En réaffectant une partie de son immense usine d’Everett au 737 MAX, Boeing tourne une page industrielle et tente d’orchestrer une montée en cadence prudente de son monocouloir, après des années de crises de sécurité, de qualité et de chaîne d’approvisionnement.
Le groupe vise à terme une production mensuelle de 63 appareils, encore loin de l’ambition d’Airbus sur la famille A320neo, mais présentée comme compatible avec les capacités actuelles du système industriel et des fournisseurs.
Une quatrième ligne 737 à Everett d’ici mi-2026
Boeing a confirmé l’ouverture d’une quatrième ligne d’assemblage du 737 MAX dans son usine d’Everett, au nord de Seattle, à l’horizon de l’été 2026. Baptisée en interne « North Line », cette ligne sera la première de l’histoire du programme 737 à être implantée hors du site historique de Renton, où le monocouloir est assemblé depuis les années 1960. Selon le constructeur, la North Line doit initialement être dédiée au 737 MAX 10, la plus grande version de la famille, mais Boeing se laisse la possibilité d’y assembler aussi les MAX 8 et MAX 9 en fonction du calendrier de certification et de la demande. Le groupe a déjà commencé à recruter et former plusieurs centaines de salariés à Everett pour cette nouvelle activité, en réutilisant les espaces libérés après l’arrêt du 747 et le transfert de l’assemblage final du 787 en Caroline du Sud.
Le choix d’implanter le 737 à Everett illustre aussi la réutilisation stratégique d’un site emblématique confronté à la fin des très gros porteurs. Après le dernier 747, la montée en puissance du 777X restant progressive, le basculement d’une partie des ateliers vers le monocouloir doit permettre d’ancrer durablement l’usine dans le nouveau paysage du transport aérien, dominé par les avions à un seul couloir.
Montée en cadence progressive vers 63 avions par mois
L’ouverture de la North Line s’inscrit dans un plan de montée en cadence de plusieurs années sur le 737 MAX. Boeing stabilise actuellement la production autour de 38 appareils par mois et vise un premier palier à 42 unités mensuelles, après accord de la FAA, avant de progresser par étapes espacées d’au moins six mois.
Lors d’une conférence avec les fournisseurs, la responsable du programme 737, Katie Ringgold, a indiqué que les partenaires devaient s’attendre à une hausse d’environ « 15% » des livraisons de pièces sur les 18 prochains mois, ce qui correspond à un objectif d’environ 47 appareils par mois à l’horizon 2027. À plus long terme, Boeing travaille sur un scénario menant à « 63 avions par mois » pour le 737 MAX, un niveau considéré comme industriellement atteignable compte tenu d’un carnet de commandes de plus de 4 700 appareils, soit plus de six années de production à ce rythme.
Le directeur général Kelly Ortberg répète toutefois que les augmentations de cadence ne se feront que « par paliers mesurés », avec l’exigence de démontrer la stabilité à chaque niveau avant de monter d’un cran. Cette prudence est largement dictée par l’encadrement renforcé de la FAA après l’incident du bouchon de porte d’un 737 MAX 9 en janvier 2024 et les problèmes de qualité mis au jour dans la chaîne d’assemblage.
Un retard persistant face à Airbus sur le monocouloir
Même à 63 appareils par mois, Boeing resterait en retrait de son grand rival européen sur le segment des monocouloirs. Grâce à l’ouverture d’une nouvelle ligne d’assemblage en Alabama, Airbus vise une production de 75 A320neo par mois d’ici 2026‑2027, une ambition rendue nécessaire par un carnet de commandes dépassant les 8 000 avions et soutenue par l’extension de ses lignes finales en Europe, en Chine et aux États‑Unis.
Le 737 MAX, qui couvre aujourd’hui les versions MAX 8, MAX 9 et MAX 8200 en service, doit encore voir entrer en flotte les variantes MAX 7 et MAX 10, dont la certification a accumulé les retards. Face à lui, la famille A320neo – A319neo, A320neo, A321neo et A321XLR – domine largement les nouvelles commandes de monocouloirs, notamment sur le segment des gros monocouloirs à long rayon d’action où l’A321neo s’est imposé comme référence.

Pierre a commenté :
11 février 2026 - 10 h 49 min
Baisse des droits de douane asphysiantes……contre armement et avions..
Comme quoi les menaces de dictateur de Trump servent Boeing …
Bencello a commenté :
11 février 2026 - 11 h 12 min
Ne pas oublier la fin des B767F, dont une trentaine d’exemplaires doivent encore être livrés d’ici 2027.
Sûr que, sans les B737 MAX10, Everett sonnerait bien creux. Dommage pour le plus gros bâtiment industriel du monde.