Les aéroports de Rome Fiumicino et Ciampino tirent la sonnette d’alarme à l’approche d’une saison estivale annoncée comme record, mais menacée par les nouvelles obligations de contrôle biométrique de l’UE pour les passagers hors Schengen.
Le système d’entrée/sortie (EES), officiellement généralisé en avril, rallonge fortement les temps de passage aux frontières, au point que le gestionnaire Aeroporti di Roma juge « indispensable » une suspension partielle des contrôles pour éviter un chaos opérationnel et commercial.
Rome face au test grandeur nature de l’EES
Le nouveau système européen d’entrée/sortie remplace le traditionnel tampon sur le passeport par l’enregistrement biométrique (photo et empreintes digitales) des ressortissants de pays tiers lors de leur première entrée dans l’espace Schengen. Concrètement, tous les passagers non-européens, y compris britanniques, doivent désormais se soumettre à ces formalités aux frontières aériennes, maritimes et terrestres, ce qui augmente mécaniquement la durée de contrôle.
À Rome, cette montée en puissance intervient alors que Fiumicino et Ciampino s’attendent à des flux de passagers particulièrement élevés cet été, portés par le tourisme et les voyages de retour des communautés italiennes à l’étranger. Selon Marco Troncone, directeur général d’Aeroporti di Roma, le traitement biométrique de « 100% des enregistrements » est tout simplement « incompatible » avec les pics d’affluence, au risque de provoquer des files d’attente de plusieurs heures et des correspondances manquées en série.
« Ouvrir la valve » : l’appel pressant d’Aeroporti di Roma
Dans un entretien relayé par plusieurs médias européens, Marco Troncone décrit un niveau d’inquiétude de « huit ou neuf » sur une échelle de un à dix face au dispositif EES à l’approche des vacances d’été. Selon lui, la seule façon d’éviter le chaos serait « d’ouvrir la valve » en permettant aux passagers de contourner temporairement certaines étapes du système biométrique, notamment la prise d’empreintes digitales.
Le dirigeant estime en substance que « le processus se révèle incompatible avec les pics d’afflux » et que, sans flexibilités supplémentaires, les aéroports italiens seront contraints de suspendre la procédure « pour éviter des désastres ». Cette rhétorique du « désastre » fait écho aux avertissements répétés des associations professionnelles, qui jugent ne plus être face à de simples « problèmes de rodage » mais à une « défaillance systémique » du dispositif.
Files d’attente records et vols manqués en Europe
Les premières semaines de mise en service généralisée de l’EES ont déjà provoqué des perturbations significatives dans plusieurs aéroports européens pilotes. ACI Europe, la branche régionale du Conseil international des aéroports, indique que les nouveaux contrôles biométriques ont augmenté les temps de traitement aux frontières jusqu’à 70%, avec des files d’attente pouvant atteindre trois heures en période de pointe.
Des cas extrêmes ont été rapportés, notamment à Lisbonne où l’aéroport a dû suspendre totalement l’EES pendant trois mois à la suite de « graves déficiences » ayant engendré des attentes signalées jusqu’à sept heures. À Milan-Linate, un vol easyJet vers Manchester n’a embarqué que 34 des 156 passagers prévus, 122 voyageurs ayant vu leur avion partir sans eux après de longues queues aux contrôles. L’IATA, l’Association internationale du transport aérien, évoque de son côté la possibilité d’attentes allant jusqu’à six heures dans certains aéroports européens cet été.
Un problème européen, pas seulement italien
Si Rome se trouve aujourd’hui au premier rang de la contestation, l’inquiétude face au déploiement de l’EES est largement partagée au sein du secteur aérien européen. Dans un communiqué commun, ACI Europe et Airlines for Europe (A4E) affirment que le lancement intégral du système le 10 avril a été « marqué par des perturbations pour les passagers, des retards et des vols manqués », confirmant que leurs « principales inquiétudes sont désormais une réalité ».
Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, prévient que la montée en puissance du dispositif « va inévitablement déboucher sur des blocages bien plus graves, et des ruptures de fonctionnement systémiques pour les aéroports ». A4E juge pour sa part que « faire la queue pendant trois heures au contrôle aux frontières n’est pas un simple problème de rodage de l’EES, mais une défaillance systémique », rappelant que les compagnies sont pénalisées par des retards indépendants de leur volonté.
La réponse prudente de Bruxelles
Face à la pression des aéroports et des compagnies, la Commission européenne a déjà ajusté le calendrier et les modalités de déploiement du système. Initialement prévue pour avril 2026, la date butoir pour la mise en œuvre intégrale de l’EES aux frontières de l’UE et de Schengen a été repoussée à septembre, afin de réduire le risque d’engorgement durant l’été.
Bruxelles insiste toutefois sur le fait que le système est « pleinement opérationnel » et que la plupart des longues files d’attente sont liées à des pénuries de personnel, des infrastructures insuffisantes ou à la concentration des horaires de vol, plutôt qu’à un dysfonctionnement technique de l’EES. La Commission met en avant une « flexibilité intégrée » permettant de suspendre certaines fonctions pour garantir la fluidité aux frontières, et a donné à tous les États Schengen le pouvoir de mettre temporairement à l’arrêt le dispositif en période de très forte affluence.

Aucun commentaire !