Ryanair pousse son personnel à l’embarquement à traquer les bagages cabine surdimensionnés, quitte à alimenter le sentiment d’« acharnement » chez certains passagers. Elle assume cette stratégie, qui lui permet d’encaisser des revenus importants sur les bagages non conformes.
La low cost irlandaise verse une commission à ses employés à chaque fois qu’ils identifient un bagage trop volumineux à la porte d’embarquement. Le bonus est actuellement de 2,50 euros par bagage surdimensionné repéré, après avoir été relevé depuis un niveau de 1,50 euro en 2025. D’après le quotidien britannique The Times, Ryanair envisage désormais de porter cette prime à 3,50 euros par bagage, tout en supprimant l’ancien plafond mensuel de 80 euros de commissions.
Une politique qui transforme ses employés en véritables « chasseurs de primes », résume The Times. Aux portes d’embarquement, les agents de Ryanair testent systématiquement les sacs dans les gabarits métalliques et n’hésitent plus à refuser un bagage à quelques centimètres près. Les passagers qui se présentent avec un bagage plus grand que prévu, sans avoir payé d’option supplémentaire, doivent s’acquitter d’un supplément pouvant atteindre 75 euros pour l’enregistrement du bagage refusé en soute.
Officiellement, Ryanair rappelle que sa politique bagages repose sur des dimensions strictes : un petit sac personnel gratuit de 40 x 30 x 20 cm, à glisser sous le siège, et une valise cabine de 55 x 40 x 20 cm pour les clients ayant payé l’option « Priorité & bagages cabine ». Tout bagage qui ne rentre pas dans le gabarit prévu est requalifié et facturé. Sur le terrain, des voyageurs dénoncent une « chasse au centimètre » qui peut transformer l’embarquement en moment de tension, parfois pour quelques centimètres de trop sur un sac à dos.
Des milliards d’euros de revenus ancillaires
Michael O’Leary, le directeur général de Ryanair, défend ouvertement ce système d’incitations. Dans un entretien à la chaîne irlandaise RTE, il explique : « Nous sommes heureux d’inciter notre personnel à participer à ces frais d’excédent de bagages ». Selon lui, l’objectif est de faire respecter les règles et, à terme, de réduire le nombre de bagages non conformes : « tout le monde doit comprendre : n’arrivez pas avec un bagage qui ne rentre pas dans le gabarit, sinon vous serez facturé ».
Pour Ryanair, ces contrôles renforcés sont une source de revenus importante. Selon le quotidien italien Corriere della Sera, en 2024, Ryanair a généré environ 3,5 milliards d’euros de revenus additionnels grâce aux bagages cabine payants, soit l’équivalent de 156 millions de bagages facturés. Ces montants s’ajoutent aux recettes liées aux bagages en soute, aux options d’embarquement prioritaire et à la tarification des bagages hors gabarit. Si les chiffres officiels ne sont pas encore disponibles pour 2025, les revenus ancillaires de la low cost irlandaise aurait continué à croître de 10 %, selon The Times.
EasyJet aussi recourt aux primes bagages
Les pratiques d’incitation ne se limitent pas à Ryanair. Des fuites de courriels internes, révélées par plusieurs médias britanniques, montrent qu’easyJet accorde également des primes au personnel au sol chargé de faire respecter la politique bagages.
Dans plusieurs aéroports du Royaume‑Uni, les agents employés par les prestataires Swissport ou DHL Supply Chain touchent 1,20 livre brute (environ 1,40 euro) pour chaque bagage cabine jugé non conforme et envoyé en soute à la porte d’embarquement. « Les agents sont éligibles à recevoir 1,20 livre pour chaque bagage trop grand repéré », indique un courriel interne d’easyJet.

@Aeroporto do Porto
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