Pendant près de quatre ans, un ancien steward basé à Toronto aurait profité des failles administratives et des accords entre compagnies aériennes pour voyager gratuitement sur des centaines de vols en Amérique du Nord, parfois en se présentant comme pilote. L’affaire, aujourd’hui devant la justice fédérale américaine, interroge la robustesse des contrôles autour des droits de voyage du personnel navigant, dans un secteur pourtant obsédé par la sûreté depuis le 11 septembre 2001.
Selon un acte d’accusation déposé au tribunal fédéral d’Honolulu, Dallas P., 33 ans, ancien PNC d’une compagnie canadienne basée à Toronto, est poursuivi pour fraude électronique après avoir « usurpé l’identité d’un pilote de ligne et d’un PNC en activité » afin d’obtenir des billets gratuits ou quasi gratuits auprès de plusieurs transporteurs américains. Les documents judiciaires indiquent qu’il a travaillé comme steward entre 2017 et 2019, avant de quitter la compagnie. Les procureurs lui reprochent ensuite d’avoir utilisé un badge et une carte d’employé falsifiés ou obsolètes pour continuer à se faire passer pour salarié aérien et réserver des billets réservés au personnel navigant.
Arrêté au Panama, où il transitait, le fraudeur a été extradé vers les États‑Unis puis présenté à un juge fédéral à Hawaï, devant lequel il a plaidé non coupable. Il encourt jusqu’à vingt ans de prison et 250 000 dollars d’amende en cas de condamnation pour fraude électronique, selon le ministère américain de la Justice.
Comment le stratagème aurait fonctionné
Au cœur du dossier se trouvent les avantages de voyage interligne, ces billets gratuits ou à tarif très réduit que les compagnies s’accordent mutuellement pour leurs employés, dans le cadre d’accords de réciprocité. En utilisant des identifiants de personnel et un profil d’employé qui n’auraient pas été correctement radiés des systèmes, l’accusé aurait pu apparaître comme membre d’équipage éligible dans les bases de données consultées par les compagnies partenaires.
Les procureurs affirment qu’il a ainsi obtenu « des centaines » de trajets entre 2020 et 2024 sur trois grandes compagnies américaines, sans s’acquitter du prix normal du billet. Dans certains cas, il aurait demandé à être installé en cockpit sur un siège de relève, un « jumpseat » situé derrière les pilotes, théoriquement réservé aux pilotes en déplacement ou à certains personnels agréés par la compagnie et les autorités. Les documents ne précisent toutefois pas s’il a effectivement pris place à l’avant de l’appareil.
Failles possibles dans les contrôles
L’accès au jumpseat de cockpit est strictement encadré : il nécessite l’accord du commandant de bord, une vérification des qualifications et, dans de nombreux pays, une inscription sur une liste d’autorisations validée par la compagnie et l’autorité de l’aviation civile. En cabine, les jumpseats des PNC, utilisés au décollage et à l’atterrissage, sont plus faciles d’accès pour le personnel de cabine en déplacement, mais supposent tout de même une vérification des identifiants, notamment pour des raisons de responsabilité et de sûreté.
L’acte d’accusation ne cite pas nommément les transporteurs impliqués, mais mentionne trois compagnies américaines basées respectivement à Honolulu, Chicago et Fort Worth, ce qui renvoie, sans confirmation officielle, à Hawaiian Airlines, United Airlines et American Airlines. Les trois groupes se sont abstenus de tout commentaire, tandis que des transporteurs canadiens comme Porter Airlines ou Air Canada ont indiqué ne pas être en mesure de confirmer un lien avec l’accusé ou n’avoir aucune trace de son emploi.

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