La Lettonie cherche à faire entrer un investisseur stratégique au capital d’airBaltic, compagnie aérienne lettonne en difficulté frappée à la fois par une crise de moteurs et par une lourde dette. Le gouvernement letton veut éviter une nouvelle faillite tout en respectant les règles européennes sur les aides d’État.
La Première ministre lettone a confirmé à l’agence Reuters que son gouvernement est en pourparlers avec un investisseur stratégique pour soutenir airBaltic. L’État letton contrôle aujourd’hui l’écrasante majorité du capital de la compagnie aérienne, avec une participation proche de 90%. Une introduction en Bourse, envisagée un temps, a été repoussée en raison de la détérioration de sa situation financière.
Le président du conseil d’administration d’airBaltic, Klavs Vasks, a lui‑même reconnu que la compagnie aérienne ne pouvait « plus fonctionner avec le capital négatif accumulé pendant de nombreuses années, et [que] les obligations actuelles à taux d’intérêt élevé ne sont pas viables à long terme ». Cette fragilité explique la recherche active de nouveaux partenaires, afin de recapitaliser la société et de refinancer une partie de sa dette.
Une low‑cost hybride ancrée dans les pays baltes
Basée à Riga, la capitale lettonne, airBaltic est le principal transporteur des pays baltes, avec des bases en Lettonie, Lituanie, Estonie et en Finlande (Tampere). Elle dessert plus de 70 destinations en Europe et au‑delà, reliant les pays baltes aux grands hubs européens et à plusieurs métropoles du Moyen‑Orient. Son modèle hybride combine une activité de type réseau, avec correspondances sur Riga, et une approche proche des low‑cost sur certaines routes point‑à‑point.
Une flotte intégralement composée d’Airbus A220
AirBaltic exploite depuis 2020 une flotte homogène d’Airbus A220‑300, dont elle a été cliente de lancement en Europe. Elle est devenue le plus grand opérateur mondial de ce modèle, avec une flotte opérationnelle d’environ 54 à 56 appareils et des commandes fermes portant le total à 90 A220. En 2026, airBaltic a encore réceptionné de nouveaux A220‑300, confirmant sa stratégie de flotte « tout‑A220 ». Mais ce choix unique rend la compagnie aérienne particulièrement vulnérable aux problèmes techniques qui affectent ce type d’avion.
La crise des moteurs Pratt & Whitney cloue des avions au sol
La principale difficulté opérationnelle d’airBaltic tient à la crise de maintenance des moteurs Pratt & Whitney PW1500G qui équipent ses A220‑300. Faute de moteurs de remplacement suffisants, elle a dû immobiliser une partie de sa flotte, avec jusqu’à neuf appareils en moyenne cloués au sol au deuxième trimestre 2025.
En conséquence, airBaltic a annoncé l’annulation de 4 670 vols à l’été 2025, ainsi que la suppression de 19 liaisons et la réduction de fréquences sur 21 routes au départ de Riga, Vilnius, Tallinn et Tampere. « Les annulations résultent de retards inattendus et d’une maintenance prolongée de moteurs par son fournisseur Pratt & Whitney », a-t-elle expliqué dans un communiqué. Elle a été contrainte de recourir à des contrats ACMI (location d’avions avec équipage) auprès d’autres opérateurs pour maintenir une partie de son programme, au prix de coûts plus élevés et d’une satisfaction client en baisse.
Des finances sous pression malgré la croissance du trafic
Sur le plan commercial, airBaltic affiche une croissance du trafic et des records saisonniers en nombre de passagers et de vols, notamment au premier trimestre 2026. Le PDG Erno Hildén insiste sur cette solidité opérationnelle : « D’un point de vue opérationnel, le premier trimestre a été stable pour airBaltic, avec davantage de passagers, plus de vols et une amélioration de l’excédent brut d’exploitation ».
Mais les résultats financiers restent lourds. La compagnie aérienne lettonne a enregistré une perte nette de 70,1 millions d’euros au premier trimestre 2026, contre une perte de 29,3 millions un an plus tôt. Elle évoque des « facteurs externes », dont les effets défavorables des taux de change, la baisse de certains soutiens commerciaux, la poursuite de l’inflation des coûts (maintenance, personnel, redevances) et la flambée du kérosène. Le cabinet Fitch Ratings a d’ailleurs dégradé la note de la compagnie aérienne lettonne à CCC‑, la plaçant dans la catégorie des obligations spéculatives à haut risque.
Dette élevée et aides publiques sous surveillance
Aujourd’hui, airBaltic traîne une dette importante, liée notamment à l’émission d’obligations pour environ 380 millions d’euros, assorties de taux d’intérêt pouvant atteindre 14,5%. Plusieurs scénarios évoquent la nécessité d’un soutien public supplémentaire pouvant dépasser 500 millions d’euros, ce qui pose la question de la compatibilité avec les règles européennes sur les aides d’État.
Le gouvernement letton est déjà intervenu à plusieurs reprises pour recapitaliser airBaltic depuis la pandémie de Covid‑19, ce qui a suscité des critiques et une surveillance accrue de la Commission européenne. C’est dans ce contexte que s’inscrit la recherche d’un « investisseur stratégique », censé apporter de nouveaux fonds et une crédibilité renforcée au développement de la compagnie aérienne.
Une restructuration autour de la flotte et du capital
Face à l’urgence, airBaltic a mandaté le cabinet de conseil Seabury pour l’accompagner dans la gestion de crise et la recherche de nouveaux investisseurs. Elle a aussi commencé à ajuster sa flotte, en restituant par exemple deux Airbus A220‑300 à un loueur fin juin 2026.
Plusieurs scénarios sont désormais sur la table : recapitalisation avec un partenaire industriel ou financier, restructuration de la dette, révision du plan de croissance de la flotte, voire repositionnement du modèle économique. L’enjeu, pour Riga, est de préserver un transporteur jugé stratégique pour la connectivité des pays baltes, sans engager des montants publics jugés excessifs par Bruxelles.
D’autres compagnies aériennes européennes sous pression
Tandis qu’airBaltic cherche un investisseur stratégique pour éviter la faillite, elle n’est pas la seule compagnie aérienne européenne sous pression. Les risques se concentrent surtout sur les petits transporteurs et surtout sur ceux dont la situation financière est déjà fragile.
La norvégienne Norse Atlantic, spécialiste du long-courrier à bas prix, a perdu l’essentiel de sa valeur boursière depuis son introduction en Bourse et mène elle aussi une revue stratégique après la forte chute de son action. La compagnie nationale polonaise LOT revient régulièrement dans les scénarios de consolidation du secteur. Au Royaume-Uni, la low cost easyJet est sur le point d’être rachetée par des investisseurs américains, ce qui verrait ce pionnier du voyage low-cost passer à une valorisation nettement inférieure à son pic d’avant-Covid.
Pour Willie Walsh, directeur général de l’Association du transport aérien international (IATA), les pressions actuelles ne viennent pas seulement de la flambée du prix du carburant liée à la guerre au Moyen-Orient. Les coûts de main-d’œuvre, de maintenance, de location d’avions et les charges d’intérêts ont tous augmenté par rapport aux niveaux pré‑pandémiques, tandis que l’avantage compétitif des low-cost se réduit. Il prévient que, si les coûts restent durablement élevés, certaines compagnies aériennes pourraient être contraintes de fusionner ou de quitter le marché. L’évolution du secteur dans les prochains mois dépendra donc largement des ventes de la saison estivale, des prix de l’énergie et de la capacité des entreprises à préserver leur trésorerie.

@airBaltic
Alexis a commenté :
19 juillet 2026 - 14 h 07 min
TAP et Air Baltic pourront difficilement être rachetés en même temps par Lufthansa.
Serge13 a commenté :
19 juillet 2026 - 14 h 07 min
Malgré toutes ces compagnies aeriennes qui ont opté pour cet appareil et qui en sont sorties, AF de part son PDG pense qu’en 2030, la flotte europe ne sera constituée que du A223.
Il est canadien.
S’il avait été chinois, AF aurait une commande de 100 Comac.
Tout prouve à dire que ce choix a été mauvais,forçant la compagnie à affréter d’autres appareils auprès de ASL et AMELIA pour palier aux besoins du trafic été.
Air Baltic a donc 9 appareils au placard. AF idem.
Quel gâchis.
Kyle a commenté :
19 juillet 2026 - 15 h 39 min
Air France a recemment loué un ERJ-145 à Amelia pour operer des vols interieurs comme Paris Nice, Montpellier, Bordeaux, Lyon… en plein été !!
Mais les A220 sont merveilleux y parait…
Pour Air Baltic, ne pas oublier qu’ils ont été fortement heurtés par la guerre en Ukraine.
A voir si Lufthansa, un de ses principaux client en affrêtement et qui a déjà 10% de la compagnie va répondre présent.