Paralysée depuis le 2 mars par le blocage de plusieurs aérodromes des îles, Air Calédonie a placé environ 50% de ses 220 salariés en chômage partiel afin de préserver une trésorerie qui pourrait être entièrement consommée d’ici début avril.

En l’absence de déblocage rapide, la compagnie publique, déjà fragilisée par la crise sanitaire et les violences de 2024, n’exclut plus la saisine du tribunal mixte de commerce de Nouméa pour engager une procédure collective, sur fond de bras de fer autour du déménagement de ses opérations de l’aérodrome urbain de Magenta vers La Tontouta.

Une compagnie domestique à l’arrêt depuis le 2 mars

Depuis le 2 mars, les vols domestiques opérés par Air Calédonie vers les îles Loyauté et l’île des Pins sont quasiment tous suspendus, les aérodromes étant bloqués par des collectifs d’habitants et de responsables coutumiers. Ces groupes contestent le transfert effectif des vols de la compagnie, intervenu à compter du 2 mars, de l’aérodrome de Magenta, au cœur de Nouméa, vers l’aéroport international de La Tontouta, situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Ce transfert, effectif depuis le 2 mars 2026, vise à réaliser 500 millions de francs (4,19 millions d’euros) d’économies annuelles et à permettre à la compagnie aérienne locale de retrouver l’équilibre financier.

Les discussions menées entre le gouvernement de la Nouvelle‑Calédonie et les autorités coutumières, notamment lors d’une réunion sur l’île des Pins, n’ont pas permis pour l’heure de débloquer la situation. «C’est toujours le statu quo. Chacun reste sur ses positions », a résumé auprès de l’AFP Rolland Nyikeine, sénateur coutumier de l’aire Drehu (Lifou), tout en indiquant que les coutumiers travaillent à une contre‑proposition permettant une reprise de l’activité à partir de Magenta.

Trésorerie sous pression et chômage partiel massif

Face à l’arrêt quasi total de son activité commerciale, la direction d’Air Calédonie a annoncé le placement en chômage partiel d’environ la moitié de ses 220 salariés, une mesure présentée comme indispensable pour éviter la cessation de paiements à très court terme. «La décision a été prise pour préserver la trésorerie. Elle sera épuisée début avril », a indiqué la compagnie, évoquant un horizon d’«une quinzaine de jours » si les vols ne reprennent pas.

En l’absence de déblocage, la direction prévoit de saisir le tribunal de commerce pour engager une procédure collective, ce qui ouvrirait la voie à un redressement judiciaire ou, en cas d’échec, à une liquidation. Déjà contrainte, ces dernières années, de réduire ses effectifs et de céder un de ses ATR 72‑600 pour renflouer sa trésorerie, la compagnie publique affiche un modèle économique sous tension, avec un trafic qui, en 2025, est resté largement en dessous du seuil de rentabilité estimé autour de 300 000 passagers annuels.

Les enjeux du transfert de Magenta à La Tontouta

Pour le gouvernement calédonien, actionnaire majoritaire d’Air Calédonie, le regroupement des opérations à La Tontouta est présenté comme un passage obligé pour sauver le transport aérien domestique. « Annuler ou différer le déménagement coulerait purement et simplement la compagnie », a prévenu le président du gouvernement de Nouvelle‑Calédonie, Alcide Ponga, en défendant le choix de La Tontouta comme nouvelle base des ATR d’Air Calédonie. L’abandon du site de Magenta, en plein tissu urbain nouméen, doit aussi répondre à des contraintes d’investissement et de sécurité d’exploitation, alors que la plateforme nécessite d’importants travaux pour rester aux normes à long terme.

De l’autre côté, les collectifs d’usagers de l’île des Pins et des Loyauté dénoncent un doublement des temps de trajet, l’obligation d’emprunter la route jusqu’à La Tontouta avant chaque vol, ainsi qu’une probable hausse des tarifs et des coûts annexes pour les familles et les entreprises locales.

Air Calédonie étranglée par les blocages : la moitié des salariés au chômage partiel 1 Air Journal

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