Alors que la Coupe du monde de football organisée en Amérique du Nord commence pour une durée de cinq semaines, l’administration Trump a exhorté les pays européens à imposer des restrictions de voyage aux personnes ayant récemment séjourné dans des pays d’Afrique centrale touchés par l’épidémie d’Ebola. Washington a déjà mis en place une interdiction d’entrée pour certains étrangers ayant séjourné en République démocratique du Congo (RDC), en Ouganda ou au Soudan du Sud dans les 21 jours précédant leur arrivée, et appelle les capitales européennes à « faire leur part » pour éviter l’importation de cas pendant le tournoi.

Washington veut un front transatlantique contre Ebola

Selon des sources diplomatiques citées par Reuters et Axios, les États‑Unis ont adressé le 1er juin une démarche officielle aux États membres de l’Union européenne, les exhortant à mettre en place des restrictions de voyage liées à l’épidémie d’Ebola dans plusieurs pays d’Afrique centrale. Cette note, transmise par le Département d’État, demande aux Européens d’« adopter des restrictions de voyage en provenance de la zone touchée » afin de limiter le risque d’importation de la souche Bundibugyo du virus avant et pendant la Coupe du monde de la FIFA.

Un diplomate de l’UE basé en Afrique, cité anonymement, a indiqué que les États membres n’avaient pas formellement répondu à cette démarche, tandis que Bruxelles se bornait à rappeler son attachement à une approche fondée sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’OMS a pour sa part classé l’épidémie actuelle liée au Bundibugyo ebolavirus comme « urgence de santé publique de portée internationale ».

Une interdiction d’entrée ciblant certains voyageurs d’Afrique centrale

En amont de cette offensive diplomatique, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont pris, le 18 mai, un ordre de santé publique suspendant « l’entrée dans les États‑Unis des ressortissants étrangers qui ont été physiquement présents en République démocratique du Congo, en Ouganda ou au Soudan du Sud dans les 21 jours précédant leur tentative d’entrée ». L’ordre, publié au registre fédéral pour une durée initiale de 30 jours, s’inscrit dans le cadre des pouvoirs de santé publique du CDC et peut être prolongé « si les conditions épidémiologiques le justifient ».

L’interdiction ne s’applique pas aux citoyens américains ni, dans un premier temps, aux militaires, mais elle couvre l’ensemble des autres nationalités, y compris les résidents permanents et certains détenteurs de visas non immigrants, à la suite d’une extension annoncée fin mai. Concrètement, les voyageurs concernés peuvent se voir refuser l’embarquement par les compagnies aériennes ou être interdits d’entrée à la frontière américaine si moins de 21 jours se sont écoulés depuis leur départ de l’un des pays visés.

Des flux aériens redirigés vers des aéroports désignés

Parallèlement, les autorités américaines ont demandé aux voyageurs américains de transitant par les pays affectés de passer par certains aéroports désignés, où sont concentrées les capacités de contrôle sanitaire renforcé. Ces plateformes — qui incluent notamment les grands hubs de la côte Est et du Midwest — ont mis en place des procédures de dépistage et d’orientation sanitaire pour les passagers pouvant avoir été exposés au virus.

Pour les compagnies aériennes, ces mesures impliquent des reconfigurations de réseau et une coordination étroite avec les autorités américaines pour s’assurer que les vols transportant des passagers en provenance de la zone concernée atterrissent via ces points d’entrée. Les transporteurs doivent également intégrer dans leurs conditions de transport et leurs procédures d’embarquement les nouvelles exigences en matière de contrôle des antécédents de voyage sur 21 jours.

Marco Rubio en première ligne face à Bruxelles

La gestion de cette crise sanitaire se double d’un bras de fer politique transatlantique. Le secrétaire d’État Marco Rubio a évoqué, dans un appel téléphonique avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la nécessité d’une réponse coordonnée à l’épidémie d’Ebola. Selon un compte rendu américain, les deux responsables ont discuté des options pour renforcer la vigilance aux frontières tout en limitant les perturbations pour les échanges transatlantiques.

Jusqu’ici, l’Union européenne n’a pas annoncé de restrictions de voyage comparables à celles des États‑Unis, préférant s’en remettre aux recommandations de l’OMS, qui privilégie des mesures proportionnées fondées sur le risque. Pour Washington, ce décalage alimente la crainte que des voyageurs ayant transité par des hubs européens puissent rejoindre les États‑Unis sans avoir fait l’objet des mêmes contrôles en amont.

Restrictions d’entrée visant certains ressortissants étrangers pendant le Mondial

Au‑delà des mesures strictement liées à Ebola, la préparation de la Coupe du monde s’inscrit dans un environnement déjà marqué par une série de restrictions d’entrée visant certains ressortissants étrangers pour des motifs de sécurité ou de contrôle migratoire. Plusieurs pays qualifiés au Mondial sont concernés par des régimes de visas renforcés, des exigences de caution financière ou des interdictions partielles d’entrée pour leurs ressortissants.

Il faut ainsi rappeler que des pays comme Haïti ou l’Iran font l’objet de restrictions plus larges dans le cadre de politiques migratoires américaines, tandis que des États d’Afrique comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal ont été soumis à des obligations de dépôt de caution (jusqu’à 15 000 dollars) dans le cadre d’un programme de « visa bond », même si les supporters disposant de billets pour la Coupe du monde bénéficient d’exemptions temporaires. Ces mesures, distinctes de l’ordre sanitaire du CDC, peuvent affecter la capacité de certains supporters à obtenir un visa ou à assumer le coût financier de leur déplacement vers le tournoi.

La Coupe du monde 2026, coorganisée par les États‑Unis, le Canada et le Mexique, devrait attirer plusieurs millions de visiteurs internationaux, avec une part importante de flux aériens via les États‑Unis. 

Ebola : Washington presse l’Europe de restreindre les voyages pour la Coupe du monde de football 1 Air Journal

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