Le gouvernement britannique a décidé d’assouplir en urgence les règles de créneaux aéroportuaires afin de permettre aux compagnies aériennes d’annuler ou de regrouper certains vols à l’avance, sans perdre leurs précieux slots, en prévision d’une possible pénurie de kérosène cet été liée aux tensions au Moyen‑Orient. Objectif affiché : éviter une cascade d’annulations de dernière minute en haute saison, tout en réduisant la consommation de carburant sur les liaisons les plus fréquentes.

Un nouveau cadre d’urgence pour les créneaux

Selon le ministère britannique des Transports (DfT), les compagnies pourront, pour une période limitée, réduire leurs programmes de vols au moins deux semaines avant le départ, sans se voir appliquer de manière stricte la règle dite du « use it or lose it » qui impose de réaliser la majorité des vols associés à un créneau sous peine de le perdre. Airport Coordination Limited, l’organisme indépendant chargé de l’allocation des créneaux dans les aéroports coordonnés du pays, a mis à jour ses lignes directrices afin de permettre des exemptions en cas de contraintes de carburant avérées.

Les nouvelles dispositions autorisent aussi la fusion de vols : sur des routes où plusieurs fréquences quotidiennes existent, les transporteurs pourront regrouper des passagers de plusieurs rotations sur un nombre réduit d’appareils, à condition de maintenir la connectivité globale de la ligne. « Les compagnies ne seront plus incitées à faire décoller des avions à moitié vides simplement pour conserver leurs créneaux », souligne le DfT, qui met en avant un double gain en termes de coûts et d’émissions.

Anticiper plutôt que subir les annulations

L’un des points clés du dispositif est l’obligation de notification anticipée : les compagnies devront prévenir au moins 14 jours avant le départ en cas d’annulation ou de regroupement de vols, ce qui doit laisser aux passagers le temps de se réorganiser. Les autorités mettent en avant un bénéfice en termes de « stabilité opérationnelle » et de « prévisibilité pour les voyageurs » face à un été 2026 déjà placé sous haute tension pour le transport aérien européen.

Les passagers concernés devront être réacheminés vers un autre vol opérant sur la même route, idéalement le même jour, les plans du gouvernement prévoyant que « la plupart des clients conservent une expérience de voyage comparable à celle de l’an dernier ». Reste toutefois en toile de fond la question des droits des voyageurs en cas de modification substantielle d’horaire ou de changement de fréquence, alors même que plusieurs associations de consommateurs s’inquiètent déjà de possibles dérives dans l’utilisation de ces nouvelles marges de manœuvre.

Une dépendance britannique au kérosène importé

Le Royaume‑Uni importe environ 65% du carburant aviation qu’il consomme, une part significative provenant habituellement du Moyen‑Orient, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux tensions sur l’offre mondiale. La fermeture du détroit d’Ormuz, corridor stratégique pour les flux pétroliers, a fortement perturbé la logistique et renchéri les coûts, alimentant les craintes de pénurie en Europe dans les prochaines semaines.

Si les autorités britanniques affirment qu’« il n’est pas nécessaire pour l’instant de modifier les projets de voyage prévus », elles reconnaissent surveiller « de près » les stocks nationaux de kérosène et coordonner étroitement leurs actions avec les compagnies aériennes, les aéroports et les fournisseurs de carburant. L’Agence internationale de l’énergie a de son côté alerté sur un niveau de réserves d’aviation en Europe estimé à seulement quelques semaines de consommation en l’absence de flux supplémentaires.

Compagnies, réseaux et flexibilité opérationnelle

Le plan a été élaboré en concertation avec plusieurs grands acteurs de la place britannique, dont British Airways, Virgin Atlantic et easyJet, qui plaident pour une flexibilité accrue dans un environnement de grande incertitude sur les coûts et la disponibilité du carburant. De nombreux transporteurs, dont Air France-KLM,  ont déjà commencé à ajuster leurs capacités en Europe, soit en réduisant leurs fréquences sur les routes secondaires, soit en augmentant les tarifs et les frais annexes pour absorber la hausse de la facture carburant.

Du point de vue du réseau, la mesure devrait surtout se traduire par des consolidations sur les axes les plus denses, là où la demande peut être redistribuée sur un nombre plus limité de fréquences sans dégrader l’accessibilité globale. Sur les liaisons point à point déjà peu fréquentes, les compagnies chercheront plutôt à préserver au moins une desserte quotidienne, quitte à décaler certaines rotations aux heures de plus forte demande pour optimiser le remplissage et limiter les vols faiblement chargés.

L’assouplissement temporaire des règles de créneaux n’est pas inédit au Royaume‑Uni, qui avait déjà accordé une « fenêtre » de restitution de slots durant l’été 2022 afin de permettre aux compagnies d’ajuster leurs programmes sans être pénalisées, dans un contexte de difficultés opérationnelles post‑Covid. 

Royaume‑Uni : les compagnies aériennes autorisées à couper des vols pour économiser le kérosène 1 Air Journal

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