American Airlines a utilisé, pour la première fois, du carburant d’aviation durable électrosynthétique — ou eSAF — sur un vol commercial de passagers entre Corpus Christi et Dallas/Fort Worth.
Au-delà du symbole, l’opération démontre surtout que ce kérosène issu de CO₂ et d’électricité renouvelable peut emprunter les infrastructures aéroportuaires ordinaires, sans modification de l’avion ni de la chaîne d’avitaillement.
American Airlines fait entrer l’eSAF dans le réseau aéroportuaire américain
Le carburant durable ne se résume plus aux huiles alimentaires usagées. American Airlines et le producteur texan Infinium ont annoncé avoir réalisé la première livraison, dans un aéroport commercial américain, d’un carburant d’aviation durable non biosourcé destiné à un vol passager.
Le vol concerné a relié l’aéroport international de Corpus Christi (CRP), au Texas, à la plate-forme de Dallas/Fort Worth (DFW), principal hub d’American Airlines. Il a été effectué par un Embraer E175 d’American Eagle. L’eSAF n’a pas propulsé seul l’appareil : il a été incorporé à du Jet A conventionnel avant son transfert dans les réservoirs mutualisés de l’aéroport de Corpus Christi. Il a ensuite été attribué au vol vers Dallas/Fort Worth.
C’est là l’intérêt concret de l’opération. Non pas démontrer un vol « 100% e-kérosène » — ce qui n’était pas le cas — mais prouver la compatibilité d’un carburant synthétique avec la logistique habituelle d’un aéroport : stockage centralisé, distribution et avitaillement des appareils.
« Cette étape constitue un moment important pour l’aviation », a déclaré Robert Isom, directeur général d’American Airlines. « Grâce à notre partenariat avec Infinium, nous démontrons que des technologies de nouvelle génération telles que l’eSAF peuvent passer des premiers investissements à une application dans le monde réel », a-t-il ajouté.
Un e-kérosène produit à partir de CO₂ et d’électricité renouvelable
L’eSAF utilisé provient de l’installation Pathfinder d’Infinium, implantée à Corpus Christi et exploitée depuis 2023. Selon American Airlines, il s’agit de la première unité commerciale de production d’e-carburants par procédé power-to-liquids — conversion d’électricité en carburant liquide — à l’échelle commerciale.
Le principe consiste à associer du dioxyde de carbone résiduel récupéré et de l’hydrogène produit avec de l’électricité renouvelable, afin de fabriquer des hydrocarbures de synthèse pouvant ensuite être raffinés en carburant aéronautique. À la différence des filières aujourd’hui majoritaires de SAF, l’eSAF ne repose donc ni sur les graisses et huiles usagées, ni sur les déchets agricoles, ni sur des cultures.
Infinium avance une réduction potentielle des émissions de gaz à effet de serre de « plus de 90% » sur l’ensemble du cycle de vie par rapport au kérosène fossile. Cette promesse dépend toutefois étroitement de deux paramètres : l’origine réellement renouvelable de l’électricité consommée et celle du CO₂ utilisé. L’électrocarburant ne fait pas disparaître les émissions à l’échappement de l’avion ; son intérêt climatique se mesure sur le cycle complet de production et d’usage.
« Ajouter l’eSAF à notre gamme de produits, et le voir alimenter un vol commercial de passagers, représente une nouvelle étape significative vers des solutions bas carbone concrètes pour l’industrie », a déclaré Robert Schuetzle, directeur général d’Infinium.
Une compatibilité avec les avions actuels
Avant son acheminement à l’aéroport, le lot a été mélangé avec du kérosène conventionnel puis testé pour répondre aux spécifications ASTM applicables au Jet A. American et Infinium soulignent que cette conformité permet une utilisation dans les moteurs, les systèmes de stockage et les réseaux d’avitaillement existants, sans adaptation matérielle.
Cette caractéristique dite drop-in est déterminante pour le transport aérien. Elle évite d’attendre le renouvellement complet des flottes ou la construction d’infrastructures dédiées pour commencer à réduire l’empreinte carbone du carburant. Elle ne dispense pas, en revanche, des limites réglementaires de mélange propres à chaque voie de production certifiée : la norme ASTM D7566 encadre les composants synthétiques et autorise, selon les filières, des taux d’incorporation pouvant atteindre 50% en volume.
L’initiative texane ne constitue donc pas le premier vol commercial de passagers utilisant du kérosène synthétique durable. KLM avait déjà réalisé en janvier 2021 un Amsterdam-Madrid en Boeing 737-800 avec un mélange comprenant 500 litres d’e-kérosène produit par Shell à partir de CO₂, d’eau et d’électricité renouvelable. La nouveauté revendiquée par American Airlines porte plus précisément sur la première livraison aux États-Unis d’un SAF non biosourcé dans le système de carburant partagé d’un aéroport commercial.
Project Roadrunner attendu en 2027
American Airlines a conclu un accord d’achat pour des volumes commerciaux d’eSAF issus du projet Roadrunner d’Infinium, actuellement en construction à Pecos, au Texas. La mise en service commerciale et les premières livraisons sont annoncées pour 2027.
Les communications des partenaires évoquent une capacité de plus de 5 millions de gallons américains d’eSAF par an, soit plus de 18,9 millions de litres par an. Infinium avait auparavant indiqué que le site devait produire au total 23 000 tonnes annuelles — environ 28,8 millions de litres ou 7,6 millions de gallons américains — d’eSAF et d’autres e-carburants : ces chiffres ne recouvrent donc pas nécessairement la seule production de carburant aéronautique.
Même à cette échelle, la marche à gravir reste immense. L’IATA prévoit une production mondiale de SAF de 2,4 millions de tonnes — environ 3 milliards de litres — en 2026, soit seulement 0,8% de la consommation mondiale de carburant aérien. L’association souligne également que le surcoût du SAF demeure un frein majeur à son adoption à grande échelle.

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