Avec la mise à la retraite de ses impressionnants BelugaST, Airbus fait face à un défi inattendu : trouver des lieux capables d’exposer ces colosses volants. Trop grands pour la plupart des musées, ces avions au profil unique symbolisent pourtant une étape clé de l’histoire industrielle européenne.

Le constructeur européen a officiellement cessé d’exploiter sa flotte de BelugaST – la première génération d’avions-cargos surdimensionnés dérivés de l’A300-600, début 2025. Ces appareils, qui ont transporté pendant plus de vingt ans des sections majeures de fuselages, des ailes et d’autres composants entre les usines du groupe, laissent place au BelugaXL, basé sur l’A330-200. Plus grand, plus performant et doté d’une capacité accrue, le BelugaXL assure désormais l’ensemble du transport logistique interne d’Airbus à travers l’Europe.

Une reconversion muséale semée d’obstacles

Selon plusieurs sources industrielles citées notamment par FlightGlobal, Airbus discute actuellement avec plusieurs musées et institutions éducatives, principalement en Europe, pour donner une seconde vie à ses cinq BelugaST. Mais peu d’endroits remplissent les conditions nécessaires : dimensions hors norme, contraintes d’accès, nécessité d’un site jouxtant une piste d’aviation ou disposant de moyens de transport exceptionnels.

Parmi les sites évoqués figure le Pima Air and Space Museum en Arizona, l’un des plus vastes musées aéronautiques au monde. Airbus n’exclurait pas d’envoyer un exemplaire hors d’Europe si la logistique le permet. « Les discussions sont en cours, mais aucun choix définitif n’a encore été arrêté », a indiqué un porte-parole du constructeur.

Une tentative de seconde carrière avortée

En 2022, Airbus avait brièvement tenté d’exploiter commercialement la flotte via une filiale dédiée, Airbus Beluga Transport, afin de proposer des vols charter pour le transport de cargaisons hors normes. Malgré quelques missions remarquées, notamment pour des satellites et hélicoptères, l’expérience s’est révélée peu rentable face à la concurrence d’appareils plus polyvalents comme l’Antonov An‑124. L’activité a donc été arrêtée début 2025 faute de demande suffisante et de rentabilité opérationnelle.

Avec leur silhouette singulière – fuselage bombé et poste de pilotage décalé permettant le chargement frontal – les BelugaST figurent parmi les avions les plus reconnaissables au monde. Véritables symboles de la logistique aéronautique européenne, ils ont joué un rôle essentiel dans la réussite des programmes Airbus, de l’A320 jusqu’à l’A380.

Airbus prévoit de préserver au moins un exemplaire complet, voire plusieurs sous forme de sections fuselées destinées à l’exposition ou à des usages pédagogiques. Pour le constructeur, il s’agit désormais d’un enjeu patrimonial : conserver la mémoire d’un outil industriel hors du commun, témoin d’un savoir-faire franco-allemand unique.

Que va devenir le Beluga ? Airbus en quête de musées capables d’accueillir l’avion-cargo emblématique 1 Air Journal

Que va devenir le Beluga ? Airbus en quête de musées capables d’accueillir l’avion-cargo emblématique 2 Air Journal

©H. Goussé/Airbus