Air France relance le bras de fer avec les pilotes

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Le groupe Air France-KLM a autorisé la compagnie aérienne française à imposer une baisse de rémunération des pilotes dès le mois de juin, au nom des mesures signées en 2012 mais non appliquées dans le cadre de Transform 2015. Le spectre d’une nouvelle grève est de retour.

La mise en œuvre de la décision du tribunal de Bobigny, qui donnait à Air France le droit de mettre en œuvre un arbitrage pour obliger les syndicats de pilotes à respecter leurs engagements, a reçu le 3 mai 2016 le feu vert du Conseil d’administration du groupe franco-néerlandais. Parmi les mesures appliquées dès le mois prochain selon La Tribune, on retiendra les heures de nuit des pilotes ne seront majorées que de 40% (50% actuellement), les activités au sol seront moins bine rémunérées, la durée de préparation au sol des instructeurs sera réduite de moitié ; « l’annualisation de 12 jours de repos » sera mise en œuvre à partir d’avril 2017.

Selon le DRH d’Air France Gilles Gateau, l’ensemble des baisses de rémunération des pilotes représentent entre 2% et 3% de leur masse salariale ; elles devraient rapporter entre 20 et 30 millions d’euros par an. Il a déclaré hier qu’il ne s’agit pas d’un « passage en force » mais de la simple application d’une décision de justice entérinant le règlement du « solde de l’accord précédent ». Et il affirme n’avoir « jamais entendu s’exprimer le fait qu’il puisse y avoir un appel à la grève sur l’application de cet arbitrage », croyant plutôt à une poursuite de la contestation « sur le terrain juridique ».

Les deux principaux syndicats de pilotes, le SNPL majoritaire et le SPAF, n’ont pas régi hier à l’annonce d’Air France. Le Syndicat National des Pilotes de Ligne a pourtant prévenu qu’il s’opposerait « par tous les moyens, y compris la grève » à des modifications des conditions de travail ou de rémunération des pilotes, ou au non respect du périmètre actuel d’activité. Mais outre l’image déplorable qu’ils ont depuis la grève de deux semaines de 2014 et qui pourrait les amener à réfléchir à deux fois avant de lancer un nouveau mouvement social, les pilotes ont aussi entendu le Conseil d’administration d’Air France-KLM annoncer que la compagnie française recevra bien ses deux premiers Boeing 787-9 Dreamliner, avec des entrées en service prévues en janvier et à l’été 2017. De quoi assurer une partie de la croissance prévue sur le long-courrier, mais aussi de justifier la promesse de futures embauches faite par Air France – si les syndicats acceptent les nouvelles mesures de productivité prévues cette fois dans le cadre de Perform 2020.

Air France-KLM doit annoncer ce mercredi ses résultats trimestriels, qui devraient être bons ; reste à savoir si l’équilibre entre réduction des rémunérations des pilotes d’Air France et croissance de la flotte suffira à éviter un nouveau conflit social, qui couterait au groupe bien plus cher que ce qu’il va économiser grâce aux annonces d’hier. Mais à plus long terme, le signal de fermeté envoyé aux pilotes d’Air France devrait être bien accueilli par les PNC, avec qui les négociations sur un nouvel accord collectif sont sur le point de démarrer. Après tout, eux (et le personnel au sol) avaient réalisé l’intégralité des mesures de Transform 2015.

Air-journal-KLM new liveryOn notera que KLM a de son côté annoncé le début vendredi dernier des négociations avec son personnel au sol, dont la convention collective arrive à échéance le 1er juillet. La compagnie néerlandaise compte « réduire ses coûts unitaires de 1,5% et augmenter la productivité de 4% » chaque année dans le cadre de Perform 2020, afin de devenir « plus simple, moins chère et plus rapide ». Les résultats initiaux de 2015 ne sont que les premiers pas sur le chemin de la convalescence, explique KLM, et il est « vital » qu’elle poursuive sur cette voie. Elle rappelle que ses salaires sont « souvent plus élevés que la concurrence », et prévient que les alternatives à son plan comme « le recours à la sous-traitance ou les baisses de salaires » seront bien plus douloureuses pour les employés… Deux jours de négociations sont prévus les 18 et 19 mai, et deux autres les 2 et 3 juin.

http://www.air-journal.fr/2016-05-04-air-france-relance-le-bras-de-fer-avec-les-pilotes-5162442.html

Commentaire(s)

  1. Encore un effort messieurs les nantis et vous allez y arriver à mettre au sol la compagnie. Si la suite ne dépendait que de moi, les agences de l’ANPE auraient soudainement un grand nombre de « clients » – Je prie le bon Dieu et tous les saints du ciel pour que vous creviez de faim au même titre d’ailleurs qu’EDF, la SNCF et tout ce qui reste des anciennes sociétés nationales qui ruinent le pays.

    • Eh bien moi
      Publié le 4 mai 2016

      Je prie le ciel pour que vous retrouviez la vue et l’esprit pour que vous ne nous infligiez plus ce genre de commentaire minable .

  2. webby
    Publié le 4 mai 2016

    La rémunération des pilotes est excessive : la plupart des tâches sont automatisées, le job se borne à surveiller des écrans.
    Quand un problème survient, souvent dû à une erreur humaine initiale, l’intervention des pilotes n’est même pas toujours appropriée, cf. le crash du Rio-Paris où un équipage de trois personnes n’a pas permis de remettre en ligne de vol un avion en parfait état de fonctionnement…

  3. JCD
    Publié le 4 mai 2016

    Merci jean Marc, vous êtes trop aimable… Je souhaite moi aussi qu’on vous baisse vos conditions de travail, même si je ne les connais pas (mais bon, pour votre patron, vous coûtez forcément trop cher et pourriez être plus productif).

  4. biz
    Publié le 4 mai 2016

    La France a cette étrange particularité que les syndicats peuvent dicter leur volonté aux entreprises, au risque de nuire à leur image, voire à leur existence même, et faire fuir ainsi des investisseurs comme on l’a vu avec l’affaire de la reprise de Dunlop en 2013, qui a occasionnée un bras de fer avec Montenbourg à coup de noms d’oiseau.
    Conséquence : des milliers d’ouvriers au chômage, des familles plongées dans la difficulté, des drames sociaux etc…
    Les syndicats ne représentent que 06% des salariés mais sont à 90% responsables du chômage et du manque d’attractivité de nos entreprises à l’étranger.
    La question qui revient systématiquement lors des négociations visant un développement international est : « Quel est le poids des syndicats dans votre structure ? »
    Air-France n’échappe pas à cette règle et l’ancien n° 1 mondial du transport aérien paye le prix fort d’une concurrence de plus en plus sévère à cause d’une image fortement dégradée par les syndicats.
    Sans l’alliance avec KLM, la compagnie aurait déjà mis les clefs sous la porte depuis belle lurette, comme tant d’autres, qui n’ont pas su se défaire d’un chantage syndical de plus en plus insupportable.

    • Pet
      Publié le 4 mai 2016

      Vous avez trop lu Zola..
      L’excès est mauvais.

      J’aurais ajouté qu’il est regrettable que l’Etat continue de placer ses copains ds une société qui nécessite des gestionnaires ..
      Vs omettez ds vos propos de mentionner que L’attractivité de la France demeure très élevée, et l’une des plus élevées du monde; le point noir étant l’administration et non les syndicats.

  5. un plus de 3000 h de vol - 4 mai 2016 à 8 h 38 min
    un plus de 3000 h de vol
    Publié le 4 mai 2016

    Que les tribunaux soient nécessaires pour que le SNPL respecte les accords qu’il a signé …..ou allons nous! Ce syndicalisme dévoyé dans lequel les pilotes se croient tout permis , et comme un don du ciel et de leur suffisance se croient en charge de piloter la stratégie de l’entreprise qui les emploie au lieu de se limiter à ce que ils sont payés à faire , c’est à dire piloter leur avion !…..on croit rêver! Controleurs aériens , SNCM , SNCF vivement une totale et réelle privatisation des secteurs de transport! Cela évitera de transformer un métier en organisation de grèves…..

    • D'un autre cote - 4 mai 2016 à 9 h 23 min
      D'un autre cote
      Publié le 4 mai 2016

      Il aura souvent fallu une décision de justice pour que des employeurs en general, et AF en particulier, respectent les accords signés…..sans compter toutes les multiples entorses aux accords signés dans la vie quotidienne des entreprises en general, et AF en particulier, qui ne donnent pas lieu à des plaintes en justice…car les decisions de justice ne font suite que à des plaintes…c’est oublier le quotidien…et dans ce quotidien les employeurs se disent  » tant que ça passe, c’est toujours ca d’économies…et si ca casse une fois sur 10.000 suite à une plainte d’un individu, c’est 9.999 fois où on y aura gagné…le bilan est in fine toujours positif pour l’employeur.
      L’absençe de respects scrupuleux des accords signés dans les entreprises est TOTALEMENT bilatéral entre employés et employeurs…la seule différence entre eux c’est que l’employeur à davantage de moyens de pression occultes ou évident, individuels ou collectifs, avoues ou inavouable pour imposer sa volonté….
      Tout le reste n’est que charabia d’ignorants!

  6. Publié le 4 mai 2016

    Que la force des pilotes sont terrifiantes !!

  7. Publié le 4 mai 2016

    Non, avec ses syndicats de pilotes ! ce n’est pas la même chose…

  8. Ping : Air France : la carotte et le bâton pour les pilotes - Mes Actus

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