Les compagnies aériennes et les grandes organisations professionnelles du voyage et du commerce mettent en garde la Maison Blanche contre une possible suspension des opérations douanières dans certains grands aéroports américains desservant l’international, dont Newark, Boston, Chicago ou Los Angeles.
Une telle décision, liée au bras de fer entre l’administration Trump et les « villes sanctuaires », pourrait bloquer des dizaines de millions de passagers, perturber les chaînes logistiques et ternir l’image des États-Unis à l’approche de la Coupe du monde de football 2026.
Menace sur les aéroports des « villes sanctuaires »
Jeudi dernier, le secrétaire au département de la Sécurité intérieure (DHS), Markwayne Mullin, a indiqué que l’administration Trump envisageait de retirer les agents de la Customs and Border Protection (CBP) de l’aéroport de Newark Liberty (New Jersey), ce qui reviendrait de facto à suspendre le traitement des passagers et du fret internationaux. Cette mesure serait motivée, selon lui, par « le manque de coopération » des autorités locales avec les services fédéraux de l’immigration, Newark étant situé dans une juridiction qualifiée de « sanctuaire ».
Le responsable du DHS a également évoqué la possibilité d’étendre ce dispositif à plus d’une douzaine d’autres aéroports implantés dans des villes appliquant des politiques similaires vis-à-vis de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), comme Boston, Denver, Philadelphie, Chicago, Los Angeles, Seattle ou San Francisco. Le département de la Justice a déjà identifié l’an dernier une trentaine d’États, de villes et de comtés répondant à cette définition, sans qu’une liste précise d’aéroports ciblés n’ait toutefois été publiée à ce stade.
Un risque de « chaos inutile » pour le transport aérien
Face à ces déclarations, plusieurs organisations, dont la Chambre de commerce américaine, Airlines for America, la National Retail Federation et l’U.S. Travel Association, ont publié un communiqué commun pour dénoncer un projet jugé déstabilisant pour l’ensemble du système aérien. « La suspension des opérations douanières dans ces aéroports risque de provoquer un chaos inutile dans l’ensemble du système de transport aérien du pays », avertissent-elles, rappelant l’interdépendance des réseaux internationaux.
« Les réseaux aériens internationaux sont hautement interconnectés, et des changements opérationnels dans un petit nombre de grands aéroports se répercuteront rapidement à travers le pays, affectant négativement les voyageurs, les expéditions de fret, les chaînes d’approvisionnement et les communautés qui dépendent de ces connexions », ajoutent-elles dans ce même texte. Selon les estimations de l’U.S. Travel Association, une fermeture totale des arrivées et départs internationaux dans un groupe d’une vingtaine d’aéroports pourrait affecter jusqu’à plusieurs dizaines de millions de passagers par an, avec un impact économique agrégé de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Passagers, compagnies et fret en première ligne
Les compagnies membres d’Airlines for America (A4A), qui regroupe notamment American Airlines, Delta Air Lines, United Airlines, Southwest et d’autres transporteurs américains, redoutent un scénario dans lequel des vols internationaux seraient contraints d’être déroutés vers un nombre limité d’aéroports encore autorisés à traiter les flux internationaux. Cela générerait une surcharge des terminaux, des files d’attente interminables aux contrôles frontières et une recrudescence de vols annulés ou fortement retardés, y compris pour le trafic domestique connecté.
Le fret aérien serait tout aussi vulnérable, voire davantage, en raison de la concentration de cargaisons à forte valeur ajoutée dans quelques hubs. « Le fret aérien ne peut pas être réacheminé sans conséquences économiques graves », a averti la Cargo Airline Association, citée par plusieurs médias spécialisés, en référence à la dépendance de certains secteurs – produits pharmaceutiques, composants électroniques, semi‑conducteurs – aux flux express et just‑in‑time transitant par ces plateformes.
Des mises en garde jusque dans l’administration Trump
La fermeté affichée par le secrétaire à la Sécurité intérieure ne fait pas l’unanimité au sein même de l’exécutif. Le secrétaire aux Transports, Sean Duffy, a ainsi déclaré que ce retrait d’agents de la CBP dans les aéroports des villes sanctuaires « n’avait aucun sens », soulignant le risque de paralyser un secteur déjà confronté à des tensions de capacités et de main‑d’œuvre.
L’U.S. Travel Association s’est également fendue d’un communiqué particulièrement sévère : « Une telle mesure aurait des conséquences dévastatrices pour l’industrie du voyage et pour les communautés qui dépendent des visites internationales », a estimé Geoff Freeman, son président-directeur général. Ces prises de position illustrent la fracture entre une logique de pression migratoire et les impératifs de continuité du transport aérien, considéré comme infrastructure critique pour l’économie américaine.
Tensions migratoires et calendrier sportif explosif
Le débat intervient dans un contexte de durcissement de la politique migratoire américaine, déjà au cœur de plusieurs controverses liées aux visas, aux cautions exigées pour certains ressortissants ou aux interdictions d’entrée visant quelques pays. À l’approche de la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, ces signaux contradictoires inquiètent les acteurs du tourisme comme les compagnies aériennes.
La FIFA et les autorités américaines anticipent au total environ 5 millions de visiteurs supplémentaires pour le tournoi, dont la majorité transitera par des hubs américains, avec 60 des 80 matches prévus sur le sol des États-Unis. Des plateformes telles que New York‑JFK, LaGuardia et Newark Liberty seront en première ligne pour acheminer les supporters vers le MetLife Stadium du New Jersey, qui doit accueillir plusieurs rencontres majeures, dont la finale programmée le 19 juillet 2026. L’U.S. Travel Association prévient qu’un blocage des flux internationaux « porterait atteinte à l’image du pays comme destination d’accueil » au moment même où celui‑ci espère un record de visiteurs étrangers grâce au Mondial.

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