Dix‑sept ans après le crash du vol AF447 Rio‑Paris, les familles des 228 victimes ont adressé un « appel au secours » à Emmanuel Macron, au lendemain de l’annonce par Airbus et Air France de leur pourvoi en cassation contre leur condamnation pour homicides involontaires en appel.
Dans une lettre ouverte, l’association Entraide et Solidarité AF447 demande à l’État, actionnaire de référence des deux groupes, d’intervenir pour les convaincre de renoncer à cette ultime étape judiciaire, vécue comme un « acharnement » par les proches des disparus.
Une lettre ouverte à Emmanuel Macron
Jeudi 4 juin, l’association Entraide et Solidarité AF447, qui rassemble les familles des victimes du vol AF447, a rendu publique une lettre adressée à Emmanuel Macron. Sa présidente, Danièle Lamy, elle-même mère d’une des victimes, y décrit des familles « épuisées » et « à bout de forces » par une procédure qui n’en finit pas.
Dans ce courrier, l’association demande au chef de l’État « d’intervenir auprès de [la] direction respective [d’Airbus et d’Air France] pour leur demander de renoncer à leur pourvoi en cassation ». « Ils en ont le droit, ils avaient aussi le choix. Pourquoi s’acharnent‑ils ? (…) Quand on est déclaré coupable, on se soumet à la sanction ! », écrit Danièle Lamy au nom des familles endeuillées, dénonçant une décision qu’elle juge « indécente ».
Un revirement judiciaire en appel
Le 21 mai 2026, la cour d’appel de Paris a condamné Airbus et Air France pour homicides involontaires dans l’accident du vol AF447 Rio‑Paris, survenu dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2009. Les deux entreprises ont écopé de la peine maximale alors applicable pour des personnes morales, soit 225 000 euros d’amende chacune. La cour les a déclarées « seules et entièrement responsables » de l’accident, suivant les réquisitions du parquet général.
Ce jugement constitue un tournant par rapport à la première instance : en 2023, le tribunal correctionnel de Paris avait relaxé Airbus et Air France sur le plan pénal, tout en reconnaissant leur responsabilité civile. Pour les familles, la décision d’appel représentait l’espoir de « refermer enfin une page » après des années d’instruction, de contre‑expertises et de rebondissements procéduraux.
Le rôle de l’État actionnaire au cœur de la lettre
Au‑delà du débat strictement judiciaire, la lettre des familles interpelle directement l’État dans son rôle d’actionnaire de référence d’Air France‑KLM et d’Airbus. L’association Entraide et Solidarité AF447 demande à Emmanuel Macron d’agir, non pas sur la justice elle‑même, mais en tant qu’actionnaire public influent sur les conseils d’administration des deux groupes.
« Est‑il acceptable que l’État, actionnaire de référence de ces entreprises, siégeant à ce titre au conseil d’administration, reste spectateur d’une décision qui prolonge le calvaire de familles françaises ? », interroge Danièle Lamy dans ce texte adressé à l’Élysée, au Premier ministre et au ministre des transports. Les familles assurent être conscientes que « l’État n’a pas à intervenir dans une affaire judiciaire », mais demandent une prise de position politique claire sur l’attitude des entreprises dont il détient une part significative du capital.
Rappel des circonstances techniques du crash d’AF447
Le vol AF447 était assuré par un Airbus A330‑200 immatriculé F‑GZCP, reliant Rio de Janeiro à Paris‑Charles‑de‑Gaulle, lorsqu’il s’est abîmé en océan Atlantique dans la nuit du 1er juin 2009, causant la mort de 216 passagers et 12 membres d’équipage. L’accident est resté comme la catastrophe la plus meurtrière de l’aviation commerciale française contemporaine.
L’analyse des enregistreurs de vol, récupérés après une longue campagne de recherches en mer profonde, a établi que le givrage des sondes Pitot avait provoqué des indications de vitesse incohérentes, entraînant la déconnexion du pilote automatique et le passage en mode de pilotage dégradé. La justice a reproché à Airbus d’avoir sous‑estimé les défaillances du modèle de sonde concerné et de ne pas avoir informé et modifié suffisamment rapidement les flottes des compagnies, tandis qu’Air France était poursuivie pour des insuffisances de formation des équipages à la gestion de ces situations de perte de vitesse mesurée en haute altitude.
Dix‑sept ans d’enquête, d’expertises et de procédures
Pour les familles, la question n’est plus seulement la recherche de la vérité technique – largement établie par les rapports d’expertise –, mais la reconnaissance durable de la responsabilité des acteurs. Depuis 2009, elles ont affronté une « longue attente de la découverte de l’épave », puis « trois expertises judiciaires » successives, sans compter les procédures contradictoires et l’issue initiale de relaxe pénale.
Cette succession de décisions et de revirements a nourri un sentiment de lassitude. Dans leur courrier, les proches des victimes écrivent : « Nous espérions que cette décision [de la cour d’appel] mettrait un terme à notre calvaire. Notre espoir a malheureusement été anéanti par l’annonce d’Airbus et d’Air France de se pourvoir en cassation. » Le nouveau pourvoi est perçu comme un prolongement d’un « calvaire judiciaire » que certains membres de l’association disent ne plus avoir la force de supporter.
Une dernière bataille judiciaire à l’enjeu symbolique
Sur le plan juridique, le pourvoi en cassation ne rejugera pas les faits, mais examinera si la cour d’appel a correctement appliqué le droit pénal et respecté les règles de procédure. En cas de cassation, l’affaire pourrait être renvoyée devant une autre cour d’appel, ce qui rallongerait encore un dossier déjà exceptionnel par sa durée dans l’histoire de l’aviation civile française.
Pour les familles, l’enjeu est désormais autant symbolique que judiciaire. Une confirmation en cassation de la condamnation d’Airbus et d’Air France consacrerait la décision d’appel comme référence en matière de gestion des risques techniques – notamment sur les sondes de vitesse et la formation équipage – et de responsabilité des industriels et exploitants dans la sécurité des vols. À l’inverse, un nouveau revirement serait vécu comme un ultime traumatisme pour les proches, alors même que le secteur aérien a depuis tiré de nombreux enseignements opérationnels et réglementaires du drame d’AF447.

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