassantes sur les taxes environnementales, les autorités de régulation ou les concurrents, au point d’avoir construit, parfois malgré lui, une image de « PDG volcanique ». Cette communication sans filtre, qui a souvent valu à Ryanair des polémiques médiatiques et des tensions sociales, n’a pas empêché le groupe d’enregistrer des profits records, porté par une discipline de coûts quasi obsessionnelle.

Michael O’Leary prolonge son règne chez Ryanair jusqu’en 2032 1 Air Journal

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