Boeing a retiré du service son dernier Boeing 787-8 d’essai, l’appareil ZA004, après près de seize années consacrées au développement du Dreamliner et à l’amélioration de ses moteurs Rolls-Royce Trent 1000. Avec ce dernier vol au départ de Boeing Field, l’avion est transféré vers le désert de l’Arizona pour y être stocké à long terme, marquant la fin d’un chapitre clé de la mise au point du long-courrier composite de l’avionneur américain.
ZA004, un 787 de test devenu emblématique
Identifié sous le code ZA004 et immatriculé N7874, le 787-8 a effectué son premier vol le 24 février 2010, rejoignant la flotte d’essai du Dreamliner en tant que plateforme dédiée en grande partie aux essais de propulsion et de performance. Boeing a célébré en interne sa carrière avant de préparer l’appareil pour son départ vers Pinal Airpark, à Marana (Arizona), terrain bien connu pour le stockage de long-courriers.
Le dernier vol de ZA004 a été confié à la même équipe de pilotes d’essai que lors de son vol inaugural, les capitaines Heather Ross et Craig Bomben, figures familières du programme 787. « À l’œil non averti, cela ressemble à un vieil avion, mais il a toujours été tourné vers l’avenir », a résumé Heather Ross, première cheffe pilote de projet de l’appareil, qui a de nouveau pris les commandes pour ce vol d’adieu.
D’un avion prévu pour Northwest à un banc d’essai volant
À l’origine, ZA004 n’était pas destiné à une longue carrière de test : son assemblage final a débuté à Everett à l’été 2008, l’appareil étant censé rejoindre la flotte de Northwest Airlines, alors cliente de lancement américaine du 787. Une dérive rouge peinte d’usine devait marquer cette identité, avant que la fusion entre Northwest et Delta Air Lines ne vienne bouleverser le calendrier, sur fond de retards accumulés du programme Dreamliner.
Après la fusion, la commande a été placée en suspens et Delta a finalement renoncé au 787, préférant miser sur d’autres gros-porteurs, ce qui a scellé le sort de ZA004 au sein de la flotte d’essais de Boeing. Là où il aurait dû transporter des passagers, l’avion s’est mué en banc d’essai volant, dédié aux campagnes de certification et à la mise au point fine des performances de l’appareil et de ses moteurs.
Un rôle central dans le développement des Trent 1000
ZA004 s’est imposé comme la plateforme de référence pour les essais de propulsion du 787, notamment pour les différentes évolutions du Rolls-Royce Trent 1000, moteur historique du Dreamliner. Les premières campagnes se sont concentrées sur la consommation de carburant et le rapprochement des performances des objectifs initiaux, avec des essais de « nautical air miles » destinés à mesurer précisément l’efficacité propulsive.
Plus récemment, l’appareil a été mis à contribution pour les programmes d’amélioration de durabilité du Trent 1000 dans le cadre de l’initiative Trent 1000 XE, qui vise à tripler le temps sur aile des moteurs et à réduire les interruptions de service pour les compagnies clientes. Deux phases de ces évolutions sont programmées pour entrer en service, la seconde devant être certifiée et déployée en flotte courant 2026, en partie grâce aux essais réalisés sur ZA004.
Une carrière d’essai intense avant le stockage
Au fil des ans, l’avion a accumulé plusieurs centaines de vols d’essai et plus de 2 000 heures de vol, dans des profils de mission souvent plus exigeants que ceux rencontrés en exploitation commerciale classique. ZA004 a notamment été utilisé pour des essais à chaud et en altitude en Arizona et au Colorado, ainsi que pour des mesures de bruit communautaire, de charges en vol et pour certaines validations liées aux opérations ETOPS du 787.
Si Boeing ne s’est pas encore prononcé sur le devenir définitif de la cellule, l’appareil rejoint Pinal Airpark, cimetière et centre de stockage où de nombreux gros-porteurs sont préservés en vue d’un éventuel retour en service, d’une conversion ou du démontage. Du point de vue industriel, le retrait de ZA004 intervient alors que le programme 787 est désormais en phase de maturité, avec une flotte largement déployée et des moteurs Rolls-Royce de dernière génération sur le point d’entrer en service.
Le 787, pivot de la nouvelle génération long-courrier
Lancé en service en 2011, le 787 Dreamliner a introduit un cocktail de technologies destiné à réduire les coûts d’exploitation et à ouvrir des lignes long-courriers jusqu’alors jugées marginales. Environ 50% de sa structure est réalisée en matériaux composites en fibre de carbone, ce qui diminue la masse de l’appareil et limite la corrosion par rapport aux structures classiques en aluminium, avec à la clé des économies de carburant et une maintenance plus espacée. La combinaison d’une aérodynamique optimisée, d’une architecture électrique très poussée et de moteurs de nouvelle génération permet aux compagnies d’afficher une amélioration de l’ordre de 20 à 25% de l’efficacité carburant par rapport aux appareils remplacés, selon Boeing.
Une flotte mondiale et un impact durable sur le réseau
Aujourd’hui, la flotte de 787 compte plus de 1 175 appareils en service dans le monde, opérés dans plus de 85 pays. Les Dreamliner desservent plus de 520 aéroports, dont plus de 400 nouvelles routes sans escale, souvent entre villes auparavant uniquement reliées avec correspondance. Depuis son entrée en service, la famille 787 a transporté plus d’un milliard de passagers, un jalon franchi en un temps record pour un gros-porteur, renforçant sa position de best-seller dans la catégorie des long-courriers de nouvelle génération.
La disparition du dernier avion d’essai dédié n’est pas seulement un symbole : elle témoigne d’un programme arrivé à un degré de maturité suffisant pour que la plupart des évolutions moteurs et systèmes soient désormais validées sur des cadres d’essais plus ciblés ou directement en flotte.
The last 787-8 test airplane completes its mission. See the final flight of ZA004 – flown by the same crew that began its flight-test journey for the #Dreamliner program.
— Boeing Airplanes (@BoeingAirplanes) February 12, 2026
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