Les libertés aériennes structurent, depuis plus de 70 ans, la manière dont les compagnies aériennes s’organisent pour survoler la planète et transporter passagers et fret. Elles forment un socle juridique discret mais central de l’aviation commerciale internationale.

Les libertés aériennes désignent une série de droits qu’un État accorde à une compagnie aérienne étrangère pour survoler ou desservir son territoire. Elles ne sont jamais automatiques : elles résultent d’accords bilatéraux ou multilatéraux, souvent longs à négocier.

Ce cadre prend forme lors de la Convention de Chicago, en 1944, qui fonde l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et fixe les règles de base de l’aviation civile mondiale. L’objectif est alors de concilier la souveraineté totale des États sur leur espace aérien et le développement des liaisons internationales.

Des “libertés” numérotées de 1 à 9
Historiquement, cinq libertés de l’air sont définies à la Convention de Chicago, même si seules les deux premières font l’objet d’un accord multilatéral général. Au fil des décennies, la pratique des États fait émerger un total de neuf libertés, aujourd’hui couramment admises par les autorités de l’aviation civile dans le monde.

Les deux premières libertés sont dites techniques : droit de survoler un pays sans y atterrir (première liberté) et droit d’y faire une escale technique, par exemple pour ravitaillement, sans embarquer ni débarquer de passagers ou de fret locaux (deuxième liberté). Elles permettent d’organiser les grandes routes aériennes sans multiplier les accords au cas par cas.

Les libertés suivantes sont commerciales : elles encadrent le transport de passagers et de marchandises entre l’État d’une compagnie et les États étrangers, puis entre États tiers. Elles deviennent un enjeu majeur pour les réseaux long-courriers et les hubs intercontinentaux.

Ce que permettent les libertés commerciales
La troisième liberté autorise une compagnie à transporter passagers et fret de son pays d’origine vers un autre État, tandis que la quatrième liberté lui permet de les transporter dans le sens inverse. Ces deux droits forment la base de la plupart des vols internationaux réguliers.

La cinquième liberté va plus loin : elle autorise une compagnie aérienne à transporter du trafic entre un État étranger et un second État, dans le cadre d’une ligne en provenance ou à destination de son propre pays. C’est ce droit qui permet, par exemple, à une compagnie aérienne de relier deux villes étrangères sur une même rotation, avec embarquement et débarquement de passagers intermédiaires.

Les sixième, septième, huitième et neuvième libertés, parfois regroupées sous l’expression de “libertés de cabotage”, couvrent des situations plus complexes, comme le transport entre deux pays tiers via le territoire de la compagnie aérienne, ou encore l’exploitation de liaisons intérieures dans un pays étranger. Elles restent, dans la plupart des cas, très encadrées et rarement accordées en dehors de cadres régionaux intégrés comme l’Union européenne.

Un enjeu économique et politique
L’octroi des libertés aériennes est intimement lié aux équilibres économiques et diplomatiques. Chaque droit accordé à une compagnie étrangère peut modifier la concurrence pour les transporteurs nationaux et l’attractivité des aéroports.

Les États utilisent ces libertés comme instruments de politique aérienne : ouverture progressive d’un marché, protection d’une compagnie nationale, soutien à un hub ou négociations croisées avec d’autres dossiers économiques. Les accords dits “Open Skies”, comme ceux conclus entre les États-Unis et l’Union européenne, s’appuient justement sur une large ouverture des libertés de l’air pour favoriser la concurrence et multiplier les liaisons.

Des règles en évolution constante
Si la numérotation des libertés aériennes reste stable, leur mise en œuvre évolue avec le marché. Le développement de grands hubs intercontinentaux, la montée en puissance de nouveaux acteurs et la libéralisation de certains espaces aériens poussent à renégocier régulièrement les accords.

À l’inverse, des tensions géopolitiques peuvent conduire un État à restreindre, suspendre ou refuser certains droits, en interdisant à des compagnies de survoler son territoire ou d’y assurer des liaisons commerciales. Les libertés aériennes restent ainsi un équilibre fragile entre ouverture des échanges et affirmation de la souveraineté nationale.

N° liberté Intitulé simplifié Droit accordé au transporteur étranger (formulation courte)
1ʳᵉ Survol Survoler le territoire d’un État sans y atterrir.wikipedia+1
2ᵉ Escale technique Atterrir pour raison non commerciale (carburant, maintenance), sans embarquer ni débarquer de trafic local.wikipedia+1
3ᵉ Trafic sortant Débarquer, dans un État étranger, des passagers/fret en provenance de l’État de la compagnie.wikipedia+1
4ᵉ Trafic entrant Embarquer, dans un État étranger, des passagers/fret à destination de l’État de la compagnie.wikipedia+1
5ᵉ Trafic entre État étranger et État tiers Embarquer et débarquer du trafic dans un État étranger sur une ligne en provenance ou à destination d’un État tiers.wikipedia+1
6ᵉ Hub dans l’État d’origine Transporter du trafic entre deux États étrangers via l’État de la compagnie (principe de hub).wikipedia+1
7ᵉ Trafic entre deux États tiers Transporter du trafic entre deux États étrangers sans passer par l’État d’origine de la compagnie.wikipedia+1
8ᵉ Cabotage “consécutif” Transporter du trafic intérieur dans un État étranger, dans le cadre d’un service qui commence ou finit dans l’État d’origine.wikipedia+1
9ᵉ Cabotage “autonome” Exploiter un service intérieur entièrement au sein d’un État étranger.wikipedia+1