La compagnie britannique easyJet va intégrer la solution eHandshake d’i6 Group à l’application ETechlog déjà utilisée par ses pilotes. L’objectif : dématérialiser la commande, la livraison et l’acceptation du carburant, afin de limiter les surcharges inutiles à bord. La compagnie évalue le potentiel de réduction à jusqu’à 10 000 tonnes de CO₂ par an, une estimation qui reste à confirmer à l’issue du déploiement.
EasyJet numérise le ravitaillement pour réduire ses émissions
EasyJet poursuit sa chasse aux kilogrammes superflus. Après les sharklets destinés à ses derniers Airbus A320ceo ou le choix de sièges allégés pour les futurs A320neo et A321neo, la low cost britannique s’attaque désormais à un poste moins visible mais central dans l’exploitation quotidienne : le processus d’avitaillement.
La compagnie a annoncé un partenariat avec le spécialiste britannique i6 Group pour déployer eHandshake, une plateforme numérique qui doit moderniser la manière dont le carburant est commandé, livré, contrôlé et facturé à travers son réseau européen. Le dispositif sera intégré à ETechlog, l’environnement numérique déjà employé par les équipages easyJet.
Du bon de carburant papier à la traçabilité numérique
Dans le schéma traditionnel, l’avitaillement implique encore de nombreux échanges manuels : préparation de la quantité demandée, transmission au fournisseur, relevé des volumes livrés, signature ou validation par l’équipage, puis rapprochement administratif et comptable. Avec eHandshake, easyJet entend créer une chaîne numérique continue entre les pilotes, les avitailleurs et les équipes opérationnelles.
La plateforme doit conserver une trace de quatre données clés : la quantité de carburant planifiée, celle commandée, celle effectivement livrée et celle finalement acceptée par l’équipage. Cette piste d’audit numérique doit améliorer la qualité des données et faciliter la vérification des factures, tout en réduisant les risques d’écarts liés aux opérations et documents manuels.
Concrètement, les pilotes transmettront leur besoin de carburant par voie électronique. Les opérateurs d’avitaillement disposeront ainsi d’une information actualisée avant leur arrivée au poste de stationnement. Après livraison, le volume sera enregistré et confirmé dans le système par l’équipage.
« L’introduction d’eHandshake avec i6 Group permettra de mettre en place un processus de gestion du carburant plus connecté et plus efficace, en améliorant la qualité des données, en nous offrant une meilleure visibilité sur les opérations carburant et en permettant de réduire la consommation », explique Adam Baker, responsable de la performance carburant chez easyJet.
Éviter le carburant emporté en excès
L’enjeu n’est pas de remettre en cause les réserves réglementaires, indispensables à la sécurité des vols. Les équipages doivent en effet embarquer le carburant de roulage, de trajet, de dégagement, de contingence ainsi que les réserves finales prévues par les règles opérationnelles applicables.
La promesse de la plateforme porte plutôt sur une meilleure adéquation entre le carburant calculé et celui réellement chargé. Transporter du kérosène au-delà du besoin opérationnel alourdit l’avion et entraîne une consommation additionnelle pendant le vol. À l’inverse, un système de données fiable doit permettre aux équipes de conserver les marges de sécurité requises sans ajouter, par défaut ou par erreur de processus, des quantités inutiles.
La société i6 Group indique que sa technologie eHandshake permet une interaction numérique entre le pilote et l’avitailleur, avec un enregistrement détaillé des commandes de carburant et une réduction du risque de sur-avitailler. Le fournisseur met également en avant un gain potentiel pouvant atteindre 65 kg de carburant et 201 kg de CO₂ par vol pour ses solutions, des chiffres génériques qui ne constituent toutefois pas une prévision spécifique au réseau easyJet.
« En intégrant eHandshake aux technologies que les pilotes utilisent déjà, les informations sur le carburant peuvent être partagées et vérifiées numériquement entre les pilotes, les fournisseurs de carburant et les équipes opérationnelles », souligne Alex Mattos, PDG et cofondateur d’i6 Group. « Cela améliorera la communication et la précision des données, réduira les approvisionnements inutiles et aidera easyJet à atteindre une plus grande efficacité opérationnelle tout en réduisant les coûts et les émissions. »
Jusqu’à 10 000 tonnes de CO₂ par an annoncées
EasyJet avance un potentiel d’économies allant jusqu’à 10 000 tonnes de CO₂ par an une fois la solution déployée à grande échelle. Ce chiffre dépendra naturellement de l’adoption opérationnelle de l’outil, de la couverture réelle du réseau et de la capacité à éviter des chargements de carburant qui ne seraient pas nécessaires.
Le déploiement doit être progressif : une première étape concernera environ la moitié du réseau de la compagnie, avant une extension visée à près de 90% de ses destinations au cours des trois prochaines années. La suppression d’une partie des documents papier devrait par ailleurs représenter une économie annoncée d’environ 600 000 feuilles par an.
Cette annonce s’inscrit dans la feuille de route climatique d’easyJet, dont l’objectif intermédiaire est une réduction de 35% de l’intensité carbone d’ici 2035. La compagnie combine plusieurs leviers : renouvellement de flotte avec les Airbus A320neo, amélioration des opérations aériennes et au sol, optimisation de l’espace aérien, recours progressif aux carburants d’aviation durables et, à plus long terme, développement de technologies à zéro émission.

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