« Peut-on encore faire confiance à Aircalin ? » se demande le site Gavroche Thaïlande, populaire auprès de expatriés de Bangkok. La question, brutale, est justifiée, après onze jours de fortes perturbations causées par l’immobilisation successive les deux Airbus A330neo de la compagnie aérienne calédonienne.
La crise a entraîné l’annulation ou la reprogrammation de 23 vols, affectant jusqu’à 900 passagers à Nouméa, Singapour et Paris. Les premiers vols annulés remontent au 8 août. L’un des appareils a été arrêté après la détection « d’odeurs persistantes d’huile » à bord. Le second a ensuite été immobilisé en raison d’un impact observé sur une lame de réacteur. Aircalin a qualifié l’épisode de « situation technique inédite, extrêmement rare et difficile ».

Jusqu’à 900 passagers concernés
Au plus fort de la crise, la compagnie faisait état de 530 passagers en attente à Nouméa, 250 à Singapour et 130 à Paris. Les perturbations ont concerné les vols entre la Nouvelle-Calédonie, la Thaïlande et la France, avec des annulations, des retards et des itinéraires de substitution.
Certains passagers ont dû être réacheminés via Singapour, Sydney ou Abu Dhabi. Un voyageur interrogé par Nouvelle-Calédonie La 1ère a relaté une succession d’annulations et de déroutements, alors qu’il devait initialement voyager sur la liaison Paris–Bangkok–Nouméa.

Un A330-300 de Wamos Air affrété
Pour accélérer le retour à la normale, Aircalin a loué un Airbus A330-300 auprès de la compagnie espagnole Wamos Air. L’appareil est arrivé à Nouméa le 20 août et devait assurer une première rotation vers Paris-CDG hier, avec des escales techniques à Singapour puis à Athènes. Ce vol de renfort est opéré avec des équipages de Wamos Air et d’Aircalin. Les passagers peuvent toutefois constater quelques différences de service à bord, notamment l’absence de connexion Wi-Fi, habituellement proposée sur les avions de la compagnie calédonienne.
Après les réparations, les deux A330neo ont repris leurs rotations. Toutefois, près de 200 voyageurs restaient encore affectés ce week-end par les conséquences des pannes, principalement au départ de Nouméa.

Corsair mobilisée pour le suivi technique
Au-delà de la réponse immédiate, Aircalin veut consolider la fiabilité de sa flotte long-courrier. Elle a conclu un accord de support technique avec Corsair, qui exploite elle aussi une flotte entièrement composée d’Airbus A330neo.
Corsair assure désormais le suivi technique des appareils d’Aircalin sur le tronçon Bangkok–Paris–Bangkok, ainsi qu’un support de maintenance lors de l’escale à Paris-CDG. « Nous avons également noué un partenariat avec Corsair […] qui assure le suivi technique des appareils sur le tronçon Bangkok-Paris-Bangkok et le support technique à Paris-CDG », a expliqué Laurent Fogliani, directeur de la coordination stratégique et de la transformation d’Aircalin, cité par Les nouvelles Calédoniennes.
Aircalin a aussi renforcé son accord avec Rolls-Royce. Des pièces critiques de dernière génération, notamment des fuel pumps et des unités hydromécaniques (HMU), peuvent désormais être embarquées en soute afin de raccourcir les délais d’intervention lorsqu’une panne survient.

Des moteurs au cœur des difficultés
Selon Laurent Fogliani, les difficultés récentes ne remettent pas en cause les procédures de sécurité. « Nous ne transigerons jamais sur la sécurité de nos vols », a-t-il affirmé lors d’une audition au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Le responsable reconnaît néanmoins que la motorisation constitue un point de vigilance. Depuis 2023, « 50% de nos pannes sont liées aux moteurs », un taux en hausse selon Aircalin. Les deux A330neo de la compagnie, âgés de sept ans, entrent dans une phase où les besoins de maintenance augmentent.
Aircalin défend toutefois l’adaptation de l’A330neo à ses opérations long-courriers. Elle souligne que l’appareil dispose d’un rayon d’action de 13 400 kilomètres, alors que ses secteurs Paris–Bangkok et Bangkok–Nouméa représentent respectivement environ 9 500 et 8 200 kilomètres.

Une flotte appelée à évoluer
La crise relance le débat sur le dimensionnement de la flotte d’Aircalin, alors qu’elle opère aujourd’hui ses liaisons intercontinentales avec seulement deux A330neo. L’affrètement temporaire d’un troisième A330 était déjà envisagé pour la haute saison de décembre et janvier.
À terme, Aircalin attend son premier Airbus A350-900 en décembre 2026. Un deuxième exemplaire est annoncé pour 2028. Pour la direction, ces arrivées doivent permettre de renforcer durablement le programme de vols et de réduire l’exposition de la compagnie aérienne aux immobilisations imprévues.

Aircalin : onze jours de chaos après l’immobilisation de ses deux A330neo 1 Air Journal

@Aircalin