NAV CANADA, l’agence canadienne chargée de la navigation aérienne, a construit à Kingston, en Ontario, une première installation numérique qui doit permettre à des contrôleurs aériens de gérer à distance le trafic d’aéroports situés à plusieurs centaines de kilomètres, avec l’aéroport de Hamilton envisagé comme premier site desservi.
Le projet, encore soumis à des essais opérationnels et à l’autorisation de Transports Canada (ministère des Transports), suscite à la fois l’intérêt du secteur et des inquiétudes syndicales sur l’emploi, la mobilité des équipes et la fiabilité technologique.
L’objectif est de transmettre, depuis des aéroports dépourvus de tour physique, des images et données en temps réel vers une salle de contrôle située à distance, où les contrôleurs continueraient d’assurer les services de circulation aérienne. Le projet doit servir de démonstrateur avant l’ouverture d’un premier télécentre permanent à Kingston. À terme, NAV CANADA estime qu’une telle structure pourrait fournir des services à distance à environ 20 aéroports canadiens.
Des écrans à la place de la tour
Développé par Kongsberg Geospatial, le système ne repose pas sur l’automatisation complète du contrôle aérien. Il remplace surtout la vue directe depuis une tour par un ensemble de caméras haute définition, complétées par des capteurs et des données numériques. Les images sont envoyées dans une salle de contrôle équipée de douze grands écrans, offrant une vision panoramique des pistes, des voies de circulation et de leur environnement.
Les caméras disposent notamment d’un mode infrarouge, destiné à améliorer la surveillance de nuit ou par faible visibilité. Des fonctions recourant à l’intelligence artificielle doivent également aider les contrôleurs aériens à identifier des aéronefs en mouvement ou des situations potentiellement dangereuses. La décision opérationnelle demeure toutefois du ressort des « humains » présents au poste de contrôle.
« Les décisions demeurent toutefois entièrement entre les mains des humains »,rappelle Jordan Freed, président de Kongsberg Geospatial, le partenaire technologique de NAV CANADA, cité par Radio-Canada.
Pour NAV CANADA, la technologie doit permettre de gérer plusieurs aéroports à partir d’un même centre, tout en conservant le niveau de service attendu par les pilotes, les compagnies aériennes et les collectivités. « L’aménagement numérique de Kingston n’est pas qu’une simple installation temporaire : c’est une étape clé vers un nouveau modèle de prestation des services de navigation aérienne », déclare David Sheppard, vice-président et chef de la direction des technologies et de l’information de NAV CANADA.
Hamilton visé en premier
La première utilisation opérationnelle pourrait concerner l’aéroport international John C. Munro de Hamilton, dans le sud de l’Ontario. Les contrôleurs aériens seraient alors installés à Kingston, à près de 300 kilomètres de l’aéroport de Hamilton qu’ils superviseraient. Les essais devraient commencer en 2027. Si Transports Canada valide le dispositif, Hamilton deviendrait le premier aéroport canadien à bénéficier d’un contrôle aérien intégralement effectué à distance.
La phase de validation permettra de tester non seulement l’interface de contrôle, mais aussi les procédures opérationnelles, la qualité et la redondance des liaisons de données, ainsi que le fonctionnement des systèmes de secours.
Le Canada n’ouvre pas un champ entièrement inédit. NAV CANADA inscrit son projet dans une tendance déjà engagée dans 16 pays, dont la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni, avec plus de 65 installations numériques opérationnelles ou en développement dans le monde. Kongsberg Geospatial a notamment déployé son système sur 15 aéroports norvégiens, reliés à un centre de contrôle numérique situé à Bodø.
Une réponse aux pénuries de contrôleurs
Pour NAV CANADA, le contrôle à distance est aussi un moyen de faire face aux tensions de recrutement. La société chargée de la navigation aérienne au Canada manque encore d’environ 200 contrôleurs, selon les chiffres rapportés par Radio-Canada. Cette situation peut entraîner des réductions de capacité, des retards ou, dans certains cas, la fermeture temporaire d’un aéroport lorsqu’un contrôleur aérien doit s’absenter ou prendre sa pause.
Centraliser une partie de l’activité dans un télécentre doit permettre de mobiliser plus facilement les ressources disponibles et d’attirer des candidats dans un lieu unique. « Le contrôle aérien, c’est une ressource précieuse. L’idée de pouvoir les amener, par exemple, dans un centre de contrôle à distance vous permet d’avoir accès à un plus grand bassin de spécialistes », insiste David Sheppard chez NAV CANADA.
La modernisation pourrait donc améliorer la continuité de service d’aéroports régionaux qui ne disposent pas nécessairement, sur place, d’un nombre suffisant de contrôleurs aériens pour couvrir durablement les besoins d’une tour conventionnelle.
Le syndicat CATCA vigilant
L’Association canadienne du contrôle du trafic aérien (CATCA), qui représente les contrôleurs aériens, reconnaît le potentiel de cette technologie, mais demande que la transition ne fragilise pas davantage une profession déjà confrontée à un déficit d’effectifs. Son président, Nick von Schoenberg, craint en particulier qu’une centralisation des postes à Kingston conduise certains contrôleurs à quitter le métier plutôt qu’à déménager.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un seul contrôleur aérien en ce moment », souligne-t-il auprès de Radio-Canada. Le syndicat relève que de nombreux professionnels approchent déjà de la retraite et que le déplacement géographique des postes pourrait compliquer la rétention des salariés.
CATCA estime par ailleurs que NAV CANADA a fait preuve d’ouverture et de transparence pendant le développement du projet. Mais ses membres restent préoccupés par les conséquences d’une défaillance technologique, notamment si la transmission d’images ou les liaisons de données étaient interrompues.
NAV CANADA assure que les futures tours numériques seront dotées de caméras supplémentaires et de systèmes d’alimentation de secours. La robustesse des télécommunications est néanmoins un point central : le gestionnaire veut pouvoir s’appuyer sur deux fournisseurs indépendants afin de garantir la continuité des opérations.
L’enjeu dépasse ainsi la seule disparition de la vue depuis une tour traditionnelle. Pour le contrôle aérien canadien, il s’agit de déterminer si ce nouveau modèle de gestion du trafic à distance maintiendra les garanties de sécurité, les effectifs nécessaires et des conditions de travail compatibles avec l’attractivité du métier.

@NAV CANADA
Aïe‼️ a commenté :
30 août 2026 - 12 h 48 min
Mais que va-t-on faire de tous les retraités planqués de l’armée qui squattent nos tours quand cette révolution nous atteindra?
Non, ce n’est pas le genre à
« s’adapter »😂