Un jury fédéral américain a blanchi Boeing vendredi dans une affaire civile portée par LOT Polish Airlines. Cette dernière réclamait au moins 153 millions de dollars de dommages et intérêts en raison de l’immobilisation prolongée de ses Boeing 737 MAX-8 à la suite des crashs de Lion Air et Ethiopian Airlines.
Le procès, qui s’est déroulé devant un tribunal fédéral à Seattle où est situé le siège de Boeing, portait sur les pertes financières subies par LOT après la mise au sol mondiale des 737 MAX-8 pendant près de 20 mois, entre mars 2019 et novembre 2020. LOT accusait Boeing de fraude, lui reprochant d’avoir dissimulé des informations sur le système de contrôle de vol MCAS au moment de la signature du contrat de location en 2016.
Après deux semaines de débats et seulement trois heures de délibération, le jury a estimé que Boeing n’était pas coupable de ces accusations. « Nous sommes satisfaits du verdict du jury en notre faveur », a déclaré un porte-parole de l’avionneur américain.
Immobilisation après deux crashes tragiques
Rappelons que les 737 MAX-8 ont été cloués au sol dans le monde entier après deux accidents mortels : celui d’un appareil de Lion Air en octobre 2018 et celui d’Ethiopian Airlines en mars 2019, qui ont coûté la vie à 346 personnes au total. Boeing avait reconnu que le logiciel anti-décrochage MCAS avait contribué à ces tragédies.
LOT Polish Airlines, première compagnie aérienne à poursuivre Boeing devant un tribunal sur ce sujet, avait déposé sa plainte en octobre 2021. Invoquant des annulations massives de vols, des coûts de stationnement des avions devenus inutiles et des salaires versés à du personnel inactif pendant cette période difficile, LOT réclamait 153 millions de dollars, voire jusqu’à 250 millions selon certaines sources. Ce qui ne l’a empêché pas de poursuivre son développement avec une flotte moderne qui inclut toujours des 737 MAX-8.
Dans un communiqué, LOT a indiqué « prendre note » du jugement et étudier « les options disponibles pour entreprendre d’autres démarches juridiques ». La compagnie aérienne polonaise n’a pas donc exclu de faire appel.
Des enjeux plus larges pour Boeing
Ce verdict représente une victoire importante pour Boeing sur le plan commercial et financier. Il intervient alors que l’avionneur fait toujours face à de nombreuses procédures liées aux crashes des 737 MAX-8, notamment des plaintes de familles de victimes. La plupart de ces affaires ont abouti à des accords amiables.
Ce procès LOT-Boeing était particulièrement suivi, car il constituait le premier test judiciaire opposant une compagnie aérienne à Boeing sur les conséquences économiques de la crise du 737 MAX-8. Contrairement à LOT, la plupart des grandes compagnies aériennes touchées par l’immobilisation de leurs monocouloirs ont préféré des règlements à l’amiable avec l’avionneur américain. Parmi elles figurent notamment Southwest Airlines, premier opérateur mondial de l’appareil, qui a conclu un accord confidentiel dès fin 2019, et American Airlines, qui a également obtenu une compensation financière début 2020.
D’autres transporteurs, comme Aeroméxico, ont suivi la même voie. Ces accords, souvent conclus sous forme de versements directs, de crédits sur futures commandes ou d’ajustements contractuels, ont permis d’éviter de longs et coûteux procès tout en préservant les relations commerciales futures avec le constructeur américain. Au total, Boeing a déboursé des milliards de dollars en compensations à travers ces négociations privées et un règlement global avec le Département de la Justice américain pour éviter un procès au pénal.
Pour l’avionneur américain, cette décision du jury fédéral à Seattle pourrait décourager d’éventuelles poursuites similaires de la part d’autres clients affectés par l’immobilisation historique de leur flotte de monocouloirs. Boeing continue cependant de travailler à renforcer sa réputation et à améliorer ses processus de production et de certification dans un secteur aérien très concurrentiel.

©Boeing
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