Le gouvernement irlandais s’apprête à lever une contrainte majeure pesant sur l’aéroport de Dublin : le plafond annuel de 32 millions de passagers. Une réforme législative attendue d’ici l’été pourrait débloquer la croissance du principal hub du pays, alors que compagnies et autorités s’inquiètent d’un possible gel des créneaux de vols sous pression judiciaire européenne.

Dublin veut sortir d’un plafond devenu irréaliste

L’Irlande accélère pour adapter son principal aéroport à la réalité du trafic aérien. Selon le Irish Times, le ministre des Transports Darragh O’Brien doit présenter dans les prochaines semaines un projet de loi – le Dublin Airport Passenger Capacity Bill 2026 – visant à modifier, voire supprimer, la limite annuelle de 32 millions de passagers à Dublin Airport (DUB).

Si le texte est adopté, le ministre disposerait du pouvoir d’ajuster ou d’abroger ce plafond, instauré en 2007 dans le cadre des conditions d’aménagement de l’aéroport. Le gouvernement espère une adoption avant la pause parlementaire de mi-juillet, faute de quoi le calendrier pourrait glisser à septembre.

Or, cette limite apparaît aujourd’hui largement dépassée par la dynamique du trafic : en 2025, Dublin Airport a accueilli plus de 36 millions de passagers, soit environ 4 millions au-dessus du seuil réglementaire.

Une menace directe sur les slots et les capacités

Au-delà d’un simple ajustement administratif, l’enjeu est opérationnel. Plusieurs compagnies alertent sur le risque immédiat de restrictions de capacité. En toile de fond, une procédure judiciaire en cours pourrait obliger l’Irish Aviation Authority (IAA) à intégrer strictement ce plafond dans l’allocation des créneaux de décollage et d’atterrissage. Si tel était le cas, les conséquences seraient immédiates : réduction du nombre de vols, gel de nouvelles liaisons et contraintes sur l’expansion des compagnies. « Si la limite est appliquée dans la gestion des slots, cela entraînera inévitablement une réduction de capacité », résume l’analyse relayée par The Irish Times.

Le différend remonte à 2024, lorsque des compagnies ont contesté devant la justice la décision du régulateur irlandais d’intégrer ce plafond dans ses calculs de capacité. La High Court a suspendu cette approche en novembre 2024, avant de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sur des questions de droit communautaire. Une décision est attendue dans les prochains mois. Si la CJUE impose la prise en compte du plafond, la pression sur Dublin pourrait devenir critique à court terme.

Ryanair et Aer Lingus en première ligne

Les transporteurs, en particulier Ryanair et Aer Lingus, poussent activement pour la suppression du plafond. Ryanair a déjà dénoncé en 2024 un blocage de plus d’un million de sièges saisonniers à Dublin en raison de cette limite, estimant qu’elle « ne reflète plus la demande réelle du marché ».

Aer Lingus, de son côté, dépend fortement de Dublin comme hub stratégique, notamment pour les liaisons transatlantiques. Toute restriction de capacité affecterait directement son modèle de correspondances entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Dublin Airport joue en effet un rôle clé dans le réseau transatlantique, avec un positionnement avantageux lié au précontrôle douanier américain qui en fait une plateforme particulièrement attractive pour les flux Europe–États-Unis.

Un plafond hérité de 2007, dépassé par la croissance

Le plafond de 32 millions de passagers avait été instauré à une époque où la croissance du trafic était bien moindre et où les préoccupations portaient davantage sur l’impact local du développement aéroportuaire. Depuis, le paysage aérien a profondément évolué en raison d’une forte expansion des low-cost, notamment Ryanair à Dublin, de la montée en puissance des liaisons long-courriers et de la reprise rapide post-Covid du trafic européen et transatlantique. Dans ce contexte, Dublin opère déjà de facto au-delà de ses contraintes réglementaires, ce qui crée une situation juridiquement fragile.

Aéroport de Dublin : l’Irlande veut lever le plafond de passagers qui menace la croissance 1 Air Journal

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