La fin d’une image d’aviation à San Francisco : les atterrissages parallèles simultanés sur les pistes rapprochées de SFO vont disparaître, remplacés par des approches décalées imposées par le régulateur américain. Combinée à la fermeture pour six mois de la piste 1R, cette mesure va réduire nettement la capacité d’arrivée de l’aéroport et faire grimper le risque de retards à l’approche de l’été.
La Federal Aviation Administration (FAA) a décidé d’interdire définitivement les « side‑by‑side approaches », ces atterrissages parallèles spectaculaires sur les pistes 28L et 28R de San Francisco, pourtant au cœur de l’identité opérationnelle de SFO depuis les années 1970. L’autorité impose désormais des « approches décalées, avec un appareil légèrement déporté par rapport à celui évoluant sur la piste parallèle », même par beau temps et en régime de vol à vue. La FAA rappelle qu’« elle n’a jamais autorisé les approches côte à côte par mauvais temps ou en régime d’approche aux instruments », mais elle va plus loin en étendant cette prudence à toutes les conditions météorologiques. Selon les documents fédéraux cités par Reuters, la capacité d’arrivée maximale de SFO va passer d’environ 54 mouvements par heure à seulement 36, un recul de près d’un tiers qui aura un effet mécanique sur la ponctualité.
Des pistes trop proches pour les standards actuels
L’aéroport dispose de deux couples de pistes parallèles : les 28L/28R, orientées est‑ouest vers le Pacifique, utilisées en priorité pour les arrivées, et les 1L/1R, nord‑sud, plus souvent mobilisées pour les départs ou des configurations alternatives. SFO se distingue cependant d’autres hubs américains par l’écart très réduit entre ses pistes, environ 750 pieds (230 mètres), là où Atlanta ou Dallas‑Fort Worth, par exemple, séparent leurs parallèles d’au moins 1 000 à plus de 4 000 pieds, soit d’au moins 300 mètres à plus de 1,2 kilomètre
Dans de bonnes conditions de visibilité, cette proximité permettait jusqu’ici des approches visuelles « côte à côte », donnant parfois aux passagers l’impression que deux avions « se livraient une course » vers le seuil de piste. Pour un aéroport contraint par sa géographie, coincé entre la baie et les collines, cette technique constituait un levier essentiel de capacité sans extension d’infrastructure.
Un été sous contraintes pour les compagnies
La nouvelle règle arrive au pire moment pour SFO, qui doit fermer la piste 1 Right pendant six mois, du 30 mars au 2 octobre 2026, pour un vaste chantier de resurfaçage et de modernisation des voies de circulation et balisages associés. Pendant cette période, « toutes les arrivées et tous les départs seront concentrés sur les pistes 28 gauche et 28 droite », a confirmé l’aéroport, une configuration déjà pratiquée par temps clair mais qui devient la norme pendant les travaux.
Initialement, SFO s’attendait, du seul fait du chantier, à ce que 10 à 15% des vols subissent des retards, généralement inférieurs à 30 minutes et surtout concentrés sur les heures de pointe. Avec la réduction du débit d’arrivées imposée par la FAA, l’aéroport anticipe désormais « qu’environ 25% des vols arrivant pourront connaître un retard d’au moins 30 minutes », a reconnu son porte‑parole Doug Yakel. « Nous travaillons avec la FAA pour trouver des moyens d’améliorer le taux d’arrivées à SFO », a‑t‑il ajouté.
Selon plusieurs analyses spécialisées, United Airlines et Alaska Airlines, qui représentent à elles deux près de 60% du trafic passagers de SFO, seront parmi les plus exposées à ces contraintes, avec un risque d’effet domino sur leurs réseaux domestiques et internationaux. Après la fin des travaux, l’aéroport espère remonter son débit d’arrivées à environ 45 vols par heure, un niveau qui resterait toutefois inférieur à la capacité de 54 arrivées par heure d’avant les nouvelles limites de la FAA.
Enjeux de sécurité et pression opérationnelle
Officiellement, la FAA justifie cette décision par un impératif de sécurité, à l’heure où les incidents de trajectoire et les quasi‑collisions font l’objet d’un examen accru aux États‑Unis. La combinaison de pistes très rapprochées, d’un trafic dense et de situations de vent ou de turbulence de sillage défavorables réduit la marge d’erreur pour les pilotes comme pour le contrôle aérien, en particulier lors d’approches visuelles.
Au‑delà des chiffres, la fin des atterrissages parallèles simultanés met un terme à l’une des images les plus marquantes de l’aviation commerciale à San Francisco, maintes fois partagée sur les réseaux sociaux et dans les cockpits. Pour des générations de passagers, cette arrivée à deux sur la baie incarnait à la fois l’intensité du trafic de la côte Ouest et le savoir‑faire du contrôle aérien américain sur un site contraint.

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