Un haut responsable de l’Autorité nigériane de l’aviation civile (NCAA) menace de demander la suspension des vols de Royal Air Maroc (RAM) au Nigeria. Dans la presse marocaine, la mention d’Air Algérie pour remplacer potentiellement RAM intrigue et alimente les soupçons d’une manœuvre venue d’Alger.

Tout part d’une série de messages publiés jeudi 23 juillet sur X par Michael Achimugu, directeur des affaires publiques et de la protection des consommateurs à la NCAA. Le fonctionnaire nigérian y accuse Royal Air Maroc d’être depuis longtemps le principal contrevenant en matière de gestion des bagages, de traitement des passagers et de résolution des plaintes visant les voyageurs nigérians.

Michael Achimugu rappelle que la compagnie nationale marocaine avait déjà été sanctionnée en 2025 pour des manquements à la protection des consommateurs. Selon lui, la situation ne s’est pas améliorée depuis. Il reproche aussi à RAM de ne pas se présenter sérieusement aux réunions convoquées par la NCAA. “Mon département adoptera une position extrêmement ferme sur cette affaire et Royal Air Maroc cessera de considérer comme acquise la relation privilégiée que le Maroc entretient avec le Nigeria et les Nigérians“, écrit Michael Achimugu sur X. Il va jusqu’à évoquer une réponse jugée désinvolte du responsable de RAM au Nigeria, Ahmed Boussouf, lors d’un échange avec le régulateur.

Des griefs anciens, mais une sanction inédite
Ce contentieux n’est pas nouveau. Dès septembre 2025, la NCAA affichait une politique de “dénonciation publique” envers les compagnies aériennes en infraction, dans le cadre d’une directive du gouvernement nigérian. Les manquements reprochés à RAM portent notamment sur des bagages égarés non signalés à temps aux passagers, des indemnisations jugées insuffisantes, et des réclamations traitées surtout après intervention du régulateur.

Ce qui change cette fois, selon une note du think tank pro-marocain Institut Géopolitique Horizons citée par le média marocain Le360, c’est le degré de personnalisation de l’attaque. Jamais un dirigeant de compagnie aérienne n’avait été nommément visé de la sorte par la NCAA, ni un échange présenté comme privé rendu public de cette manière.

La mention d’Air Algérie qui interroge
C’est un autre détail du message de Michael Achimugu qui retient l’attention de la presse marocaine. Pour illustrer les alternatives disponibles aux passagers nigérians, il cite trois compagnies aériennes : EgyptAir, Ethiopian Airlines et Air Algérie. Les deux premières s’expliquent aisément par leurs vastes réseaux africains. La troisième surprend davantage, fait remarquer Le360 : Air Algérie ne dessert la capitale nigériane Abuja que depuis avril 2025, à raison d’un seul vol hebdomadaire sur la ligne Alger-Abuja. Royal Air Maroc, elle, assure trois vols quotidiens entre le Maroc et le Nigeria, deux vers Abuja et un vers Lagos, avec une clientèle majoritairement nigériane. 

La mention d’Air Algérie nourrit les interprétations de la presse marocaine, dans un contexte de rivalité structurelle entre l’Algérie et le Maroc. Certains y voient une manœuvre orchestrée depuis Alger pour freiner les avancées diplomatiques et économiques du Maroc en Afrique, dans un climat de tension permanente entre les deux voisins maghrébins.

L’Institut Géopolitique Horizons avance toutefois une explication d’ordre opérationnel. Michael Achimugu avait personnellement représenté le directeur général de la NCAA lors de l’inauguration de la ligne Alger-Abuja opérée par Air Algérie en avril 2025. Le fonctionnaire nigérian connaît donc directement l’implantation de la compagnie nationale algérienne au Nigeria. Mais le think tank reconnaît que cette familiarité “n’épuise pas la question” de savoir pourquoi Air Algérie a été choisie dans une charge aussi personnalisée contre RAM, insiste Le360.