Moins de deux ans après avoir pris 25,1% du capital d’Air India à l’issue de la fusion avec Vistara, Singapore Airlines voit son investissement lourdement affecté par les pertes de la compagnie indienne.
Le groupe singapourien a comptabilisé une quote-part de perte de 945,2 millions de dollars singapouriens (environ 735 millions de dollars américains) au titre de l’exercice 2025-2026, dans un contexte marqué par l’accident du vol AI171, les contraintes sur l’espace aérien pakistanais, la hausse des coûts et une transformation industrielle d’une rare ampleur.
Près de S$945 millions de pertes pour Singapore Airlines
Le redressement d’Air India s’annonce plus long et plus coûteux que prévu. Dans son rapport annuel, Singapore Airlines (SIA) indique avoir comptabilisé une quote-part de pertes de 945,2 millions de dollars singapouriens — environ 730 à 740 millions de dollars américains selon les taux de change — liée à sa participation de 25,1% dans Air India au cours de l’exercice clos le 31 mars 2026.
La perte nette d’Air India sur cette période est estimée à S$3,77 milliards, soit près de 3 milliards de dollars américains. La valeur comptable de la participation de SIA dans la compagnie indienne a ainsi été ramenée à S$1,13 milliard, contre S$2,02 milliards un an plus tôt.
Ce choc a contribué à faire reculer de 57,4% le bénéfice annuel de Singapore Airlines, à S$1,18 milliard. La comparaison est d’autant plus sévère que l’exercice précédent avait bénéficié d’un gain comptable exceptionnel, non monétaire, de l’ordre de S$1,1 milliard généré par le rapprochement entre Vistara et Air India.
De Vistara à Air India, un pari stratégique sur l’Inde
L’exposition de Singapore Airlines au marché indien ne date pas du rapprochement avec Air India. Le transporteur de Singapour exploitait déjà Vistara depuis 2015 avec Tata Sons, dans une coentreprise détenue à parité. Lorsque Tata a repris Air India à l’État indien, le rapprochement entre les deux compagnies est progressivement devenu la solution retenue pour bâtir un groupe intégré.
La fusion de Vistara dans Air India a été finalisée le 12 novembre 2024. Singapore Airlines a alors obtenu 25,1% de l’entité élargie, Tata Sons conservant les 74,9% restants. SIA a ensuite injecté 166,9 millions de dollars singapouriens supplémentaires en mars 2025, sans modifier sa participation. Le coût total comptabilisé de son investissement dans Air India atteignait S$2,0955 milliards au 31 mars 2026, ce montant intégrant notamment la valeur de sa participation historique dans Vistara.
Pour Singapore Airlines, l’enjeu dépasse les résultats à court terme : Air India donne au groupe un accès direct au vaste marché domestique indien et aux flux internationaux depuis les hubs du sous-continent. SIA présente d’ailleurs cette présence comme un élément de sa stratégie multi-hubs. Le directeur général de SIA, Goh Choon Phong, n’a toutefois jamais minimisé l’ampleur de la tâche : « Nous n’avons jamais eu l’illusion que le chemin serait facile », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par Channel News Asia.
Accident, détours et coûts : une année noire
Le plan de transformation d’Air India a été frappé de plusieurs chocs simultanés. Le plus grave est l’accident du vol AI171, un Boeing 787-8 assurant la liaison Ahmedabad-Londres Gatwick, survenu peu après le décollage le 12 juin 2025. Sur les 242 personnes présentes à bord, 241 ont péri ; le bilan total s’est élevé à 260 morts en incluant les victimes au sol.
L’enquête de l’Aircraft Accident Investigation Bureau (AAIB) indien est toujours en cours et aucune conclusion finale ne doit être anticipée. Le rapport préliminaire avait établi que les deux moteurs avaient perdu leur alimentation en carburant quelques secondes après le décollage, sans attribuer de responsabilité ni identifier de cause définitive.
Après l’accident, Air India a temporairement ajusté son programme de vols, renforcé les contrôles sur sa flotte de Boeing 787 et subi une pression opérationnelle et réglementaire accrue. Cet événement a frappé la compagnie à un moment où elle devait déjà harmoniser flottes, réseaux, systèmes informatiques, produits cabine et cultures d’entreprise après l’intégration de Vistara.
Autre contrainte majeure : la fermeture de l’espace aérien pakistanais aux transporteurs indiens. Elle oblige Air India, particulièrement exposée sur les liaisons entre l’Inde du Nord et l’Europe ou l’Amérique du Nord, à effectuer des détours plus longs, plus consommateurs de carburant et mobilisant davantage les équipages et les avions. Dans un courrier cité par Reuters, Air India avait évalué le surcoût potentiel à environ 600 millions de dollars sur douze mois si l’interdiction se prolongeait. Il s’agit donc d’une projection de coût annuel, et non d’une perte déjà constatée dans son intégralité.
Un redressement à financer, sans dépréciation à ce stade
À ces facteurs se sont ajoutés les tensions sur la chaîne d’approvisionnement aéronautique, qui ralentissent certaines opérations de maintenance et de rénovation de cabine, la volatilité du kérosène et la faiblesse de la roupie. Cette dernière renchérit mécaniquement les dépenses libellées en dollars, notamment le carburant, les loyers d’avions, certaines échéances financières et les achats liés à la maintenance.
SIA reconnaît que les conditions d’exploitation dégradées et l’incertitude géopolitique constituent des indices de dépréciation de sa participation. Après évaluation, le groupe a néanmoins conclu qu’aucune dépréciation comptable supplémentaire n’était justifiée à la clôture de l’exercice.
La compagnie singapourienne n’exclut pas, par ailleurs, de nouveaux apports de capital. Elle précise que son conseil d’administration examinera toute demande d’Air India au regard de la stratégie de la compagnie indienne et des autres priorités d’investissement du groupe.

Serge13 a commenté :
13 août 2026 - 8 h 42 min
1.18 milliards $ de bénéfices malgré les déboires de Air India…