Lisbonne a franchi une étape clé dans la privatisation partielle de TAP Air Portugal. Mercredi 29 juillet, Lufthansa Group et Air France-KLM ont confirmé avoir déposé des offres fermes pour prendre une participation minoritaire dans la compagnie portugaise, au cœur d’un dossier à forts enjeux industriels, commerciaux et géopolitiques.
Le gouvernement portugais veut céder jusqu’à 49,9% du capital, dont 5% réservés aux salariés, tout en conservant le contrôle de l’entreprise. La procédure, relancée en 2025 après plusieurs reports, doit permettre à TAP de s’adosser à un grand groupe européen sans renoncer à son identité nationale ni à son rôle de hub à Lisbonne.
Une privatisation très encadrée
Le processus ne se résume pas à une simple enchère financière. Lisbonne a clairement indiqué que le choix du repreneur dépendrait aussi du projet industriel, de la capacité à développer les lignes et de la préservation du rôle stratégique de TAP dans le réseau portugais. Selon Reuters, les deux offres non contraignantes déposées en avril avaient déjà été jugées « largement équivalentes » et « très ambitieuses » sur les volets stratégique, industriel et financier.
Parpública, la société publique chargée des participations de l’État, dispose désormais de 30 jours pour analyser les dossiers et transmettre un rapport au gouvernement. La décision finale est attendue à la rentrée, possiblement fin août ou début septembre.
Lufthansa mise sur le hub de Lisbonne
Dans son communiqué, Lufthansa Group affirme vouloir établir un partenariat de long terme avec TAP, en mettant en avant son ancrage déjà important au Portugal. Le groupe allemand rappelle notamment ses investissements dans le pays, dont un nouveau site Lufthansa Technik à Santa Maria da Feira et le développement de ses effectifs locaux.
Lufthansa a surtout insisté sur la place de Lisbonne comme « hub stratégique » dans l’Atlantique Sud. Le message est clair : TAP pourrait devenir un relais majeur vers le Brésil, l’Afrique lusophone et certaines liaisons transatlantiques, dans un groupe qui s’est déjà renforcé en Europe avec SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines et ITA Airways.
Air France-KLM veut faire de Lisbonne son hub sud-européen
De son côté, Air France-KLM a détaillé un projet plus explicite, en disant viser une participation comprise entre 44,9% et 49,9% du capital. Le groupe franco-néerlandais met en avant un plan couvrant le transport passagers, le fret, le programme de fidélité et la maintenance, avec un objectif affiché : faire de Lisbonne son « hub unique » en Europe du Sud.
Le groupe précise vouloir renforcer les capacités de maintenance, réparation et révision au Portugal, développer les dessertes vers les Amériques et l’Afrique, et intégrer davantage TAP aux synergies commerciales et cargo du groupe. Son directeur général, Benjamin Smith, a résumé cette logique en des termes très politiques : « Ce que nous avons soumis aujourd’hui n’est pas seulement un prix proposé pour une compagnie aérienne. C’est un plan stratégique, vaste et complet à long terme pour TAP et pour le Portugal dans son ensemble. » Il a ajouté : « Notre objectif général est d’assurer une croissance de long terme pour TAP, non seulement à Lisbonne, mais aussi à Porto et dans d’autres villes portugaises, et ce de manière durable, au sein d’un groupe solide et international déterminé à apporter de la valeur aux pays d’origine de ses compagnies. »
Delta soutient son allié
Dans cette bataille, Air France-KLM bénéficie aussi d’un soutien transatlantique de poids. Delta Air Lines, partenaire stratégique du groupe franco-néerlandais, a publiquement appuyé sa candidature. Son patron, Ed Bastian, a déclaré : « Delta soutient l’investissement proposé par notre partenaire de coentreprise Air France-KLM dans TAP, ce qui améliorerait les possibilités de voyage transatlantique et renforcerait le rôle du Portugal comme destination d’affaires et de loisirs. »
Un enjeu majeur pour l’Atlantique
L’intérêt pour TAP dépasse le seul cas portugais. La compagnie reste l’un des derniers grands transporteurs européens encore indépendants, avec un positionnement particulièrement stratégique sur les liaisons entre l’Europe, le Brésil, l’Afrique et l’Amérique du Nord. Reuters rappelle que la privatisation relancée en 2025 visait à trouver un partenaire aérien capable de renforcer la portée mondiale et la compétitivité du transporteur.
Le gouvernement portugais veut aussi éviter que Lisbonne ne soit réduite à un simple point de concentration des flux. En mars, les autorités avaient demandé aux candidats de proposer des plans de développement pour l’ensemble des aéroports portugais, et pas uniquement pour la capitale.

Serge13 a commenté :
30 juillet 2026 - 9 h 55 min
On est mort de rire. Ben Smith veut développer Lisbonne mais aussi Porto.
Lâchez vous mes suiveurs adorés
HJDB a commenté :
10 août 2026 - 23 h 14 min
Encore et toujours des jugements de valeur. C’est aisé, mais cela n’apporte rien au débat.
Développez!!
Et oui je fais parti de vos suiveurs adorés, votre jugement de valeur sur les contrôleurs aériens, et votre suivi du traffic aérien sur flightrack … je n’ai pas de mots.
Aviation a commenté :
30 juillet 2026 - 10 h 54 min
Lufthansa aura certainement apporté une offre supérieure à AF-KLM car sans TAP le groupe perdra une grande partie de l’Amérique du Sud. Mais le gouvernement Portugais ne va pas regarder que l’aspect financier du projet mais aussi social, liberté de gestion et plan à long terme. Et je pense que dans ce cadre, les syndicats préféreraient le projet Franco néerlandais d’après mes lectures des mois derniers.
Quant au guignol qui pense avoir des suiveurs l’égo va finir par l’étouffer.
GVA1112 a commenté :
31 juillet 2026 - 7 h 26 min
S’il regarde attentivement ce que fait LH avec Swiss, cela va les faire fuir ..
Pendant longtemps, LH a laisser Swiss plutôt libre de sa stratégie tant qu’elle lui apportait de l’argent frais. Swiss est une des compagnie du groupe LH des plus rentables (actuellement) ..
Mais pour monter son autorité, LH a décidé de démonter cette entreprise et de ramener à Frankfurt tous les services (hors exploitation) de Swiss.
Finance, vente, communication et marketing, … seront regroupés dans les bureaux principaux de LH.
LH est entrain de finaliser la fusion avec ITA !! .. même stratégie à l’allemande.
TAP devrait savoir ce qui les attendrait s’il s’associe prochainement avec la compagnie allemande.
Aboubacar DIOP a commenté :
30 juillet 2026 - 11 h 33 min
Le projet d’AFKLM est beaucoup plus complet et cohérent que celui des Allemands. En plus, il sert bien mieux les intérêts des portugais, qui ont une forte communauté expatriée en France, susceptible d’alimenter le trafic de passagers entre les villes françaises et portugaises.
Pour le groupe franco-néerlandais, c’est aussi une belle opportunité pour renforcer ses liaisons transatlantiques entre l’Europe occidentale et l’Amérique latine, mais aussi vers l’Afrique lusophone et le Cap Vert, destination touristique émergente.
Manu a commenté :
30 juillet 2026 - 13 h 57 min
Hâte de voir le seum en commentaire quand TAP entrera dans la famille LH parce que pour l’instant, à part des affirmations dans le vide, je ne vois rien d’objectif.
Lionel a commenté :
30 juillet 2026 - 19 h 00 min
j’ai pourtant vu des arguments légitimes dans le commentaire précédent, comme il en existe pour LH
En revanche, en parlant d’objectivité, j’en cherche encore dans le votre
Doudedudi a commenté :
30 juillet 2026 - 20 h 00 min
Rien dans le communiqué de LH n’indique pour quelle part de TAP ils ont soumis une offre. S’ils sont restés à 19% comme ils l’avaient évoqué au début des discussions pour éviter le contrôle des concentrations de la Commission Européenne, ça pourrait affaiblir leur offre en laissant le dossier de la privatisation ouvert plus longtemps.
Une info parmi d’autres a commenté :
31 juillet 2026 - 11 h 22 min
Le gouvernement portugais actuel est un gvt de droite qui, initialement souhaite se débarrasser complètement de TAP, en vendant une très très large partie du capital, ne conservant , au mieux, qu’une minorité de blocage (34%), voir beaucoup moins en mettant en place une « golden share ».
L’opposition de gauche portugaise s’est dressées contre ce plan, et, en définitive, un compromis a été trouve : le gvt conserverait 50,1% du capital de TAP, et quasi 5% seront réservés aux salariés de l’entreprise.
A priori, ce gvt de droite n’est donc pas enclin à ne vendre QUE 19 ou 29% du capital, et si c’est la seule proposition de LH c’est qu’il y aurait alors anguille sous roche entre LH et ce gvt portugais !