Le voyagiste allemand TUI, maison mère des filiales aériennes TUI fly et TUI Airways, résiste à la guerre au Moyen-Orient, mais son modèle est mis sous pression par la prudence des clients. Le premier groupe de tourisme intégré au monde ajuste ses objectifs, réduit ses capacités et parie sur les réservations de dernière minute pour sauver sa saison estivale.
Le déclenchement de la guerre en Iran fin février a désorganisé l’activité de TUI au Moyen-Orient. Deux navires de croisière sont restés bloqués plusieurs semaines à Doha et Dubaï, tandis que les programmes de vols ont dû être revus en urgence. Le groupe a rapatrié des milliers de vacanciers depuis le Moyen-Orient et l’Extrême-Orient, une opération coûteuse en pleine tension géopolitique. Selon TUI, l’impact direct du conflit sur le deuxième trimestre atteint déjà 40 millions d’euros, entre navires immobilisés et annulations de vols.
Résultats en progrès, objectifs revus
Malgré ce contexte, TUI réduit sa perte opérationnelle au deuxième trimestre de son exercice décalé. Le groupe affiche un déficit ajusté de 188 millions d’euros, en baisse d’environ 9% sur un an. Le voyagiste a toutefois renoncé à la croissance promise en début d’exercice. Il vise désormais un résultat d’exploitation ajusté compris entre 1,1 et 1,4 milliard d’euros, au mieux stable par rapport aux 1,41 milliard de l’an passé. « Sans les pressions exercées par ce conflit, les résultats du premier semestre auraient été encore plus probants. On nous a retiré la cerise sur le gâteau », résume le président de TUI, Sebastian Ebel.
Vacanciers prudents, réservations tardives
Au-delà des coûts, l’effet le plus durable pourrait venir du comportement des clients. TUI constate un net recul du moral des consommateurs et un basculement vers des réservations beaucoup plus tardives, dites de « dernière minute ».
« Nos résultats ainsi que l’ensemble du marché montrent une tendance vers des réservations effectuées de plus en plus à court terme, notamment en faveur des destinations dans l’ouest de la Méditerranée », souligne le groupe. Cette prudence se voit déjà : début mai, le chiffre d’affaires réservé pour l’été restait inférieur de 7% à celui de l’an dernier et le taux d’occupation des hôtels et clubs pour le second semestre reculait de six points, malgré une hausse moyenne des prix de 4%.
Des capacités ajustées et une géographie qui se déplace
Face à cette demande hésitante, TUI réduit ses capacités affrétées de 4 à 5% pour l’été. Le groupe adapte son offre à une clientèle qui attend davantage de visibilité avant de réserver et privilégie les grandes destinations balnéaires jugées plus sûres.
Les clients délaissent la Méditerranée orientale, en particulier la Turquie, Chypre et l’Égypte, au profit de l’ouest du bassin. « En raison de la guerre, les vacanciers délaissent les destinations de la Méditerranée orientale. En revanche, les destinations ensoleillées de l’Ouest – principalement l’Espagne, le Portugal et l’Italie – font l’objet d’une forte demande », observe Sebastian Ebel, qui anticipe des prix plus élevés à l’ouest et des offres plus attractives à l’est.
Rapatriements, croisières exposées et risque carburant
Les croisières restent l’un des segments les plus exposés à la situation au Moyen-Orient. Deux navires de TUI Cruises ont été immobilisés dans le Golfe, forçant le groupe à revoir leurs itinéraires et à organiser le retour des passagers.
TUI dit avoir rapatrié l’ensemble de ses quelque 10 000 clients concernés en quelques semaines, tout en limitant l’impact sur le reste de son programme. Pour contenir un autre risque majeur, celui du kérosène des avions de sa flotte, le groupe assure s’être largement couvert : « Nous partons du principe qu’il n’y aura pas de pénurie. Il n’y a absolument aucune indication en ce sens », affirme Sebastian Ebel, rappelant que TUI a sécurisé environ 85% des besoins de ses compagnies aériennes TUI fly et TUI Airways en kérosène pour l’été et 60% pour l’hiver prochain, grâce à une large couverture carburant.
Une industrie sous pression mais résiliente
Partout dans le monde, les conséquences de la guerre au Moyen-Orient pèsent sur l’ensemble de la filière du voyage organisé. Le climat des affaires se dégrade chez les tour-opérateurs, tandis que les organisations professionnelles signalent une baisse des réservations depuis le début du conflit. Comme TUI, les grandes plateformes de réservations subissent également le contrecoup. Booking prévoit désormais une croissance du chiffre d’affaires à « un chiffre élevé » contre « deux chiffres faibles » auparavant. Airbnb signale beaucoup d’annulations en Europe, au Moyen-Orient et dans la zone Asie-Pacifique et anticipe une réduction de la croissance des réservations au deuxième trimestre d’environ 1%. Après un très bon premier trimestre, Expedia a aussi publié des prévisions pour le reste de l’année qui ont déçu les marchés.
Pour TUI, la résilience de la demande de base et la capacité à réallouer rapidement ses capacités vers des destinations alternatives doivent permettre d’amortir le choc. Mais la visibilité reste limitée tant que le conflit se poursuit, et le groupe a suspendu ses prévisions de chiffre d’affaires jusqu’à une « stabilisation du contexte ».

Rhodes, Grèce ©TUI France
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