Turkish Airlines va suspendre 18 liaisons internationales entre mai et juin 2026, une décision inédite par son ampleur pour la compagnie stambouliote, sous la pression conjuguée de la flambée du kérosène et des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et en Iran. À ces coupes s’ajoutent plusieurs dessertes iraniennes déjà gelées depuis février 2026, ce qui marque un net coup de frein dans la stratégie d’expansion quasi continue du transporteur, pourtant réputé pour la stabilité de son réseau long-courrier.
Un géant du réseau contraint de lever le pied
Turkish Airlines, souvent présentée comme la compagnie qui dessert le plus grand nombre de pays au monde, va retirer de son programme 18 destinations internationales au cours du deuxième trimestre 2026, avec des effets qui se prolongeront au moins jusqu’à la saison hiver 2026‑2027 pour certaines d’entre elles. Selon les données de planification analysées par le site spécialisé AeroRoutes, ces suspensions débuteront en mai et juin 2026, dans le cadre d’un ajustement plus large du programme été de la compagnie.
Lors d’une conférence de presse organisée en octobre 2025, l’ancien président du conseil d’administration, Ahmet Bolat, se félicitait encore du fait que « lorsqu’elle ouvre une ligne, Turkish Airlines la ferme très rarement », illustrant une stratégie de croissance continue du réseau. La décision d’aujourd’hui apparaît d’autant plus significative qu’elle rompt avec cette doctrine, sous l’effet d’un environnement économique et géopolitique nettement plus dégradé.
Le choc du kérosène et des crises régionales
En toile de fond, la hausse brutale du prix du carburant pèse lourdement sur le modèle de Turkish Airlines, fondé sur un réseau très maillé depuis le hub d’Istanbul. D’après le site turc Hispanatolia, le prix du kérosène utilisé en aviation serait passé d’environ 90 à 185 dollars le baril, obligeant les transporteurs à arbitrer entre hausse des tarifs et fermeture de lignes jugées trop coûteuses, en particulier lorsqu’elles combinent longs trajets, faibles facteurs de remplissage ou escales multiples.
À cette pression économique s’ajoutent les tensions militaires ouvertes entre l’Iran d’un côté, et les États‑Unis et Israël de l’autre, qui ont conduit Turkish Airlines à suspendre dès fin février 2026 plusieurs liaisons vers la République islamique. « Les routes à destination d’Ispahan, Mashhad, Shiraz et Tabriz restent suspendues au moins jusqu’à fin octobre 2026 », rappelle un suivi de Wego sur la situation du ciel iranien, tandis que la reprise de Téhéran au 1er juin 2026 est annoncée de manière purement « provisoire » et susceptible d’être revue selon l’évolution de la situation.
Les 18 destinations concernées
Les suspensions concernent un large spectre géographique, avec un impact particulièrement marqué sur l’Afrique, mais aussi sur certaines villes d’Europe, du Moyen‑Orient, d’Asie centrale et d’Amérique latine.
Les suspensions concernent ainsi la liaison Istanbul–Billund au Danemark, dont le dernier vol est prévu le 1er mai 2026, ainsi que la ligne vers Ferghana en Ouzbékistan, arrêtée le 2 juin 2026 et retirée du programme hiver. S’ajoutent la desserte de Leipzig/Halle en Allemagne, suspendue à partir de l’été 2026, et celle d’Aqaba en Jordanie, dont la reprise initialement programmée au 1er juin 2026 est annulée.
Najaf et Kirkouk, en Irak, voient également leurs projets de lancement ou de reprise reportés, sans retour prévu pour la saison été 2026. En Afrique, Hurghada en Égypte sera desservie pour la dernière fois le 2 juin 2026, tandis que la reprise de Juba au Soudan du Sud via Asmara est annulée pour tout l’été. Bissau en Guinée‑Bissau perd son lancement prévu en juin 2026, désormais repoussé au printemps 2027, alors que Freetown en Sierra Leone et Monrovia au Liberia basculent elles aussi en suspension, les projets de reprise – notamment via Accra – étant abandonnés pour cette période. En Afrique centrale et australe, la fin des vols triangulaires Istanbul–Luanda–Kinshasa entraîne la suspension des dessertes de Kinshasa (RDC) et de Luanda (Angola), tandis que Lusaka en Zambie, Libreville au Gabon et Pointe‑Noire au Congo sont elles aussi retirées du programme, mettant un terme aux boucles combinées Libreville–Pointe‑Noire.
En Asie centrale, la liaison vers Turkistan au Kazakhstan est suspendue pour toute la saison été et au‑delà, alors qu’en Amérique latine la route vers La Havane à Cuba reste gelée avec une suspension prolongée jusqu’au 24 octobre 2026, ce qui revient à la supprimer pour l’ensemble de l’été IATA.
Iran et Cuba : des cas emblématiques
Le cas de l’Iran illustre le lien direct entre risque géopolitique et structure de réseau : Turkish Airlines y était l’un des rares transporteurs étrangers à maintenir une présence significative sur plusieurs villes régionales, au‑delà de Téhéran. Désormais, les dessertes d’Ispahan (IFN), Mashhad (MHD), Shiraz (SYZ) et Tabriz (TBZ) restent suspendues jusqu’au moins fin octobre 2026, tandis que Téhéran (IKA) n’apparaît plus qu’à titre indicatif dans les systèmes de réservation pour une possible reprise, qui dépendra de l’évolution des tensions et des restrictions de survol dans la région.
Autre illustration, La Havane : la ligne avait déjà été stoppée en raison de la pénurie de carburant à Cuba, qui oblige les compagnies à limiter leurs opérations sur place. Selon le site turc Turizmajans, cité par plusieurs médias spécialisés, « la suspension temporaire des vols vers La Havane permet de garantir la continuité opérationnelle sur d’autres routes long‑courriers et d’améliorer la fiabilité du réseau », indiquait la compagnie dans un message relayé sur les réseaux sociaux. Les dernières mises à jour de programme indiquent désormais une suspension au moins jusqu’au 24 octobre 2026, ce qui en fait une disparition de fait pour l’ensemble de l’été IATA 2026.

Juan Trippe a commenté :
1 mai 2026 - 11 h 48 min
Monrovia/Robertsfield (Libéria) devait démarrer le 11 mai, ce n’est pas une destination actuelle. Le lancement est donc suspendu (comme celui de Bissau).
Téhéran devrait reprendre en juin, mais peu probable vu le contexte actuel.
Asmara ne sera pas suspendue, elle devient le point “terminator” du vol (seul le prolongement vers Juba est suspendu).
L’escale de Mahé (Seychelles) redémarre en juin.
Les vols vers certaines destinations en Asie sont en augmentation.
Juan Trippe a commenté :
1 mai 2026 - 11 h 58 min
En outre, les vols vers Le Caire, Maurice, Kilimandjaro et Zanzibar sont en augmentation.
Sur Conakry et Ouagadougou, une des rotations passe du B737MAX à un Airbus A330.
Concernant certaines destinations en Europe et aux États-Unis, le nombre de rotations sera réduit dans les prochaines semaines.