Le groupe Air France-KLM a revu à la baisse ses prévisions de capacité pour 2026 et anticipe un choc pétrolier sans précédent au deuxième trimestre : 940 millions d’euros de surcoût carburant lié au conflit au Moyen-Orient, selon les résultats trimestriels publiés le 30 avril 2026.

Malgré une amélioration de ses comptes selon ses résultats publiés pour le premier trimestre, avec une perte opérationnelle contenue à 27 millions d’euros contre 328 millions un an plus tôt, le transporteur franco-néerlandais se prépare à encaisser une facture de kérosène totale de 8 milliards d’euros sur l’année, soit 2,4 milliards de plus qu’en 2025.

Un premier trimestre en amélioration, avant la tempête

Air France-KLM a enregistré un résultat opérationnel de -27 millions d’euros au premier trimestre 2026, soit une amélioration de 301 millions d’euros par rapport à la même période de 2025. Le chiffre d’affaires a progressé de 4,4% pour atteindre 7,5 milliards d’euros, porté par la hausse des recettes unitaires du réseau passagers (+5,1% à taux de change constant) et des rendements en cabines premium. Le groupe a transporté 22,3 millions de passagers, soit une hausse de 2,3% sur un an, avec un taux de remplissage en légère progression à 86,3%. La perte nette est restée stable à 252 millions d’euros, un résultat qui « ne reflète pas encore l’impact du conflit au Moyen-Orient sur les prix du carburant », souligne Oddo BHF.

Le choc du kérosène décalé au deuxième trimestre

Si la facture énergétique a en réalité baissé au premier trimestre, c’est en raison d’un « décalage standard dans la tarification », précise le groupe. L’onde de choc interviendra au deuxième trimestre avec un surcoût de 940 millions d’euros (1,1 milliard de dollars) directement imputable à l’envolée des cours du kérosène. Depuis le déclenchement de l’opération « Epic Fury » le 28 février 2026, les prix du carburant aviation ont plus que doublé, atteignant un record de 1 840 dollars la tonne métrique (1 576 euros) à Rotterdam le 3 avril 2026. Sur l’ensemble de l’année 2026, Air France-KLM anticipe une facture de kérosène de 8 milliards d’euros, soit une hausse de 2,1 milliards par rapport à 2025.

Une stratégie de couverture opportune

Le groupe a toutefois révisé sa politique de couverture carburant début 2026, allongeant l’horizon de six à huit trimestres et portant la couverture à un an de 68% à 87%. Cette décision, prise avant l’escalade du conflit au Moyen-Orient, devrait permettre d’amortir le choc à hauteur de 1,3 milliard d’euros sur l’année. « Cette révision s’avère rétrospectivement bien calibrée face à la crise que traverse l’industrie », relève le groupe, alors que de nombreuses compagnies concurrentes, ayant renoncé à se couvrir, subissent de plein fouet la volatilité des marchés.

Capacités réduites et coûts maîtrisés

Face à cette crise, Air France-KLM a abaissé ses prévisions de capacité pour 2026 : la croissance des sièges-kilomètres disponibles est désormais attendue entre 2% et 4%, contre 3% à 5% précédemment. La croissance long-courrier est ramenée de 4% à une fourchette de 2% à 4%, tandis que les capacités court et moyen-courriers devraient rester stables. La croissance de Transavia est limitée à 8%-10% au lieu de 10% initialement.  Transavia France a déjà confirmé dimanche 26 avril l’annulation de plusieurs vols programmés pour les mois de mai et juin 2026, représentant « moins de 2% du programme de vols sur la période mai-juin ».

Le directeur général Benjamin Smith a confirmé que le groupe avait « d’ores et déjà mis en place des mesures pour soutenir la performance financière grâce à une gestion rigoureuse des coûts ». Le recrutement de personnel non opérationnel a été gelé, les dépenses discrétionnaires minimisées, et des surtaxes carburant ont été appliquées sur les billets.

Des résultats contrastés selon les filiales

Au niveau des filiales, les performances restent hétérogènes. Air France est revenue à un bénéfice opérationnel marginal de 11 millions d’euros, en hausse de 193 millions sur un an. La compagnie a confirmé qu’à partir de l’été 2026, elle centralisera toutes ses opérations parisiennes sur l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, à l’exception des dessertes corses sous obligation de service public qui resteront à Orly. KLM affiche toujours une perte opérationnelle de 114 millions d’euros, bien qu’en amélioration de 84 millions grâce au programme de redressement Back on Track. La compagnie néerlandaise a notamment subi l’essentiel des 90 millions d’euros de coûts liés aux tempêtes de neige de début janvier à Amsterdam et Paris.

Transavia plombée par les transferts de créneaux

Transavia enregistre la plus mauvaise performance du groupe avec une perte opérationnelle en hausse de 27 millions à -232 millions d’euros, soit une marge de -40,7%. La filiale low-cost a été pénalisée par le transfert des créneaux de Paris-Orly depuis Air France, finalisé fin mars 2026, ainsi que par les annulations de vols vers Israël, le Liban et l’Arabie saoudite, et la baisse des réservations vers l’Égypte, Chypre et la Turquie.

En revanche, la division Réseau a affiché un bénéfice opérationnel de 148 millions d’euros, en hausse de 291 millions à taux de change constant. L’activité cargo a vu ses recettes unitaires baisser de 0,7% au premier trimestre, mais s’est redressée en mars 2026 grâce à la réduction des capacités long-courriers des compagnies du Moyen-Orient, redirigant la demande vers les hubs du groupe et faisant grimper les rendements sur l’Asie, l’Inde et l’Afrique de l’Est.

Dossier TAP et amende cargo au menu

Au-delà des résultats trimestriels, deux dossiers majeurs ont été confirmés. Le 23 avril 2026, le gouvernement portugais a sélectionné Air France-KLM parmi les deux candidats retenus, avec le groupe Lufthansa, pour déposer une offre contraignante sur une participation minoritaire dans TAP Air Portugal, après l’offre non contraignante soumise le 2 avril 2026. Le groupe a réitéré que Lisbonne pourrait devenir son « hub unique d’Europe du Sud » en cas de succès, valorisant particulièrement les réseaux brésilien et africain lusophone de TAP. Par ailleurs, Air France-KLM a versé 368 millions d’euros en mars 2026 pour solder les amendes liées au cartel du fret aérien, après le rejet par la Cour de justice de l’Union européenne d’un recours contre une décision de la Commission européenne remontant à 2017. Des provisions de 366 millions d’euros avaient déjà été comptabilisées.

Modernisation de la flotte et objectifs maintenus

Malgré la révision des capacités, Air France-KLM poursuit le renouvellement de sa flotte, avec désormais 36% d’appareils de nouvelle génération, en hausse de huit points sur un an. Le groupe maintient son objectif de 80% d’ici 2030. Les investissements nets ont été légèrement réduits à « moins de 3 milliards d’euros » contre environ 3 milliards précédemment. L’objectif de ratio de levier de 1,5x à 2,0x a été confirmé, avec une dette nette de 8 milliards d’euros fin mars, en baisse de 366 millions par rapport à fin 2025, et une trésorerie de 10,6 milliards d’euros, bien au-dessus de la fourchette cible de 6 à 8 milliards. En janvier 2026, le groupe a placé 650 millions d’euros d’obligations senior non garanties à un coupon de 3,875%, dont le produit est destiné au remboursement de la première tranche de ses obligations liées au développement durable en mai 2026.

Air France-KLM réduit ses capacités face à l'envolée du kérosène 1 Air Journal

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