La compagnie canadienne Porter Airlines ferme ses bases d’équipages de Halifax et Thunder Bay pour recentrer sa croissance sur Toronto et Ottawa, au prix d’un choc social pour une soixantaine de PNC et pilotes concernés. La décision illustre le virage stratégique de la compagnie canadienne, passée en quelques années d’un réseau régional en turbopropulseurs à une expansion continentale en jets Embraer E2.
Porter Airlines a confirmé la fermeture, au 7 mai 2026, de ses bases d’équipages de Halifax (Nouvelle‑Écosse) et Thunder Bay (Ontario), dans le cadre d’un « plan de croissance transformatrice » visant à regrouper les personnels navigants à Toronto et Ottawa. La mesure concerne environ 60 membres d’équipage de cabine syndiqués, auxquels s’ajoutent d’autres salariés non représentés, soit 66 personnes pour la seule base de Thunder Bay selon la compagnie. Le syndicat des agents de bord, le SCFP section locale 4061, qui représente plus de 1 200 PNC chez Porter, dit être « profondément déçu et attristé » par cette décision, estimant qu’elle bouleverse la vie professionnelle et personnelle de ses adhérents. « Nous savons que les agents de bord de Thunder Bay aiment leur travail, aiment le travail qu’ils font, ils aiment vivre là où ils vivent, et cette nouvelle est vraiment difficile pour eux et leurs familles », a déclaré sa présidente, Sarah Seal.
Thunder Bay et Halifax, bases régionales sacrifiées
Thunder Bay, où Porter avait ouvert une base d’équipage en 2018, était l’un des symboles du maillage régional de la compagnie dans le nord de l’Ontario. La ville accueille également une base de maintenance mise en service début 2019, dont Porter rappelle qu’elle emploie encore 18 techniciens et restera en activité malgré la fermeture de la base d’équipage.
À Halifax, la base d’équipage, plus modeste, irrigue les liaisons de Porter vers le centre du Canada et l’Ontario, mais aussi vers d’autres villes de l’Atlantique. Selon des estimations relayées par les médias locaux, 26 membres d’équipage seraient concernés à Thunder Bay et autour de 30 à Halifax, soit un total d’environ 56 PNC, auxquels s’ajoutent des pilotes et d’autres fonctions. Le syndicat de pilotes ALPA, qui représente les pilotes basés à Thunder Bay, Halifax et Vancouver, a qualifié l’annonce de « profondément décevante », en soulignant que son conseil exécutif « n’a pas été consulté » sur cette décision.
Bases d’équipages : une consolidation autour des hubs
Porter explique que ses bases d’équipages hors de Toronto avaient été créées pour offrir « une plus grande flexibilité opérationnelle » à l’époque où l’essentiel du réseau reposait sur les Q400 au départ de Billy Bishop Toronto City. « Le réseau régional actuel a des hubs à Toronto et Ottawa. Après avoir considéré différents scénarios, nous avons conclu que la consolidation des bases dans ces deux villes était la manière la plus efficace d’organiser les équipages et d’exploiter les vols », indique la compagnie. Concrètement, l’ensemble des postes basés à Halifax et Thunder Bay est transféré vers Toronto Billy Bishop et Ottawa Macdonald‑Cartier, Porter affirmant avoir des postes disponibles pour tous les membres du SCFP touchés dans ces deux bases.
Pour les personnels, les options ne sont guère confortables. Selon le SCFP 4061, les PNC concernés devront soit déménager à Toronto ou Ottawa, soit accepter de « commuter » à leurs frais, parfois jusqu’à six heures par jour, soit choisir un congé sans solde temporaire pouvant aller jusqu’à 120 mois, soit encore opter pour un départ anticipé à la retraite. « Nos agents de bord devront essentiellement se rendre à l’aéroport, monter à bord d’un vol, si des sièges sont disponibles, et traverser le pays pour rejoindre leur lieu de travail — et tout cela à leurs propres frais », résume Sarah Seal.
Une croissance rapide portée par les Embraer E2
Cette réorganisation intervient alors que Porter connaît une phase d’expansion sans précédent, portée par l’arrivée des Embraer E195‑E2, qui lui ont permis de sortir du seul marché régional pour se positionner sur des liaisons transcontinentales et vers le soleil. Fin 2025, le transporteur a pris livraison de son 50e E195‑E2, dans le cadre d’une commande ferme de 75 appareils assortie de 25 droits d’achat supplémentaires, ce qui pourrait porter la flotte E2 à 100 avions à terme.
L’E2 offre à Porter une autonomie d’environ 3 000 milles nautiques, lui permettant de relier, depuis Toronto, Ottawa, Montréal ou Hamilton, des destinations comme Cancún, Puerto Vallarta, Nassau, Grand Cayman ou Liberia au Costa Rica, tout en conservant une cabine sans sièges centraux, caractéristique de la marque. La compagnie se présente désormais comme « l’une des compagnies connaissant la croissance la plus rapide en Amérique du Nord au cours des trois dernières années », ce qui explique en partie le recentrage de ses ressources autour de hubs capables de soutenir un réseau plus vaste et plus complexe.

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