La compagnie nationale saoudienne Saudia s’apprête à suspendre, dès la mi-avril 2026, sa liaison entre Dammam et l’aéroport de Londres-Heathrow, inaugurée à l’automne 2025 avec Boeing 787. La route, pénalisée par une demande jugée trop faible et des incertitudes opérationnelles, sera purement et simplement retirée des systèmes de réservation, sans déploiement de capacité de remplacement vers le Royaume-Uni.

Selon le site spécialisé Aerospace Global News, Saudia mettra fin à la desserte Dammam – Londres-Heathrow à compter de la mi-avril 2026, toutes les fréquences programmées étant supprimées. La dernière rotation doit quitter Heathrow le 17 avril 2026, avant la fermeture de la ligne. Dans les GDS, la liaison a déjà disparu des écrans de réservation, signe d’une décision actée en interne, même si la compagnie n’a pas publié de communiqué officiel pour détailler ses motivations. Les dépôts de programme indiquent que les trois vols hebdomadaires sont retirés à la fois pour la saison été 2026 et pour l’hiver suivant, ce qui suggère non pas une simple suspension temporaire, mais bien un arrêt durable.

Relancée en novembre 2025, la ligne constituait la troisième connexion de Saudia vers Heathrow, en complément de ses liaisons biquotidiennes au départ de Djeddah et de Riyad. La compagnie n’a toutefois pas profité de cette fermeture pour augmenter les fréquences depuis ces deux hubs, laissant en suspens la question de la stratégie d’utilisation de ses créneaux londoniens.

Des coefficients de remplissage insuffisants

À Heathrow, l’utilisation des créneaux de décollage et d’atterrissage reste un enjeu central : les transporteurs doivent exploiter leurs slots de façon régulière pour conserver leurs droits historiques. Saudia déclarait jusqu’ici trois mouvements hebdomadaires pour la ligne de Dammam, désormais à l’arrêt. L’absence de vol de remplacement soulève donc des interrogations sur la manière dont la compagnie entend préserver la valeur de ces précieux créneaux.

Les données de trafic disponibles montrent une route en difficulté dès ses premiers mois. D’après les chiffres cités comme provenant de l’autorité de l’aviation civile britannique (UK CAA), Saudia aurait transporté environ 4 400 passagers pour près de 9 000 sièges offerts au cours des deux derniers mois de 2025, soit un remplissage voisin de 50 %. En janvier 2026, la situation se serait encore dégradée : quelque 5 400 sièges auraient été proposés pour seulement autour de 2 000 passagers transportés.

Si les nouvelles lignes long-courriers bénéficient habituellement d’un temps de montée en puissance commercial, ces niveaux de remplissage semblent être restés en deçà du seuil de viabilité. Le rendement, lui, reste inconnu : une route à forte proportion de clientèle premium peut demeurer rentable malgré un coefficient de remplissage modéré, mais aucun élément disponible ne vient corroborer un éventuel bon niveau de recette unitaire sur ce segment.

Un contexte régional marqué par les réacheminements de Gulf Air

Pour rappel, Dammam ne constitue pas un pilier du réseau long-courrier de Saudia, à la différence de Djeddah et Riyad, qui concentrent l’essentiel de l’activité internationale de la compagnie. Depuis Dammam, l’unique autre liaison long-courrier est la desserte de Pékin-Capital, exploitée deux fois par semaine en Boeing 787.

Les restrictions d’espace aérien ne semblent pas être à l’origine de cette suspension. Les données de suivi de vols montrent que les vols Dammam–Heathrow ont systématiquement emprunté l’espace aérien égyptien, sans perturbations notables. En revanche, les tensions géopolitiques régionales et une demande volatile sur les marchés du Golfe peuvent peser sur le remplissage, conduisant les compagnies à ajuster rapidement leurs programmes.

Paradoxalement, alors que Saudia se retire de Dammam–Heathrow, la ville gagne en importance comme plateforme de substitution pour Gulf Air. Confrontée à des contraintes d’espace aérien autour de Bahreïn, la compagnie bahreïnie a choisi de faire transiter une partie de ses passagers par Dammam, relié par des transferts terrestres à son hub historique. Gulf Air a ainsi étoffé son réseau temporaire au départ de Dammam, avec des vols vers Le Caire, Casablanca ou Chennai, mais aussi vers de grandes métropoles mondiales comme Londres-Heathrow, Bangkok ou Paris-Charles de Gaulle (CDG).

Saudia coupe sa liaison Dammam–Heathrow, faute de demande 1 Air Journal

@Saudia Airlines