Emirates signe un nouveau bénéfice record avant impôts de 6,2 milliards de dollars pour l’exercice 2025‑2026, malgré un environnement bouleversé par la guerre entre les États‑Unis, Israël et l’Iran qui a à plusieurs reprises désorganisé l’espace aérien du Golfe et cloué au sol une partie de sa flotte. La maison‑mère Emirates Group affiche elle aussi des résultats historiques, confirmant la résilience du hub de Dubaï dans un contexte géopolitique et opérationnel sous très haute tension.

Selon les résultats annuels publiés le 7 mai 2026, Emirates affiche un bénéfice avant impôts de 22,8 milliards de dirhams (6,2 milliards de dollars), en progression de 7% par rapport aux 5,8 milliards de dollars enregistrés l’année précédente. La marge de résultat avant impôts s’établit à 17,4%, contre 16,5% un an plus tôt, confirmant l’amélioration de la rentabilité malgré des coûts unitaires toujours élevés. Le chiffre d’affaires de la compagnie atteint lui aussi un sommet historique à 130,9 milliards de dirhams (35,7 milliards de dollars), en hausse de 2% sur un an, porté par une demande soutenue sur la plupart des marchés long‑courriers et par la montée en puissance des capacités.

Les coûts de carburant et de personnel demeurent les deux premiers postes de charges d’Emirates, le carburant représentant 29% des coûts d’exploitation, en léger recul par rapport aux 31% de l’exercice précédent grâce à une meilleure efficacité de la flotte et à des stratégies de couverture. Selon le rapport annuel, la compagnie reste l’une des plus rentables au monde, avec un niveau de trésorerie jugé « très solide » par sa direction.

Emirates Group : un groupe très profitable malgré la guerre

À l’échelle de la holding, Emirates Group annonce un bénéfice avant impôts record de 24,4 milliards de dirhams (6,6 milliards de dollars), en hausse de 7% par rapport à l’exercice précédent, pour une marge de 16,2%. Les revenus du groupe progressent de 3% pour atteindre 150,5 milliards de dirhams (41 milliards de dollars), tandis que les liquidités grimpent de 12% à 59,6 milliards de dirhams (16,2 milliards de dollars).

Emirates SkyCargo et dnata contribuent à cette performance globale, dans un contexte de chaînes logistiques volatiles et de fortes tensions sur certaines infrastructures du Golfe. La mise en œuvre aux Émirats arabes unis des règles fiscales internationales dites « Pilier Deux » de l’OCDE a par ailleurs entraîné un relèvement du taux d’imposition du groupe de 9% à 15%, sans remettre en cause le niveau de profit net, qui atteint 21 milliards de dirhams (5,7 milliards de dollars), en hausse de 3%.

Guerre Iran–États‑Unis–Israël : un hub sous pression

Ces chiffres interviennent dans un contexte de fortes perturbations aériennes au Moyen‑Orient. Le 28 février 2026, après des frappes coordonnées israélo‑américaines sur l’Iran, Téhéran a lancé une série d’attaques de missiles balistiques et de drones contre les Émirats arabes unis, visant notamment des infrastructures énergétiques et des zones à proximité de grandes agglomérations. Les défenses aériennes émiriennes, appuyées par des systèmes antimissiles américains et israéliens, ont intercepté la majorité des projectiles, mais des débris ont causé des dégâts sur certaines installations civiles et déclenché des incendies, notamment près d’Abou Dhabi et de Fujairah.

Dans les jours qui ont suivi, l’espace aérien des Émirats et de plusieurs États de la région a été restreint, entraînant la suspension temporaire de nombreux vols commerciaux d’Emirates et la mise en place de routes alternatives. « Pour les onze premiers mois de 2025‑2026, la situation au sein du groupe était très positive. Une forte demande pour nos produits et services tirait nos revenus vers le haut, et nous obtenions des marges confortables grâce à nos investissements soutenus dans le produit, les équipes, la technologie et la marque. Mois après mois, nous dépassions nos objectifs », a expliqué Ahmed ben Saeed Al Maktoum, PDG d’Emirates Group, dans un communiqué commentant l’impact du conflit.

« Mobilisation rapide » face à la crise sécuritaire

Revenant sur la journée du 28 février, Ahmed ben Saeed Al Maktoum a reconnu que « l’activité militaire a massivement perturbé le trafic aérien commercial mondial dans le Golfe, y compris aux Émirats arabes unis ». « Emirates et dnata se sont rapidement mobilisées pour soutenir nos équipes et nos clients affectés, protéger nos actifs et assurer la continuité des activités », a‑t‑il poursuivi, saluant des « résultats exceptionnels » obtenus malgré des « défis significatifs » au cours du dernier mois de l’exercice.

Le dirigeant a souligné la résilience du modèle émirien : « Il est trop tôt pour chiffrer l’impact de la guerre sur notre bilan, mais une chose est claire : nous – Emirates Group, Dubaï et les Émirats arabes unis – sommes prêts à relever tous les défis et à saisir les opportunités qui se présentent. Nos fondamentaux restent solides. » L’espace aérien de la région est aujourd’hui partiellement rouvert sous l’empire d’un cessez‑le‑feu, mais les autorités maintiennent des mesures de sécurité renforcées et des restrictions sur certains couloirs.

Un carburant couvert jusqu’en 2029 et des liquidités abondantes

Pour la suite, Emirates met en avant la solidité de sa position financière et sa politique active de gestion du risque carburant. La compagnie indique être « bien couverte » sur ses achats de kérosène jusqu’aux exercices 2028‑2029, ce qui doit lui permettre de lisser les effets d’une éventuelle flambée des cours dans un contexte géopolitique incertain. Le groupe aborde par ailleurs le prochain exercice avec des réserves de trésorerie « très robustes », alors que les investissements se poursuivent dans la flotte, les installations et les outils numériques.

« En ce moment, les activités militaires entre les États‑Unis, Israël et l’Iran sont suspendues dans le cadre d’un accord de cessez‑le‑feu. Nous espérons une résolution claire des hostilités et un retour à la stabilité du marché. Mais en attendant, nous ne restons pas les bras croisés », a insisté Ahmed ben Saeed Al Maktoum. Dans ce contexte, la capacité à maintenir la connectivité du hub de Dubaï, à adapter les plans de vol et à gérer la flotte de gros‑porteurs reste centrale pour la stratégie du groupe.

Flotte A350 et modernisation : Emirates accélère

Emirates poursuit en parallèle la modernisation de sa flotte long‑courrier. La compagnie indique avoir reçu 15 Airbus A350 au cours de l’exercice, et comptait 19 appareils de ce type en service au 31 mars 2026, les premiers entrants en flotte datant de novembre 2025. Ces appareils de nouvelle génération, équipés notamment de la cabine Premium Economy caractéristique d’Emirates, permettent des gains de consommation significatifs par rapport aux avions de génération précédente et s’inscrivent dans la stratégie de réduction de l’empreinte environnementale du transporteur.

Selon des données de flotte publiées fin mars, Emirates exploite désormais plus de 270 gros‑porteurs, avec une trentaine d’A350 supplémentaires en cours de livraison à moyen terme et un carnet de commandes total dépassant les 350 appareils, toutes familles confondues. La compagnie a d’ailleurs renforcé sa commande d’A350‑900 lors du Dubai Airshow 2025, portant à 73 le nombre d’unités attendues à l’horizon 2031. « L’entrée en service de l’A350 d’Emirates nous a apporté des capacités additionnelles bienvenues et nous a permis de proposer nos dernières cabines à davantage de clients », soulignait déjà Ahmed ben Saeed Al Maktoum lors de ce salon.

Pour le patron d’Emirates, les fondations du modèle restent intactes. « Nos fondamentaux sont solides. Le modèle économique éprouvé d’Emirates Group reste inchangé. La place de Dubaï au carrefour des flux mondiaux de commerce, d’échanges et de voyages demeure inchangée. Notre ambition d’être les meilleurs au monde et de rendre service au monde est inchangée », a‑t‑il résumé. 

Avec 6,2 milliards de dollars, Emirates bat un nouveau record de profit malgré la crise au Moyen-Orient 1 Air Journal

©DXB