Lufthansa Group a vu son bénéfice opérationnel chuter de plus de moitié au deuxième trimestre 2026, la forte hausse du coût du kérosène liée à la crise au Moyen-Orient ayant effacé une partie de la solide demande pour les voyages.
Un deuxième trimestre sous pression
D’avril à juin 2026, le résultat opérationnel ajusté (EBIT) de Lufthansa Group s’est établi à 383 millions d’euros, en baisse de 56% par rapport au deuxième trimestre 2025. La marge opérationnelle recule ainsi de 8,4% à 3,4%, illustrant l’impact direct de la facture carburant sur la rentabilité du premier groupe européen. À titre de comparaison, Air France-KLM a enregistré un résultat opérationnel ajusté de 484 millions d’euros au deuxième trimestre 2026 (en baisse de 251 millions d’euros sur un an), pour une marge de 5,2 %, tandis qu’IAG (British Airways et Iberia) a affiché un bénéfice opérationnel avant éléments exceptionnels de 1,406 milliard d’euros, en recul de 16,3 %, avec une marge opérationnelle de 15,8 %.
Sur la période, le chiffre d’affaires de Lufthansa Group progresse pourtant de 8% à 11,1 milliards d’euros, porté par une « demande intacte » pour les voyages, notamment dans les classes premium et sur les liaisons vers l’Asie. « Malgré notre amélioration supplémentaire du coefficient de remplissage et une hausse significative du yield, nous n’avons pas pu compenser entièrement la forte augmentation des coûts de carburant », explique Carsten Spohr, président du directoire et CEO de la maison-mère Deutsche Lufthansa AG.
Kérosène en flambée et grèves
Le groupe aérien allemand, qui compte Lufthansa Airlines, Austrian Airlines, Brusels Airlines, ITA Airways, SWISS et la low cost Eurowings, chiffre à environ 750 millions d’euros le surcoût de carburant au deuxième trimestre par rapport à l’an dernier, largement attribué à la flambée du kérosène provoquée par le conflit au Moyen-Orient. À cela s’ajoutent des « charges financières d’au moins 150 millions d’euros causées par les grèves » des pilotes et du personnel de cabine, qui ont pesé sur les capacités et les coûts opérationnels.
« Le deuxième trimestre a été caractérisé par des coûts de carburant exceptionnellement élevés et une incertitude géopolitique accrue », souligne Till Streichert, directeur financier de Deutsche Lufthansa AG. Selon le groupe, les compagnies du réseau ont vu leurs coûts de carburant augmenter de plus de 600 millions d’euros sur un an, malgré une discipline de coûts maintenue sur les autres postes.
Capacité ajustée, demande soutenue
Pour maîtriser la hausse de ses coûts, la compagnie allemande Lufthansa Airlines a réduit en avril ses capacités de vols moyen et long-courriers et retiré du programme les opérations de CityLine sur le court-courrier au départ de Francfort et Munich. Au total, les compagnies traditionnelles du groupe ont ainsi réduit de 3% leurs capacités sur le trimestre, tandis que la low cost Eurowings a diminué ses capacités de 6% et suspendu temporairement ses vols vers le Golfe au profit de nouvelles liaisons méditerranéennes.
Cette réduction d’offre ne s’est pas traduite par un recul de la demande. Le groupe fait état d’un coefficient de remplissage en légère hausse à 81,6% et d’une forte progression des recettes unitaires, en particulier sur les routes asiatiques, où les rendements ont augmenté de plus de 13% sur un an. « La demande mondiale de voyages aériens – principalement dans les classes premium – a eu un impact particulièrement positif », note Carsten Spohr, qui met en avant les investissements dans les nouveaux produits Allegris, Swiss Senses et l’upgrade FOX.
Cargo et maintenance en soutien
La dégradation du résultat du transport de passagers contraste avec la bonne tenue des activités de fret et de maintenance, qui apportent un soutien à la profitabilité du groupe. Lufthansa Cargo a profité d’une demande soutenue dans un contexte de crise au Moyen-Orient, avec des capacités en hausse de 2% et un bond des yields de 27% sur un an. Son EBIT ajusté progresse ainsi à 116 millions d’euros, contre 73 millions un an plus tôt.
De son côté, Lufthansa Technik affiche une hausse de 11% de son chiffre d’affaires à 2,2 milliards d’euros, portée par une progression de 23% des revenus auprès de clients externes. Son résultat opérationnel ajusté atteint 157 millions d’euros, légèrement au-dessus du niveau de l’année précédente, confirmant la solidité de cette activité dans un environnement chahuté.
Une visibilité 2026 brouillée par le carburant
Malgré la chute du bénéfice opérationnel trimestriel, Lufthansa Group conserve une situation financière jugée solide, avec une liquidité de 10,7 milliards d’euros au 30 juin 2026 et une dette financière nette, incluant les engagements de retraite, stable à 8,3 milliards d’euros. Le free cash flow ajusté du premier semestre ressort à 1,0 milliard d’euros, en ligne avec l’an dernier, même si le flux disponible du seul deuxième trimestre bascule dans le rouge à -365 millions d’euros contre +138 millions un an plus tôt.
Face à la volatilité du prix du kérosène et à des cycles de réservation plus courts dans le transport de passagers, le groupe préfère désormais une prévision sous forme de fourchette. Lufthansa Group vise pour l’exercice 2026 un EBIT ajusté compris entre 1,7 et 2,2 milliards d’euros, une amplitude qui « reflète l’incertitude accrue » liée aux coûts de carburant et à la visibilité commerciale. « La volatilité croissante des prix du carburant et le raccourcissement considérable des cycles de réservation rendent la prévision de plus en plus difficile », prévient Till Streichert, qui continue toutefois de viser un résultat annuel supérieur à celui de 2025.
La direction mise sur la combinaison d’une demande toujours robuste, d’optimisations du réseau et d’une discipline de coûts pour absorber une partie de la hausse de la facture énergétique. « Il apparaît, précisément dans un environnement volatil, que notre modèle d’affaires est robuste, adaptable et de plus en plus résilient », insiste Carsten Spohr, en soulignant la contribution des diverses activités du groupe au maintien d’un bénéfice positif malgré la flambée du kérosène.

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