Depuis l’aéroport de Vatry comme de celui de Marseille-Provence, deux vols Ryanair à destination de Marrakech ont décollé sans une partie, voire la totalité de leurs passagers, sur fond de sous-effectifs dans les services de sûreté et de contrôles saturés aux frontières. Entre exploitants d’aéroport, prestataire de sûreté, police aux frontières et compagnie low cost, chacun se renvoie désormais la responsabilité, tandis que les voyageurs, eux, cherchent encore à faire valoir leurs droits et à obtenir une indemnisation.

À Vatry, un Boeing au départ pour Marrakech… vide

Le premier incident s’est produit le mardi 14 avril à l’aéroport de Paris–Vatry, dans la Marne, sur un vol Ryanair à destination de Marrakech qui devait transporter 192 passagers. Faute d’agents de sûreté disponibles pour effectuer les contrôles de filtrage, l’avion a finalement décollé… sans aucun voyageur à bord.

Selon les témoignages recueillis par France Télévisions, repris notamment par Le Figaro et plusieurs médias locaux, la quasi-totalité du personnel de sûreté du prestataire Sécurus était en arrêt maladie ce jour‑là. « Au moment où l’on a ouvert l’enregistrement pour les passagers, il n’y avait pas d’équipe de sûreté, on a appris qu’ils étaient tous en arrêt maladie », a expliqué Fabrice Pauquet, directeur de l’aéroport de Vatry.

L’exploitant affirme avoir été pris de court et assure qu’il n’a pas été possible de faire venir, dans les délais, une autre équipe de sûreté pour permettre l’embarquement et respecter le programme du vol, dont la durée prévue était d’environ trois heures trente. L’appareil a donc quitté la Marne à vide pour rejoindre Marrakech, laissant 192 clients face à une situation inédite : leur vol a bien existé, mais aucun d’eux ne s’y trouvait.

Marseille-Provence : 83 passagers coincés aux contrôles

Quelques jours plus tard, le samedi 18 avril, un second vol Ryanair vers Marrakech a connu le même type d’issue inattendue, cette fois à l’aéroport Marseille‑Provence. D’après les informations de La Provence, 83 passagers, retenus aux contrôles aux frontières, n’ont pas pu accéder à la porte d’embarquement à temps et ont vu leur avion partir sans eux.

L’aéroport met en avant un engorgement des contrôles de la police aux frontières, avec un manque d’effectifs pour absorber le flux, dans un contexte de renforcement structurel des formalités Schengen et de déploiement progressif du système européen d’entrée/sortie (EES), déjà accusé de rallonger les contrôles dans d’autres aéroports français. De source policière, citée par La Provence, certains voyageurs, excédés à l’idée de rater le vol, auraient alors « brisé les boîtiers » pour déclencher une alarme incendie et tenter d’accéder au tarmac pour bloquer l’avion.

Malgré ces tensions, le vol Ryanair a fini par décoller, avec près de trois heures de retard mais sans les 83 personnes restées côté terminal. L’aéroport n’exclut pas que la compagnie cherche à engager une réclamation contre ses services, et indique qu’il pourrait à son tour se retourner contre la police aux frontières, signe d’un jeu de responsabilités complexe qui dépasse le seul cadre de ce vol.

Un précédent à Tours et une pression croissante sur les contrôles

Ces deux épisodes s’inscrivent dans une série d’incidents impliquant des vols Ryanair pour Marrakech partis sans une partie de leurs passagers ces dernières semaines en France. Le 11 mars, à l’aéroport de Tours-Val de Loire, 24 voyageurs sont ainsi restés sur le tarmac alors que leur avion pour la ville marocaine prenait son envol, les valises déjà en soute.

Là encore, le goulot d’étranglement se situait au niveau des contrôles : les passagers ont décrit un passage par la sûreté et la douane de plus d’une heure et demie, retardé notamment par un contrôle inopiné de la gendarmerie et par les nouvelles formalités liées au système EES, qui imposent des prises d’empreintes et des données biométriques pour les ressortissants de pays tiers. D’après le gestionnaire de l’aéroport de Tours, les demandes d’indemnisation seront examinées au cas par cas, mais l’épisode illustre la fragilité de la chaîne passagers dès lors que plusieurs facteurs – contrôles renforcés, manque de personnel, contraintes de slots – se cumulent.

Qui est responsable : l’aéroport, la sûreté, la police ou Ryanair ?

À Vatry, l’exploitant aéroportuaire renvoie la responsabilité de l’incident vers son prestataire de sûreté, Sécurus, dont les agents étaient massivement en arrêt maladie, tandis que ce dernier se fait discret dans la communication. Le directeur de l’aéroport souligne que la question de l’indemnisation « ne relève pas de l’exploitant », renvoyant les passagers vers la compagnie aérienne.

Ryanair, pour sa part, s’appuie sur ses conditions générales et sur le régime européen de protection des passagers pour estimer qu’aucune indemnisation n’est due lorsque la cause du problème relève de circonstances extérieures, assimilables à une grève ou à une situation indépendante de sa volonté. « Vous n’aurez pas droit à indemnisation si le vol est annulé pour une raison indépendante de notre volonté, par exemple une grève des contrôleurs aériens, des conditions météorologiques défavorables, une urgence médicale, etc. », rappelle la compagnie dans un document d’information aux passagers au départ ou à destination du Maroc.

Les passagers contestent cette interprétation, arguant qu’à Vatry il ne s’agissait pas d’une grève déclarée mais d’une absence simultanée de la quasi‑totalité des agents de sûreté. À Marseille, l’aéroport pointe la faiblesse des effectifs de la police aux frontières, tandis que des sources policières mettent en avant le comportement de certains voyageurs qui auraient déclenché l’alarme, ce qui pourrait entraîner des poursuites pour dégradation ou mise en danger.

« Ils sont partis sans nous » : deux vols Ryanair pour Marrakech décollent sans leurs passagers 1 Air Journal

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