Dix ans après la signature d’un important contrat avec Airbus, l’ancien dirigeant de SriLankan Airlines a été placé en détention. Cette arrestation intervient alors que la compagnie nationale sri-lankaise et le pays tout entier peinent à sortir d’une crise financière historique.
Kapila Chandrasena, PDG de SriLankan Airlines de 2011 à 2015, a été arrêté le jeudi 12 mars 2026 par la Commission d’enquête sur les allégations de corruption (CIABOC). Il est soupçonné d’avoir conspiré pour accepter un pot-de-vin de 16 millions de dollars dans le cadre de l’achat de dix avions Airbus en 2013. C’est la deuxième fois que l’ex-dirigeant est interpellé dans cette affaire. Il avait déjà été arrêté en février 2020 avec son épouse Priyanka Wijenaike, avant d’être libéré sous caution.
« Il a conspiré avec son épouse et d’autres personnes pour créer une société-écran au Brunei Darussalam au nom de son épouse, ouvert un compte bancaire à Singapour au nom de cette société, et reçu la somme de 1 454 645,54 euros comme pot-de-vin de la part de l’European Aeronautic Defense and Space Company [EADS, l’ancien nom d’Airbus]. Il a ensuite transféré cet argent sur son propre compte à la Commonwealth Bank of Australia et à plusieurs autres individus », a accusé la CIABOC.
Placé en détention provisoire jusqu’au 19 mars 2026, Kapila Chandrasena n’a pas encore fait de déclaration publique. L’enquête se poursuit pour déterminer si d’autres responsables de l’époque sont impliqués.
Un contrat de 2,3 milliards de dollars sous suspicion
En 2013, sous le gouvernement de Mahinda Rajapaksa, SriLankan Airlines avait commandé six Airbus A330-300 et quatre A350-900, pour un montant total de 2,3 milliards de dollars. L’enquête révèle qu’Airbus aurait versé jusqu’à 16,84 millions de dollars via des intermédiaires pour sécuriser le marché. Si la compagnie srilankaise a bien réceptionné les A330-300, elle a annulé les A350-900 et payé des pénalités d’environ 115 millions de dollars à AerCap, le bailleur qui a effectué la commande.
Le British Serious Fraud Office avait mis au jour ces pratiques en 2020, conduisant Airbus à payer une amende record de 3,6 milliards d’euros pour corruption dans plusieurs pays. Le Sri Lanka avait alors relancé ses propres investigations.
Une compagnie nationale au bord du gouffre
L’arrestation remet en lumière les difficultés chroniques de SriLankan Airlines. La compagnie nationale affiche des pertes cumulées de 596 milliards de roupies (environ 2 milliards de dollars) fin mars 2025. Malgré une injection récente de 25,2 milliards de roupies par l’État en février 2026 pour restructurer ses dettes bancaires, elle reste déficitaire.
Le gouvernement de Colombo a tenté sans succès de trouver un repreneur étranger. Le président Anura Kumara Dissanayake a annoncé une refonte complète de la gestion pour début 2026, mais les contribuables continuent de supporter les pertes.
Le Sri Lanka encore marqué par la faillite de 2022
L’affaire judiciaire survient dans un pays qui peine à se relever. Le Sri Lanka a déclaré son premier défaut de paiement en avril 2022, avec une dette extérieure dépassant 46 milliards de dollars. Grâce au plan de sauvetage du FMI, le gouvernement espère sortir officiellement de la faillite d’ici fin 2026. Cependant, SriLankan Airlines reste l’une des entreprises publiques les plus coûteuses. Ses dettes passées, dont une partie liée aux achats d’avions contestés, pèsent lourdement sur les finances publiques.
Cette nouvelle interpellation ravive les questions sur la transparence des grands contrats publics au Sri Lanka, à l’heure où le pays tente de reconstruire sa crédibilité internationale et de redresser une économie encore fragile. Les autorités promettent une justice sans distinction pour assainir le secteur aérien national.

@Airbus
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