Le médiateur fédéral pour l’Aéronautique accuse Brussels Airport d’avoir mené, à l’été 2025, des travaux lourds sur la piste 25L/07R sans disposer des permis requis, et annonce le dépôt imminent d’une plainte auprès du parquet. L’aéroport évoque une simple erreur d’interprétation d’un cadre réglementaire complexe, sur fond de tensions récurrentes autour de l’utilisation des pistes et des nuisances aériennes dans la périphérie bruxelloise.

La piste 07R/25L constitue l’une des principales infrastructures de Brussels Airport, essentielle pour les atterrissages et décollages et de fait structurante pour l’organisation des flux et le respect du Preferential Runway System (PRS). Située au sud de la paire de pistes parallèles, elle a fait l’objet, entre le 12 juillet et le 27 août 2025, d’un vaste chantier de rénovation impliquant un nouvel asphalte, un nouveau balisage lumineux et un système de drainage modernisé. Pendant toute la durée des travaux, la 07R/25L a été fermée au trafic, avec des périodes où seule la piste 07L/25R restait opérationnelle, notamment lorsque l’intersection avec la piste 01/19 était en chantier. Cette configuration dégradée a mécaniquement modifié la répartition des trajectoires, accentuant l’exposition au bruit de certaines communes de la périphérie et nourrissant la sensibilité politique d’un dossier déjà inflammable.

Des travaux lourds pointés comme « sans aucun permis »

Dans une évaluation détaillée des travaux de l’été 2025, le Service fédéral de médiation pour l’Aéroport de Bruxelles-National estime que certains volets du chantier mené sur la piste 07R/25L ont été réalisés en dehors de tout cadre d’autorisation formel. Le document, qui revient sur la planification, la concertation et les impacts opérationnels, conclut à une série de manquements, au premier rang desquels « l’absence de permis adéquats pour des travaux qui dépassent la simple maintenance et relèvent d’une rénovation structurelle ».

Le médiateur rappelle que les travaux de rénovation profonde d’une piste — couche d’asphalte, systèmes de balisage, drainage — entrent dans le champ des procédures environnementales régionales, en complément des autorisations fédérales liées à la sécurité et à l’exploitation. Il invoque également l’historique des recommandations, où il demandait déjà que les gros chantiers sur les pistes fassent l’objet d’une information préalable transparente et d’un encadrement réglementaire strict, compte tenu de leurs effets sur les configurations de pistes et les populations survolées.

Le médiateur fédéral brandit la menace pénale

Fort de ces constats, le médiateur fédéral pour l’Aéronautique annonce le dépôt d’une plainte auprès du parquet contre Brussels Airport Company pour non-respect des règles encadrant l’exploitation de l’aéroport et les autorisations de travaux. Dans sa démarche, il s’appuie aussi sur un dossier plus large, intitulé « Les manquements de Brussels Airport dans l’exécution correcte de sa licence aéroportuaire et de son permis d’environnement », où sont recensés divers griefs allant de l’absence d’informations complètes à des pressions qualifiées de « vexatoires » à l’égard du service de médiation.

Le document souligne que l’exploitant est tenu de respecter l’ensemble des dispositions de sa licence, notamment l’article 36 qui impose une coopération loyale avec le Service de médiation et la mise à disposition d’informations pertinentes. Le médiateur considère qu’en procédant à des travaux lourds sur une infrastructure de piste sans permis environnemental et sans concertation suffisante, l’aéroport franchit un seuil qui justifie une judiciarisation du conflit.

Brussels Airport évoque une « erreur d’interprétation »

De son côté, Brussels Airport fait valoir que le chantier de l’été 2025 répondait à un impératif de sécurité, visant à maintenir la capacité de charge et l’adhérence de la piste 07R/25L, ainsi qu’à moderniser les feux et le drainage afin de garantir la sécurité des opérations par toutes conditions météorologiques. L’exploitant aéroportuaire insiste sur le fait que le planning a été arrêté « en accord avec skeyes et les partenaires de l’aéroport », avec un objectif affiché de limiter « autant que possible » l’impact sur le PRS et sur les riverains.

Face aux accusations de travaux sans permis, la société met en avant une lecture différente du cadre légal, estimant que ces interventions relevaient de l’entretien lourd et non d’un projet d’infrastructure nécessitant une nouvelle procédure environnementale complète. Elle rappelle en filigrane que la compétence de la régulation technique de l’aéroport — pistes, équipements, exploitation — demeure fédérale, alors que les permis d’environnement relèvent de la Région flamande, un chevauchement de compétences déjà mis en lumière dans plusieurs avis et décisions antérieures.

Un historique de tensions réglementaires autour de Zaventem

Les travaux de la piste 25L/07R s’inscrivent dans un contexte de frictions anciennes entre Brussels Airport, le Service de médiation et certaines autorités politiques. Dans des rapports précédents, le médiateur avait déjà mis en cause la « participation active » de l’exploitant à une instruction jugée illégale de modification du calendrier d’utilisation des pistes (PRS) en 2020, ou encore le manque de coopération de la société dans la transmission d’informations.

À ces griefs s’ajoutent des dossiers connexes relatifs à l’extension des activités non aéronautiques sur le site, à la gestion des vols de nuit ou aux engagements environnementaux pris lors de l’octroi de la licence d’exploitation. De leur côté, les représentants de l’aéroport et certains commentateurs estiment que le médiateur adopte parfois une lecture excessivement restrictive du cadre légal, au risque de fragiliser la compétitivité de la plateforme face à d’autres hubs européens.

Sécurité des pistes, PRS et nuisances : un équilibre fragile

Au-delà du contentieux juridique, l’affaire renvoie à une tension structurelle entre les impératifs de sécurité des infrastructures de piste et la pression politique pour réduire les nuisances sonores. Chaque fermeture ou restriction d’une piste principale, comme la 07R/25L, entraîne mécaniquement un report du trafic sur les autres axes, modifiant les routes de survol et parfois l’application du PRS, ce qui nourrit les critiques des communes nouvellement exposées.

La plainte annoncée par le médiateur ouvre une nouvelle phase, potentiellement longue, où le parquet devra apprécier la portée des manquements allégués et la qualification des travaux réalisés sur la piste 25L/07R. En fonction des conclusions, des sanctions administratives ou pénales pourraient viser l’exploitant, et à terme conduire à un resserrement des conditions d’octroi et de contrôle des autorisations de travaux sur le site.

Brussels Airport visé pour des travaux de piste sans permis : le médiateur fédéral saisit la justice 1 Air Journal

©Brussels Airport