Un procès de LOT Polish Airlines contre Boeing s’est ouvert aux Etats-Unis devant un tribunal fédéral civil de Seattle, l’avionneur américain se voyant réclamer « au moins 250 millions de dollars » pour pertes liées à l’immobilisation des 737 MAX-8 après deux crashes mortels.

Le procès se tient devant un tribunal fédéral civil de Seattle, avec jury populaire, depuis le début de la semaine. Selon le calendrier provisoire, les audiences doivent se dérouler jusqu’à la fin du mois de mai, sauf accord à l’amiable de dernière minute. LOT est la première compagnie à porter l’affaire 737 MAX-8 devant un jury, là où la plupart des dossiers liés au monocouloir de Boeing ont été réglés par transactions.

La procédure porte sur les conséquences économiques de l’immobilisation mondiale des 737 MAX-8, décidée en mars 2019 après les crashes de Lion Air et d’Ethiopian Airlines, qui ont fait 346 morts. L’avionneur américain a reconnu dès 2019 le rôle d’un logiciel anti-décrochage, le MCAS, dans la genèse de ces accidents.

Les griefs de LOT contre Boeing
LOT Polish Airlines affirme que Boeing a dissimulé les failles de sécurité du 737 MAX-8 au moment où la compagnie aérienne polonaise préparait son plan de redressement, dans lequel le nouvel monocouloir devait jouer un rôle central. Selon la plainte déposée en octobre 2021, l’avionneur aurait présenté des informations incomplètes ou trompeuses sur le système de commande de vol, et notamment sur le fonctionnement réel du MCAS.

Pour l’avocat de LOT, « cette affaire porte sur les mensonges et la tromperie de Boeing, ainsi que sur le préjudice financier dévastateur qu’ils ont causé » à la compagnie aérienne polonaise. L’ex-dirigeant de LOT Maciej Wilk a expliqué que la promesse clé concernait la formation : le 737 MAX-8 devait être piloté avec un simple complément de cours, sans passage coûteux sur simulateur, contrairement à un basculement vers l’Airbus A320.

LOT soutient qu’elle s’est engagée à louer quinze 737 MAX-8 sans connaître l’ampleur des problèmes rencontrés avec le MCAS, mis en cause dans les deux crashes de 2018 et 2019. Elle estime que cette absence de transparence a pesé sur sa décision, puis sur ses comptes lorsque le monocouloir a été cloué au sol.

Vols annulés et pertes financières 
La compagnie aérienne polonaise met en avant les pertes de revenus liées aux vols annulés, les remboursements aux passagers, les coûts de stockage des avions et la réorganisation de son réseau. Elle invoque également les charges de location des appareils immobilisés et le recours à des avions de remplacement pour maintenir une partie de son programme de vols.

Au total, LOT réclame « au moins 250 millions de dollars » pour compenser ces dommages, un montant qui pourrait servir de référence à d’autres transporteurs si elle obtenait gain de cause devant le jury populaire à Seattle. Pour Boeing, déjà confronté à plusieurs procès civils de familles de victimes et à des accords transactionnels avec de nombreuses compagnies aériennes, ce nouveau front judiciaire illustre la persistance du dossier 737 MAX-8 dans sa relation avec les clients.

La défense de Boeing face aux accusations
Boeing conteste les allégations de fraude portées par LOT et rappelle qu’il a déjà versé plusieurs milliards de dollars aux familles des victimes et aux compagnies aériennes impactées par l’immobilisation du monocouloir. L’avocat de l’avionneur souligne que LOT opère toujours le 737 MAX au quotidien, malgré ses accusations : « Est-ce ainsi que se comporte la victime d’une fraude de plusieurs millions de dollars ? », a-t-il lancé devant les jurés. La compagnie aérienne polonaise a continué effectivement à exploiter une flotte de 737 MAX-8, ayant accueilli son 25e exemplaire début 2026. 

L’avionneur fait valoir que les modifications apportées au MCAS, ainsi que les nouvelles exigences de formation, ont été validées par les autorités de régulation avant la remise en service de l’appareil, à l’issue d’un examen jugé particulièrement rigoureux.

Le verdict attendu à Seattle sera scruté bien au-delà de la Pologne et des États-Unis. Il pourrait peser sur les relations commerciales entre Boeing et les compagnies clientes, mais aussi sur la manière dont ces dernières négocient à l’avenir les garanties associées aux nouveaux programmes d’avions.

737 MAX-8 : LOT Polish Airlines intente le premier procès d’une compagnie aérienne contre Boeing 1 Air Journal

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