L’Arabie saoudite a finalement fait décoller Riyadh Air, sa nouvelle compagnie nationale, avec un premier vol commercial entre Ryad et Londres-Heathrow, malgré plus d’un an de retards de livraison chez Boeing et sur fond de guerre régionale qui perturbe le ciel du Moyen-Orient.

Portée par le fonds souverain PIF et intégrée au programme Vision 2030, la jeune compagnie affiche l’ambition assumée de transformer la capitale saoudienne en hub intercontinental capable de rivaliser avec Dubaï, Doha et Abou Dhabi, tout en composant avec un environnement géopolitique volatil et un marché du Golfe déjà très dense.

Un premier 787 entre Ryad et Londres, avec un an d’avance… sur le calendrier revu

Dans la cabine d’un des premiers Boeing 787-9 Dreamliner livrés début juin à la nouvelle compagnie, le directeur général de Riyadh Air, le Britannique Tony Douglas, dit savourer « l’aboutissement de plus de quatre années de préparation ». Le vol inaugural commercial, RX401, a quitté hier l’aéroport international King Khalid de Ryad à 02 h 35 locales pour se poser à Londres-Heathrow vers 7 h 30, inaugurant une liaison quotidienne opérée en Dreamliner.

Riyadh Air avait initialement prévu de lancer ses opérations au 1ᵉʳ juillet, mais la livraison rapprochée de ses premiers 787-9 a permis d’avancer l’ouverture de la ligne au 10 juin, signe d’une montée en cadence enfin plus fluide chez Boeing après de longs mois de contraintes industrielles. « On fournit tous les efforts pendant quatre ans, on traverse des épreuves, on connaît des succès et des revers, on progresse, on subit parfois des contretemps, mais au final on y arrive », résume Tony Douglas, faisant clairement allusion aux retards et aux procédures de certification qui ont touché le programme 787.

A bord de ses premiers appareils, la compagnie met en avant une cabine au dessin épuré, habillée d’une palette de couleurs inspirée du patrimoine saoudien, où dominent un lavande rappelant une variété locale et un brun doré baptisé « or moka », assortis à une livrée violette destinée à la distinguer dans un ciel du Golfe déjà très codé. « Nous voulons ramener le glamour, le raffinement et l’élégance dans le voyage aérien », insiste le dirigeant, revendiquant une montée en gamme assumée sur un segment premium largement occupé par les concurrentes émiratie et qatarie.

Flotte long-courrier massive, commandes diversifiées

Dès son lancement, Riyadh Air s’est positionnée comme un méga-client long-courrier, avec un engagement portant sur 39 Boeing 787-9 et 33 options supplémentaires annoncées en mars 2023, soit un potentiel de 72 Dreamliner à terme. La compagnie a ensuite élargi sa stratégie de flotte en signant, au Salon du Bourget 2025, une commande ferme pour 25 Airbus A350-1000 assortie d’options sur 25 exemplaires additionnels, faisant d’elle le premier opérateur saoudien de ce gros-porteur européen.

Au-delà de ce socle long-courrier, Riyadh Air a également passé commande de 60 Airbus A321 de la famille A321neo pour bâtir un réseau moyen-courrier dense à partir de 2026, ce qui porte à 132 le nombre d’appareils déjà sécurisés en vue de la montée en puissance commerciale. L’objectif affiché par la direction est de relier plus de 100 villes internationales en cinq ans, avec une première phase visant 22 destinations dès mars 2027, en s’appuyant sur un mix de gros-porteurs (787 et A350) et de monocouloirs à rayon d’action étendu.

Sur le plan réseau, la compagnie a ouvert les ventes sur six villes dès l’annonce de son premier vol commercial : Londres-Heathrow, Jeddah, Dubaï, Le Caire, Madrid et Manchester, toutes desservies en 787-9 au démarrage. Jeddah doit ainsi être reliée dès le 14 juin, Dubaï le 18 juin, Le Caire le 25 juin, Madrid le 17 juillet et Manchester le 23 juillet, avec des fréquences allant du quotidien au plusieurs vols par jour sur les principaux axes saoudiens.

Faire de Ryad un hub mondial face à Dubaï, Doha et Abou Dhabi

Riyadh Air est l’un des projets emblématiques de Vision 2030, le vaste programme de transformation économique porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane et visant à diversifier une économie saoudienne encore très dépendante des hydrocarbures. Le royaume ambitionne de tripler son trafic aérien pour atteindre 330 millions de passagers annuels d’ici la fin de la décennie, en connectant plus de 250 destinations à partir de ses plateformes saoudiennes.

Dans ce schéma, la capitale doit être dotée d’un nouveau méga-aéroport, King Salman International Airport, adossé à l’actuel King Khalid et dimensionné pour accueillir jusqu’à 120 millions de passagers par an à l’horizon 2030, puis jusqu’à 185 millions à plus long terme, avec six pistes parallèles. Riyadh Air en sera le principal utilisateur long-courrier, aux côtés de Saudia qui conservera pour sa part son ancrage historique à Jeddah, pivot du trafic religieux vers La Mecque via la mer Rouge.

Le pari saoudien consiste à faire émerger un quatrième pôle de correspondance majeur dans le Golfe, capable de capter une partie des flux aujourd’hui concentrés sur Dubaï (Emirates), Doha (Qatar Airways) et Abou Dhabi (Etihad), trois compagnies dont Tony Douglas connaît intimement les codes pour avoir dirigé Etihad de 2018 à 2022. À la différence de ses voisines, l’Arabie saoudite peut toutefois s’appuyer sur un marché domestique de quelque 35 millions d’habitants, le plus important de la région, et sur un trafic religieux structurellement soutenu, deux atouts que Riyadh Air entend exploiter en complément des flux de transit intercontinentaux.

Le lancement effectif de Riyadh Air intervient dans un contexte de guerre au Moyen-Orient qui pèse lourdement sur la connectivité régionale, avec un conflit impliquant notamment les États-Unis, Israël et l’Iran et se traduisant par des attaques de missiles et de drones contre plusieurs aéroports du Golfe.

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