Alors que l’instabilité géopolitique atteint des niveaux records, la sécurité des voyageurs d’affaires s’impose comme un enjeu majeur pour les entreprises.
Le rapport Risk Outlook 2026 de l’organisation International SOS met en lumière une volatilité accrue. Les risques géopolitiques, les cybermenaces, les événements climatiques extrêmes et la désinformation convergent. Les déplacements professionnels deviennent plus complexes et potentiellement dangereux. À ces facteurs s’ajoutent des perturbations opérationnelles croissantes : fermetures d’espaces aériens, restrictions de visas, grèves dans le transport aérien ou saturation des hubs internationaux. Les entreprises doivent désormais anticiper des scénarios multiples, souvent imprévisibles.
« La gestion du risque voyageur est une thématique de plus en plus d’actualité. L’employeur a une responsabilité d’identifier où sont ses collaborateurs dans les zones à risque et comment les rapatrier en cas de problème. L’exemple de Dubaï lors de la guerre du Golfe, une zone verte devenue rouge du jour au lendemain, est parlant », souligne Grégory Mavoian, co-fondateur de Globéo Travel, agence de voyages d’affaires.
« 57% des responsables chargés de la gestion des risques indiquent que les nouvelles menaces émergent plus vite qu’ils ne peuvent les gérer », met en garde le rapport Risk Outlook 2026 d’International SOS, qui note également une augmentation des notations de risque dans plusieurs régions, notamment au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne. Certains pays, comme le Mali, ont été reclassés en risque élevé, tandis que d’autres zones connaissent une dégradation rapide liée à l’instabilité politique ou aux tensions régionales.
Des agences de voyages d’affaires en première ligne
Face à ces défis sécuritaires, les agences spécialisées dans le voyage d’affaires à l’international ont renforcé leur offre de services. Elles ne se limitent plus à la réservation. Elles intègrent désormais des solutions complètes de gestion des risques, répondant à l’obligation de « duty of care » (obligation de protection) des entreprises pour leurs collaborateurs en déplacement professionnel.
La première étape consiste à identifier si le pays de destination est à risque (zone verte, orange ou rouge), avec l’aide de l’État qui met à jour ces informations en continu. Les risques ne concernent pas uniquement la guerre, mais aussi les catastrophes naturelles, les volcans, les épidémies ou certaines maladies. La digitalisation joue un rôle clé dans la prévention et la gestion de crise. Les plateformes de travel management intègrent désormais des tableaux de bord centralisés, capables de croiser données de réservation, alertes sécuritaires et informations sanitaires.
À titre d’exemple, l’agence Globéo Travel propose des outils dédiés à la protection des collaborateurs. Elle met à disposition de clients un service de géolocalisation en temps réel, des assurances étendues et une veille permanente des risques par destination. Parmi les dispositifs figurent des alertes en temps réel, des cartes de risques actualisées, le suivi des itinéraires et une assistance 24 h/24 et 7 j/7 en France comme à l’étranger. Ces outils permettent aux entreprises de localiser leurs salariés, de les informer en amont et de réagir rapidement en cas d’incident.
« Globéo Travel dispose d’une carte monde mise à disposition des clients, permettant d’identifier immédiatement où sont leurs voyageurs (Dubaï, Oman, etc.) pour initier des actions. Cela facilite la prise de décision rapide. En cas d’urgence, l’agence trouve les solutions de rapatriement, généralement par vols réguliers, et travaille aussi avec des entreprises spécialisées françaises ayant des correspondants à l’étranger », explique son dirigeant Grégory Mavoian, acteur de longue date du travel business en France.
D’autres acteurs majeurs, comme International SOS, BCD Travel ou FCM Travel, offrent des prestations similaires. Elles incluent des briefings pré-départ, des formations aux risques, des évaluations dynamiques et des plans de continuité. BCD Travel a récemment renforcé ses partenariats technologiques pour améliorer le suivi en temps réel des voyageurs.
Des évacuations réelles au cœur des tensions au Moyen-Orient
Les conflits récents au Moyen-Orient ont illustré concrètement ces risques. En février-mars 2026, les frappes et ripostes entre Israël, les États-Unis et l’Iran ont entraîné la fermeture partielle ou totale de plusieurs espaces aériens. Des milliers de professionnels se sont retrouvés bloqués, parfois sans solution immédiate de rapatriement.
La France, avec environ 400 000 ressortissants dans la zone, dont de nombreux expatriés et voyageurs d’affaires dans les secteurs de l’énergie, de la finance, de la construction et du luxe, a activé des dispositifs d’évacuation. Le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a été mobilisé pour coordonner les opérations. Des évacuations terrestres ont été privilégiées vers Oman, la Jordanie ou l’Égypte, devenus des points de sortie stratégiques vers des vols commerciaux. Des vols affrétés ont été préparés pour les personnes vulnérables.
Des agences de voyages d’affaires ont fait face à un afflux massif de demandes, notamment depuis Dubaï, et ont mis en place des convois sécurisés en coordonnant les déplacements en temps réel. En coordination avec les ambassades et consulats français, elles ont renforcé leur assistance. Ces opérations ont concerné des hubs majeurs comme les Émirats arabes unis, qui comptent plus de 63 000 Français, mais aussi l’Arabie saoudite, le Qatar et Israël. Elles rappellent l’importance d’une préparation anticipée, d’un suivi en temps réel et d’une coordination étroite entre acteurs publics et privés.
Vers une culture de la prévention
Les experts du voyage d’affaires s’accordent sur plusieurs bonnes pratiques. L’inscription sur le dispositif Ariane du ministère des Affaires étrangères reste essentielle. La centralisation des réservations permet une meilleure visibilité. La formation des collaborateurs aux risques devient indispensable. Les entreprises sont également encouragées à établir des politiques de voyage claires. Celles-ci doivent définir les zones à éviter, les procédures d’urgence et les responsabilités internes. La sensibilisation à la cybersécurité, notamment lors de déplacements dans certains pays, fait désormais partie des priorités.
Avec un marché de la sécurité des voyages d’affaires en forte croissance, les investissements dans ces dispositifs augmentent. Selon plusieurs études sectorielles, les entreprises les mieux préparées réduisent significativement les incidents, mais aussi les coûts liés aux crises et les difficultés de rapatriement grâce au savoir-faire des professionnels du travel business.
Dans un contexte où la volatilité est devenue la norme, la sécurisation proactive s’impose comme un pilier de la mobilité professionnelle. « La confiance dans les déplacements repose autant sur la logistique que sur la capacité à gérer l’imprévu », conclut Grégory Mavoian.

@TSA
Aucun commentaire !