La Russie souhaite louer des avions commerciaux auprès de compagnies aériennes vietnamiennes, avec leurs équipages et leur maintenance. Encore à l’étude, cette demande intervient alors que les sanctions occidentales compliquent l’entretien de la flotte russe. Elle accompagne également une forte progression des capacités aériennes entre les deux pays, portée par les voyages de touristes russes vers le Vietnam.
Le ministère russe des Transports a proposé au Vietnam de mettre des avions de Vietnam Airlines à la disposition des transporteurs russes. Le dispositif envisagé est un contrat ACMI, une location comprenant l’appareil, l’équipage, la maintenance et l’assurance. Il ne s’agit donc pas d’une demande d’achat d’avions.
« Nous avons transmis les propositions correspondantes à nos collègues, ils les étudient », a déclaré le ministre russe des Transports, Andreï Nikitine, à l’issue de discussions russo-vietnamiennes à Moscou, le 9 septembre, selon l’agence Interfax. Aucun nombre d’appareils ni calendrier de mise en œuvre n’a été annoncé dans les informations publiées.
Pour les Russes, un tel accord permet de disposer de capacités supplémentaires sans acheter immédiatement de nouveaux avions. La présence des équipages et la prise en charge de la maintenance font partie intégrante de la formule d’affrètement ACMI. Les autorités vietnamiennes examinent cependant encore la proposition. Aucun accord conclu n’est encore annoncé officiellement.
Une flotte russe sous pression, un obstacle lié aux sanctions
Cette démarche intervient dans un contexte difficile pour le transport aérien russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, les sanctions occidentales restreignent l’accès aux avions, aux pièces détachées et aux services techniques. Les entreprises russes ont notamment recours au prélèvement de composants sur certains appareils pour en maintenir d’autres en service.
Selon les données du secteur, 130 des 673 avions exploités par les onze plus grandes compagnies aériennes russes sont hors service. Cela représente près d’un appareil sur cinq, contre un taux habituel d’indisponibilité d’environ 10%. Hors du groupe Aeroflot, 93 appareils sur 322 sont immobilisés, soit près de trois sur dix.
La localisation des avions vietnamiens soulève néanmoins une difficulté majeure. Vietnam Airlines exploite une flotte composée d’Airbus et de Boeing. La mise à disposition d’appareils occidentaux au profit des transporteurs russes pourrait exposer la compagnie nationale vietnamienne aux sanctions américaines secondaires. Le site Euronews rapporte d’ailleurs qu’un risque similaire a déjà fait obstacle à une démarche russe auprès de l’Éthiopie pour obtenir des avions d’Ethiopian Airlines.
Russie–Vietnam : des droits de trafic élargis à 105 vols par semaine
En parallèle de ces discussions sur les avions, les deux pays élargissent leur cadre de desserte aérienne. Selon Aviation Week, l’accord révisé porte les droits de trafic à 105 vols hebdomadaires pour les compagnies aériennes désignées de chacun des deux pays.
Selon le ministère russe des Transports, quatre compagnies russes assurent actuellement 39 vols par semaine sur onze liaisons. Deux transporteurs vietnamiens proposent, de leur côté, 31 vols hebdomadaires sur trois liaisons. Kazan, Barnaoul, Novokouznetsk et Blagovechtchensk figurent parmi les villes russes envisagées pour de nouvelles dessertes.
La hausse est déjà visible dans l’offre de sièges. D’après les données d’OAG Schedules Analyser, les compagnies russes et vietnamiennes ont programmé environ 695 300 sièges entre les deux pays pendant la saison estivale 2026, soit une progression de 50,1% sur un an. Le nombre d’aéroports desservis est passé de 20 à 30.
Cette extension s’inscrit dans la reprise des liaisons régulières entre les deux pays. Aeroflot a rétabli Moscou-Cheremetievo–Hô Chi Minh-Ville au début de 2024, après plus de trois ans de suspension. Vietnam Airlines a repris Hanoï–Moscou-Cheremetievo en mai 2025, également après une interruption de trois ans.
Les touristes russes en masse à Nha Trang
Le marché reste largement orienté vers les voyages de loisirs des Russes au Vietnam. L’aéroport de Cam Ranh, qui dessert la région balnéaire de Nha Trang, concentre environ 577 600 sièges pour l’été 2026. Il représente ainsi 83,1% de la capacité totale entre les deux pays, selon OAG Schedules Analyser.
La liaison Moscou-Cheremetievo–Cam Ranh domine ce marché avec près de 226 700 sièges, soit 32,6% de l’offre bilatérale. D’autres liaisons importantes relient Ekaterinbourg, Moscou-Domodedovo, Novossibirsk, Vladivostok et Irkoutsk à Cam Ranh. Cette concentration souligne le poids des séjours balnéaires dans le développement des liaisons entre les deux pays.
Plus de 1,07 million de passagers ont voyagé entre les deux pays au cours des sept premiers mois de 2026, selon le ministère russe des Transports qui prévoit un total supérieur à deux millions de passagers sur l’ensemble de l’année. Ce décompte porte sur le trafic aérien entre la Russie et le Vietnam, et non uniquement sur les touristes russes.
L’élargissement des droits de trafic ouvre donc de nouvelles possibilités de croissance. La proposition de localisation avec équipage pourrait apporter des avions supplémentaires aux compagnies russes pour accompagner cette demande. Sa concrétisation dépend toutefois de la réponse vietnamienne et des contraintes liées aux sanctions.

@Vietnam Tourism
Alexis a commenté :
11 octobre 2026 - 12 h 08 min
Quand même étrange d’avoir sorti Aeroflot de SkyTeam pour laisser Viêtnam Airlines lui prêter des avions. On n’est pas à une contradiction prêt dans ce conflit.