Des députés français ont envoyé un courrier à la Commission européenne demandant la mise en place d’un « fonds passagers » pour le transport aérien, qui permettrait de garantir les remboursements – pour les voyageurs comme les professionnels du tourisme – en cas d’annulation de vol en raison de la pandémie de coronavirus.

Alors que la polémique enfle sur la disparité de traitement entre les compagnies aériennes qui proposent un remboursement des vols annulés et celles qui n’offrent qu’un avoir, plus de cent députés français ont, à l’initiative de la co-présidente du groupe “Tourisme” de l’Assemblée Pascale Fontenel-Personne (Sarthe, apparentée LREM), envoyé un courrier à Ursula von der Leyen, présidente de la CE. Ils demandent la mise en place d’urgence d’un « fonds passagers » garantissant « aussi bien les voyageurs que les agents de voyages ». Le tourisme en général « a été mis à l’arrêt au profit de notre sécurité sanitaire », rappellent les députés, mais il est en plus « lésé par les pratiques abusives des compagnies aériennes et de leur représentant, l’IATA » : les avoirs fournis en cas d’annulation de vol liée à la pandémie représentent un « risque » en cas de faillite de la compagnie aérienne, et ce tant pour les passagers que pour les agences de voyage. Le courrier demande une application du règlement européen 261/2004, qui prévoit de rembourser les billets non volés et annulés aux passagers et aux agences de voyages : « cette position a été réaffirmée par la Commission européenne dans son communiqué du 18 mars 2020. Alors appliquons-la » ; insistent les députés.

L’objectif est de « trouver le compromis permettant de protéger toute la chaîne commerciale : du consommateur au producteur comme l’agent de voyages », expliquait Pascale Fontenel-Personne dans TourMag. « C’est l’une des conditions essentielles du rebond économique commun du secteur touristique et aérien qui permettra de rassurer durablement la filière ». Mais elle rappelle aussi que la mise en place d’une garantie financière sur le transport aérien « est un serpent de mer de la vie politique. À chaque faillite, l’idée et le débat resurgissent »…

Déjà en conflit avec les agences de voyage, l’IATA (Association du transport aérien international) expliquait la semaine dernière qu’il est « pratiquement impossible pour les acteurs de l’industrie de trouver suffisamment de moyens financiers pour maintenir la chaine de valeur du transport aérien durant la courte période qui sépare les compagnies aériennes de la faillite ». Et rappelait que les dettes de l’industrie pour le remboursement des passagers « sont aux alentours de 35 milliards de dollars » ; or en l’absence de recettes, les compagnies aériennes « n’ont pas une trésorerie suffisante pour rembourser ».

Le président de Misterfly  Nicolas Brumelot se demande dans une lettre au gouvernement français : « Doit-on comprendre que les compagnies aériennes, utilisent les recettes des vols futurs, pour payer leurs charges et trous de trésorerie d’aujourd’hui ? Cela ressemble à s’y méprendre au processus financier de la cavalerie, où de nouveaux emprunts servent sans cesse à rembourser les emprunts antérieurs. Il serait inéquitable, voire immoral, de faire financer par les consommateurs les trous de trésorerie des compagnies aériennes ». Et il rappelle que des compagnies aériennes « bénéficient et vont continuer à bénéficier d’aides massives » : Alitalia a été nationalisée, la Suède et le Danemark ont apporté une aide à la compagnie aérienne SAS Scandinavian, la Norvège a apporté un soutien à l’ensemble des compagnies aériennes du pays, Singapour a octroyé une aide de 12 milliards € à Singapore Airlines, et l’’administration américaine a annoncé une aide de 50 milliards $ aux transporteurs du pays – sans oublier le « soutien massif » promis par l’Etat à Air France.

Ces disparités de traitement sont parfois visibles au sein d’une même compagnie aérienne, selon les marchés émetteurs : Air France justement propose dans ses mesures commerciales aux passagers souhaitant annuler leur vol (acheté avant le 31 mars pour un vol avant le 31 mai) un avoir valable un an « sur l’ensemble des vols Air France, KLM, Delta Air Lines, Virgin Atlantic et Kenya Airways ». Mais si le billet a été acheté aux Etats-Unis (où les autorités insistent pour l’instant sur des remboursements, les avoirs devant rester une option soumise à l’accord du passager), elle précise que « si votre vol a été annulé et que vous avez renoncé à voyager, vous pouvez demander le remboursement sans frais de votre billet auprès de votre point de vente ».

Covid-19 : un « fonds passagers » réclamé à l’Europe 1 Air Journal

©LATAM