Les réserves de kérosène en Europe n’ont jamais été aussi basses depuis des années, alors que la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, dans le contexte de la reprise de la guerre avec les États‑Unis, menace l’approvisionnement.

Selon plusieurs estimations concordantes relayées par l’agence Reuters, les compagnies aériennes ne disposeraient plus que de moins d’un mois de stocks pour maintenir leurs opérations au niveau actuel. D’après des données du cabinet Energy Aspects, les stocks de kérosène en Europe s’élevaient à environ 38 millions de barils au début juin, contre 99 millions aux États‑Unis. Cela ne représente « moins de 30 jours de couverture de la demande » sur le continent, soit « le niveau le plus critique parmi les principaux marchés du kérosène », calculent les analystes.

L’Europe a pourtant multiplié les importations depuis les États‑Unis et l’Asie, augmenté la production de ses raffineries et puisé dans ses stocks commerciaux pour maintenir le trafic aérien. En juin, elle a importé environ 673 000 barils par jour de kérosène, son niveau le plus élevé depuis octobre 2025, selon le spécialiste des flux pétroliers Kpler.

« Nous prévoyons toujours des tensions jusqu’en août à ce rythme », avertit Janiv Shah, analyste chez Rystad Energy, cité par Reuters, qui anticipe un déficit d’approvisionnement de près de 600 000 barils par jour au troisième trimestre en Europe. Les analystes de Goldman Sachs font le même constat : les stocks commerciaux actuels ne couvrent qu’« environ 30 jours d’approvisionnement » pour le transport aérien en Europe.

La Suisse a déjà indiqué que ses réserves obligatoires de kérosène ne couvraient plus que 72 jours, en deçà des 90 jours prévus par la loi, du fait du blocage d’Ormuz. À l’inverse, les États‑Unis et l’Asie‑Pacifique afficheraient des excédents respectifs de 116 000 et 425 000 barils par jour, ce qui souligne la vulnérabilité particulière du marché européen.

Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise
La fermeture de facto du détroit d’Ormuz depuis le début du conflit a bloqué une part importante des exportations de produits pétroliers en provenance du Moyen‑Orient. En temps normal, environ la moitié du kérosène consommé en Europe provient des pays du Golfe, rappelle l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Dès la mi‑avril, le directeur de l’AIE, Fatih Birol, avait estimé que l’Europe ne disposait plus que de « peut‑être six semaines » de réserves de carburant aviation, en mettant en garde contre des « annulations ciblées de vols » si la situation perdurait. ACI Europe, qui représente les aéroports européens, a également écrit à la Commission européenne pour alerter sur le risque de « pénuries systémiques de carburant » dans les aéroports dès le début du mois de mai.

Compagnies aériennes et aéroports en alerte
La perspective d’une pénurie pèse sur les compagnies aériennes, confrontées déjà à une flambée des prix du kérosène et à un durcissement des conditions d’approvisionnement. Plusieurs transporteurs européens revoient en permanence leurs programmes de vol, prévoyant d’annuler à nouveau des rotations pour limiter leur consommation de carburant. Rico Luman, économiste du secteur transport chez ING, prévoit « des annulations partielles pour certaines compagnies et certains aéroports » plutôt qu’une paralysie totale, mais rappelle que les plateformes régionales, éloignées des grands hubs, sont « plus exposées » aux tensions d’approvisionnement.

Réaction des autorités européennes
Face à cette situation, la Commission européenne a présenté un plan d’urgence pour sécuriser les approvisionnements, en envisageant la libération de certaines réserves stratégiques et des mécanismes d’achat commun de carburéacteur au niveau de l’UE. Bruxelles assure ne pas constater pour l’instant de pénuries physiques massives, mais reconnaît que « des problèmes d’approvisionnement pourraient survenir dans un avenir proche, notamment pour les carburants d’aviation ».

Les experts jugent qu’une normalisation des flux de kérosène vers l’Europe est improbable tant que le blocage du détroit d’Ormuz se poursuit. Dans ce contexte, le secteur aérien européen se prépare à des opérations placées sous le signe des tensions de carburant, avec un risque de réductions de capacité et de hausses de tarifs pour les voyageurs.

Fermeture du détroit d’Ormuz : moins d’un mois de kérosène pour l’aviation européenne 2 Air Journal

©KLM