Lufthansa Group a mis un terme aux opérations de sa filiale régionale Lufthansa CityLine et supprimé environ 20 000 vols court-courriers de son programme estival 2026, dans un contexte de flambée des prix du carburant. Cette première vague d’ajustements marque le début d’une nouvelle phase de rationalisation plus structurelle du réseau européen, caractérisée par une centralisation renforcée sur les hubs principaux et la suppression systématique de routes européennes peu rentables.
Selon des informations recueillies par le quotidien économique allemand Handelsblatt, cette profonde transformation s’inscrit dans le projet interne baptisé « Matrix Next Level », également lié au plan « Target Operating Model 2026 » (TOM26). Depuis le début de l’année 2026, les cinq principales compagnies aériennes du groupe – Lufthansa, SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines et ITA Airways – ont transféré au siège de Francfort la responsabilité stratégique de leurs offres produits, de la planification du réseau, des ventes et des programmes de fidélité comme Miles & More.
Une centralisation pour gagner en efficacité
Dieter Vranckx, directeur commercial (Chief Commercial Officer) de Lufthansa Group, a expliqué au Handelsblatt les motivations de cette réorganisation : « Nous voulons continuer à desservir les grandes régions économiques allemandes à l’avenir. Les pertes sur le court-courrier pèsent sur les bénéfices générés sur le long-courrier. Cela n’est pas durable. » Il a souligné que la nouvelle structure a déjà fait ses preuves, permettant par exemple une réallocation rapide de capacités après l’escalade du conflit au Moyen-Orient.
Avec « Matrix Next Level », Lufthansa Group passe d’un modèle de « Group of Airlines » – où chaque compagnie conservait une large autonomie – à un véritable « Airline Group » intégré. Un « Hub Steering Board » (comité de pilotage des hubs) coordonne désormais la planification des réseaux à travers les six hubs majeurs du groupe aérien allemand : Francfort, Munich, Zurich, Vienne, Bruxelles et Rome. L’objectif est de réduire la complexité, d’éliminer les doublons et d’optimiser l’utilisation de la flotte et des ressources de toutes les filiales aériennes.
Les aspects opérationnels locaux (produit à bord, service en cabine, lounges) restent en grande partie gérés individuellement par chaque compagnie aérienne, afin de préserver leur identité et la qualité perçue par les clients. Cependant, les décisions stratégiques sur les routes et les capacités sont désormais centralisées, ce qui entraîne la suppression progressive des liaisons non rentables, principalement au départ de Francfort et Munich.
Contexte économique et impacts pour les passagers
Déjà, l’arrêt des opérations de Lufthansa CityLine et les 20 000 vols annulés (soit environ 1 % de la capacité ASK estivale) permettent de réaliser des économies substantielles en carburant – plus de 40 000 tonnes selon les estimations officielles – tout en recentrant l’offre sur les routes profitables.
De nombreux passagers de CityLine sont automatiquement rebookés sur d’autres vols du groupe, parfois avec une escale supplémentaire. Lufthansa propose des remboursements complets ou des alternatives, y compris le train sur certaines liaisons domestiques allemandes. Les hubs secondaires ou périphériques voient leur rôle renforcé dans une logique de complémentarité plutôt que de concurrence interne.
Une stratégie de long terme
Le projet « Matrix Next Level », préparé avec le cabinet McKinsey, vise à atteindre une marge opérationnelle de 8 % à moyen terme. Il s’accompagne d’autres initiatives de modernisation de la flotte et de digitalisation. Les observateurs de l’aérien allemand saluent l’ambition de simplification d’un groupe historiquement très fragmenté, même si des craintes persistent, notamment chez SWISS, sur la perte d’autonomie stratégique au profit de la centrale allemande.

@Lufthansa Group
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