EasyJet a trouvé un accord de principe pour un rachat à 5,5 milliards de livres (6,4 milliards d’euros) par le fonds américain Castlelake, une opération qui la sortirait de la Bourse et ouvrirait une nouvelle phase pour le modèle low‑cost britannique.
EasyJet prête à accepter une offre à 6,90 £
Dans un communiqué publié dimanche soir, easyJet et Castlelake ont annoncé un « accord de principe » sur les termes financiers d’un rachat à 6,90 £ par action, et obtenu une prolongation du délai pour déposer une offre ferme. Cette cinquième proposition, nettement relevée par rapport au premier tir à 5,60 £ puis au 6,50 £ refusé fin juin car « sous‑évaluant substantiellement le groupe », valorise la compagnie à 5,5 milliards de livres sur une base pleinement diluée.
Les titres easyJet avaient clôturé à 5,58 £ vendredi, pour une capitalisation d’environ 4,2 milliards de livres, ce qui confère à l’offre une prime significative par rapport au marché. Le conseil d’administration, présidé par Stephen Hester, ex‑Royal Bank of Scotland, souligne que cette valeur est désormais à un niveau qu’il « serait enclin à recommander aux actionnaires », même si certains investisseurs continuaient à militer pour un prix supérieur à 7 £. Castlelake dispose jusqu’au 3 août pour faire connaître son « intention ferme de déposer une offre » ou renoncer, conformément aux règles britanniques sur les prises de contrôle.
Une sortie de la Bourse sous contraintes de propriété européenne
L’opération se ferait via un véhicule ad hoc détenu à 49 % par Castlelake et des co‑investisseurs, le solde (51 %) revenant à des ressortissants de l’Union européenne, notamment Peter Bellew, ancien patron de Malaysia Airlines, et Mark Breen, dirigeant de l’irlandais Oneiros Aerospace. Cette structuration répond aux exigences de contrôle et de propriété prévues par la réglementation européenne, qui impose que les compagnies aériennes bénéficiant de droits de trafic intra‑UE soient majoritairement détenues et contrôlées par des intérêts européens.
La transaction retirerait easyJet du FTSE 250 et participerait au mouvement de retrait de sociétés britanniques de la cote londonienne, dans un contexte de marché jugé peu favorable par plusieurs directions d’entreprises. Pour le fondateur Stelios Haji‑Ioannou et sa famille, qui conservent plus de 15 % du capital, la vente pourrait représenter près de 800 millions de livres. Le groupe, basé à l’aéroport de Luton, opère depuis 164 aéroports dans 38 pays et emploie environ 19 000 personnes, ce qui en fait l’un des principaux acteurs du court‑courrier européen.
Contexte : choc carburant et concurrence low‑cost
EasyJet a été considérée comme vulnérable en 2026 après deux avertissements sur résultats au printemps, liés à la hausse brutale des coûts de carburant et à un ralentissement des réservations sous l’effet de la guerre impliquant les États‑Unis, Israël et l’Iran. La compagnie a indiqué que le conflit avait entraîné une hausse de 25 millions de livres de sa facture de carburant en un mois et que les bookings d’été étaient en retrait par rapport à l’année précédente, pesant sur les marges.
Dans ce contexte, easyJet doit affronter une concurrence intense de Ryanair, premier transporteur européen, de Wizz Air et du britannique Jet2, tous positionnés sur des modèles low cost avec une forte discipline de capacité et de yield. La pression sur les prix, combinée aux surcharges carburant et aux coûts réglementaires toujours élevés (sécurité, environnement, compensation passagers), fragilise la rentabilité des transporteurs point‑à‑point. Pour Castlelake, spécialiste du leasing et des financements adossés à des avions, la maîtrise d’une flotte d’environ 350 appareils Airbus pourrait permettre d’optimiser la structure de financement de la compagnie ou de procéder à des arbitrages d’actifs, notamment autour de la branche easyJet Holidays.
Castlelake, de SAS à easyJet
Basé à Minneapolis, Castlelake est spécialisé dans le capital-investissement, le crédit privé… Fondé par Rory O’Neill, le fonds s’est progressivement imposé dans le financement d’avions et la restructuration de compagnies aériennes. Castlelake fait partie du consortium qui a recapitalisé SAS, la compagnie scandinave, via une conversion de dette en capital, avant que ce bloc ne soit promis à Air France‑KLM. Le groupe franco‑néerlandais a en effet annoncé son intention de racheter les participations de Castlelake et de Lind Invest dans SAS afin de porter sa propre part de 19,9 % à 60,5 %, sous réserve des autorisations réglementaires, avec une finalisation visée au second semestre 2026.
Dans la déclaration commune avec easyJet, Castlelake affirme avoir « un immense respect pour easyJet et ses équipes » et se dit prêt à « soutenir sa croissance et sa transformation vers une compagnie européenne plus forte et plus résiliente, au bénéfice de l’ensemble des parties prenantes » si l’opération aboutit. Aucun détail n’a toutefois été fourni sur l’organisation future de la flotte, la stratégie réseau ni les conséquences potentielles pour l’emploi dans les bases britanniques et européennes d’easyJet.
Un tournant pour le low‑cost britannique
Si l’offre est formalisée puis approuvée par les actionnaires et les autorités de la concurrence et de l’aviation civile, easyJet rejoindra la liste croissante des transporteurs européens passés sous contrôle de fonds d’investissement ou de grands groupes aériens. La sortie de la Bourse pourrait lui offrir davantage de latitude pour réorganiser son modèle, ajuster sa capacité ou renégocier sa base de coûts, à l’abri de la volatilité boursière et des attentes de résultats trimestriels.

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